Hong Kong, l'euphorie et la vraie question
Je reviens tout juste de la Bitcoin Asia à Hong Kong. Vingt heures de vol depuis la France, et avant même l'atterrissage, des amis m'écrivaient pour parler du marché. L'excitation est réelle, mais elle charrie aussi de l'anxiété. La question que tout le monde pose : est-ce que le bull market est vraiment de retour ou est-ce un simple rebond ?
Sur place, CZ, David Bailey et Justin Sun étaient là, au milieu d'une foule qui cherchait des certitudes. J'ai donc profité de ces deux jours pour confronter l'euphorie ambiante à ce que disent les acteurs du terrain.
Le cycle de quatre ans face au sommet de 126 000 dollars
Historiquement, le bitcoin suit un rythme assez lisible. Après un sommet de marché haussier, il faut environ un an pour toucher le plancher du marché baissier. En 2013, le creux est arrivé 59 semaines après le pic. En 2017, 52 semaines. En 2021, 54 semaines. En appliquant cette logique au dernier sommet d'octobre 2025 à 126 000 dollars, le vrai fond devrait se situer vers la fin 2026, probablement en octobre.
Autrement dit, les mois d'août et de septembre sont, dans ce schéma, censés être mous, sans direction forte. Mais cette fois, une variable majeure a changé la donne : Donald Trump. La politique est entrée directement dans le marché, et le sentiment s'est inversé très vite. Beaucoup affirment déjà que le pire est passé, que le fond a été touché.
Ce que je constate, c'est que le gouvernement américain utilise la politique pour casser le rythme naturel du bitcoin. Désormais, le marché est moins piloté par les graphiques que par ce que Trump va dire ou faire dans les prochaines semaines.
Trump, les ETF et les dix jours qui comptent
Il y a une deuxième force qui a modifié le cycle : les ETF. L'argent de la finance traditionnelle est entré dans la crypto. Ces capitaux ont un profil différent : ils sont patients, peu endettés, et ils décident lentement. Résultat, le cycle est lissé. Les sommets sont moins euphoriques et les creux moins sanglants. C'est la signature de l'ère des ETF.
Autre réalité que j'observe depuis des années : les performances du bitcoin se concentrent sur une dizaine de jours par an. Le reste du temps, le marché consolide, évolue en range ou baisse à petit feu. Récemment, après plus d'un mois entre 62 000 et 66 000 dollars, le bitcoin est monté à près de 80 000 dollars en trois jours. Si vous étiez hors du marché pendant ces trois jours, vous avez manqué l'essentiel du mouvement.
Personne ne peut prédire ces journées clés. Même les experts, les KOL et les gros investisseurs que je connais n'y arrivent pas. Sauf à être le garde du corps de Trump et à savoir quand il va tweeter, il est illusoire de vouloir anticiper ces accélérations. C'est pour cela que je répète : restez investi, ne cherchez pas le point d'entrée parfait.
Ce que j'ai entendu sur place : CZ, Justin Sun et les participants
Un participant m'a expliqué sa méthode pour convaincre ses proches : il ne commence pas par expliquer ce qu'est le bitcoin, il montre ce que le bitcoin permet de faire. Certains de ses amis placent 5 à 10 % de leur épargne mensuelle en bitcoin. D'autres ont utilisé bitcoin et ether pour acheter une voiture ou de l'immobilier. Son conseil rétrospectif : accumuler le plus possible de bitcoin et d'ethereum, avec la conviction nécessaire pour tenir sur la durée.
Sur les stablecoins, son avis rejoint le mien : ils travaillent avec le bitcoin, pas contre lui. Le stablecoin est un véhicule, exécuté sur la blockchain via des smart contracts, mais le bitcoin reste la fondation du système de paiement et de réserve de valeur.
CZ a surtout insisté sur la place du bitcoin face à l'or. Pour lui, le bitcoin est un meilleur actif que l'or, et tous les grands pays finiront par en détenir comme réserve stratégique. Il a répété ce qu'il avait dit lors de son débat avec Peter Schiff, mais cette fois, personne n'a ri. La salle a pris cette idée au sérieux. Il a aussi refusé de prédire la prochaine narrative, contrairement aux cycles précédents où on parlait d'ICOs, de DeFi ou de NFTs. Il laisse entendre qu'une surprise pourrait arriver.
Justin Sun a abordé deux sujets plus durs : le quantique et la décentralisation. Selon lui, le moment où un ordinateur quantique menacerait réellement la cryptographie pourrait survenir d'ici deux ans, avec peut-être 30 % de probabilité dès l'année prochaine. Mais il ne panique pas : les cryptographes travaillent déjà à sécuriser les blockchains, et l'histoire montre que la défense progresse plus vite que l'attaque. Sur la décentralisation, il a rappelé que si une blockchain n'est pas assez décentralisée, les gouvernements et les grands fonds n'y mettront pas d'argent. C'est une exigence de sécurité, même si cela semble paradoxal.
L'Asie, l'épargne et le bitcoin comme réserve de valeur
Cette conférence a aussi confirmé une chose : l'Asie n'est plus une simple spectatrice. Les organisateurs ont multiplié les panels sur Hong Kong comme hub du bitcoin, sur la liberté monétaire en Asie et sur l'appétit des investisseurs asiatiques. Le message est clair : le centre de gravité se déplace vers l'est.
En tant que Français vivant en Asie depuis longtemps, je passe mon temps entre deux logiques culturelles. En Europe, on consomme à crédit, on emprunte pour la maison ou la voiture, et on jongle avec les cartes. En Asie, on épargne d'abord. Avoir de l'argent à la banque est une condition de sécurité psychologique. Mais cette épargne dort souvent dans des livrets à rendement faible, pendant que l'inflation ronge le pouvoir d'achat. Et quand on emprunte sur vingt ou trente ans pour un bien immobilier, les intérêts finissent parfois par dépasser le prix d'achat initial.
Je ne dis pas qu'une culture est plus intelligente que l'autre. Mais je pense que l'Asie, justement parce qu'elle valorise autant la sécurité, est bien placée pour comprendre le bitcoin. Son offre est plafonnée, personne ne peut en imprimer davantage. En placer une petite partie de son patrimoine, sans tout miser, revient à se protéger contre la dévaluation monétaire. Hong Kong avance d'ailleurs dans cette direction : la régulation des stablecoins est en place et plus de quarante demandes de licence ont été déposées.
Avant de crier au bull market, je surveille deux signaux
À la conférence, huit personnes sur dix me parlaient de bull market. Je comprends l'enthousiasme, et je serais ravi de voir le bitcoin repartir fort, car je détiens moi-même du bitcoin et de l'ether. Mais je reste prudent.
Plutôt que de regarder seulement le prix, je surveille deux indicateurs de confirmation. Le premier, c'est le retour massif des stablecoins vers le bitcoin sur la chaîne. Le second, c'est la reprise de l'accumulation par les détenteurs de long terme. Si ces deux signaux se mettent à bouger en même temps, je commencerai à croire à un vrai bull market.
En attendant, mon attitude ne change pas : ne pas courir après le marché, surtout quand le sentiment est brûlant. Vous ne pouvez pas prédire les dix jours décisifs. Alors restez en selle, gardez votre rythme et votre calme.
Le scénario après 126 000 dollars reste à confirmer
Le cycle de quatre ans nous donnait un rendez-vous : un plancher vers la fin 2026, un an après le sommet d'octobre 2025 à 126 000 dollars. Mais Trump et les ETF ont modifié la mécanique. Le marché est plus politique, plus lissé, et les mouvements violents se concentrent sur quelques jours impossibles à anticiper.
À Hong Kong, les acteurs que j'ai croisés pensent que le bitcoin va s'imposer comme une réserve de valeur mondiale, au moins autant que l'or. L'Asie, avec sa culture de l'épargne, jouera un rôle central dans cette adoption. Mais avant de parler de nouveau marché haussier, j'attends des confirmations sur la chaîne. D'ici là, la patience reste la meilleure stratégie.