Un diagnostic chiffré et courageux

J'ai lu le rapport de Charles Alloncle et, même si je reste déçu par l'absence de solution concrète, je reconnais qu'il a fait un travail utile. Il a mis des chiffres sur ce que tout le monde connaissait sans oser le dire à voix haute : 4 milliards d'euros de financement public aux médias chaque année. C'est un fait documenté, pas une estimation.

Pendant qu'on nous explique qu'il n'y a pas d'argent pour les agriculteurs, les PME ou les familles qui n'arrivent pas à joindre les deux bouts, on trouve très facilement 4 milliards pour les médias publics et leurs propriétaires. En ajoutant les aides indirectes à la presse, on comprend pourquoi des titres comme Le Monde, Libération ou L'Obs n'ont aucune envie de mordre la main qui les nourrit.

La réaction de certains députés LFI ou de syndicats de journalistes, qui crient à l'attaque contre la liberté de la presse, montre que le rapport touche juste. Le diagnostic est bon et courageux.

  • France Télévisions : 2,5 milliards d'euros par an
  • Radio France : 614 millions d'euros par an
  • France 24 et RFI : près de 300 millions d'euros par an

Pourquoi les solutions implicites ont déjà échoué

Le rapport d'Alloncle ne propose pas de solution fondamentale. Sa solution implicite consiste à couper ou réduire les financements. Je partage cette idée, mais regardons ce qui s'est passé à chaque tentative de réforme des médias publics.

En 2009, Sarkozy a supprimé la publicité sur France Télévisions. Résultat : la dépendance à l'État a augmenté, pas l'inverse. Macron a fusionné France 3 et France Bleu sous la marque Ici, mais le budget et la logique sont restés identiques. La droite coupe, la gauche remet, les mains changent, mais le robinet ne bouge pas.

La volonté politique exprimée dans un rapport parlementaire ne suffit pas. Le problème est structurel, bien plus profond qu'un simple choix budgétaire.

Le vrai verrou : l'État contrôle la monnaie publique

Tant que l'État contrôle la monnaie publique, il contrôle qui peut financer quoi et il orientera forcément les financements dans son propre sens. L'AFP reçoit 130 millions d'euros par an de l'État français et fournit du contenu à presque toute la presse francophone. Pensez-vous vraiment qu'une rédaction va tirer à boulets rouges sur son principal financeur ? Non.

L'opacité est une fonctionnalité du système, pas un accident. Ceux qui en profitent veulent la conserver. Alloncle a diagnostiqué la maladie, mais le remède ne se trouve ni dans un rapport parlementaire ni dans une nouvelle commission. Il faut aller chercher plus profond.

La blockchain, une transparence par défaut

Ma solution repose sur un principe simple : si l'on rend les flux financiers publics transparents, vérifiables et non modifiables par défaut, le problème de l'opacité disparaît structurellement. Plus besoin d'un rapport courageux tous les dix ans. La transparence doit être intégrée dans l'infrastructure.

La blockchain est l'outil idéal pour cela. Je ne parle pas d'acheter du Bitcoin ni d'investir dans une crypto. La blockchain est un grand registre public, un peu comme un Google Sheet géant ou un fichier Excel partagé, que tout le monde peut consulter en temps réel. Chaque ligne enregistre une transaction : qui a envoyé quoi, à qui, quand. Une fois la ligne écrite, personne ne peut la modifier ni la supprimer, pas même le créateur du système. C'est permanent et vérifiable par n'importe qui, n'importe quand.

Des précédents qui prouvent que ça marche

Cette technologie fonctionne déjà dans la vie réelle, loin de la spéculation financière. En 2022, au début de la guerre en Ukraine, le gouvernement ukrainien a reçu plus de 100 millions de dollars en crypto en quelques jours. Chaque don, chaque wallet, chaque dépense est traçable publiquement sur la blockchain, encore aujourd'hui et pour toujours. Zéro opacité, transparence totale.

Même logique avec Gitcoin, une plateforme décentralisée qui a distribué plus de 50 millions de dollars à des projets d'intérêt public, sans comité de sélection opaque ni subvention d'État. Les règles sont codées dans des smart contracts transparents et immuables. La Géorgie a expérimenté un registre foncier sur blockchain pour lutter contre la falsification des titres de propriété. L'Estonie gère une partie de ses données d'État avec des logs cryptographiquement vérifiables.

La blockchain n'est donc pas une théorie farfelue. Elle est déjà utilisée pour des cas concrets de transparence et de lutte contre la corruption.

Appliquer cette logique aux 4 milliards

Imaginez maintenant les 4 milliards d'Alloncle inscrits onchain : chaque versement, chaque bénéficiaire, chaque date serait visible par tout citoyen en 30 secondes, sans attendre une commission parlementaire qui prendra deux ans pour sortir un rapport que personne ne lira.

La blockchain ne résout pas tout, mais elle résout le problème fondamental identifié par Alloncle : l'opacité dans l'utilisation de nos impôts. Cet argent n'appartient pas au gouvernement, il nous appartient. Alloncle a fait sa part, il a posé les bonnes questions et mis les bons chiffres au bon moment. Mais les réponses ne viendront pas d'un rapport de plus, d'une nouvelle loi ou d'un nouveau gouvernement. Elles viendront de vous, de votre entourage, de citoyens qui exigent la transparence.

La solution ne viendra pas d'un nouveau rapport

La transparence qu'aucun parlement ne peut réellement voter tourne déjà sur des milliers de nœuds, 24 heures sur 24. Aucun État, aucune banque centrale, aucun lobby médiatique ne pourra éteindre la blockchain. Ce qu'il faut maintenant, c'est forcer les institutions à l'utiliser.

Nous savons quel est le problème, nous connaissons les chiffres, nous savons combien cela nous coûte et nous avons la solution. Il reste à passer à l'action.