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L’expédition du Nord

22/03/2014 — by Cédric BEAU

Depuis 1916, la Chine est la proie des seigneurs de la guerre qui se disputent le pouvoir, notamment au nord du pays. A Pékin, les différents gouvernements se succèdent, et malgré son instabilité, ce régime, appelé gouvernement de Beiyang, est reconnu à l’échelle internationale comme le régime légitime de la Chine. Mais au sud, dans son fief de Canton, Sun Yat-sen revendique lui aussi la légitimité du pouvoir républicain, et met en place son propre gouvernement militaire.

Cependant, l’équilibre des forces fait que la situation évolue assez peu. Il faut attendre la mort de Sun Yat-sen en 1925, et la prise du pouvoir par Tchang kaï-chek pour que les nationalistes reprennent l’initiative. Alliés aux communistes chinois dans un front uni, ils déclenchent une série de graves générales et de manifestations contre l’impérialisme occidental, qui soutient les seigneurs de la guerre. Ce mouvement sera connu sous le nom de mouvement du 30 mai. Profitant de la ferveur populaire et de l’émotion engendrée par la mort de Sun Yat-sen, les nationalistes mettent sur pied l’armée nationale révolutionnaire, basée sur des officiers formés à l’académie de Huangpu et sur l’aide matérielle et logistique de l’URSS, qui envoie armements et conseillers. Son but est simple : suivant le projet de Sun Yat-sen, il s’agit de réunifier la Chine sous l’égide du parti nationaliste, le Guomindang.

L’expédition du Nord

Le 9 juillet 1926, Tchang Kaï-chek prononce un discours devant 100 000 soldats de l’armée nationaliste, ce qui marque le début officiel de l’expédition du Nord. Il s’agit dès lors de battre les seigneurs de la guerre qui occupent la partie nord du pays, notamment Zhang Zuolin en Mandchourie, Wu Peifu dans le centre de la Chine et Sun Chuanfang à l’est.

L’armée nationaliste, à l’équipement moderne et alliée aux communistes, entame alors une longue campagne. Mais elle bénéficie tout au long de sa route du soutien de la population, qui souhaite échapper à la terreur des seigneurs de la guerre. Si la campagne militaire progresse rapidement, le Guomindang n’est pas épargné par les querelles politiques : devant la montée du pouvoir de  Tchang Kaï-chek, qui commande l’expédition, Wang Jingwei, membre de l’aile du Guomindang et partisan de l’alliance avec les communistes, déplace le gouvernement de Canton à Wuhan.

En mars 1927, voyant l’arrivée prochaine de l’armée nationaliste, les communistes de Shanghai déclenche une insurrection, visant à prendre le contrôle de la ville des mains des troupes des seigneurs de la guerre. Inquiet devant l’influence croissante du PCC et de l’aile gauche du Guomindang,  Tchang Kaï-chek déclenche en avril une vaste purge à Shanghai contre les communistes mais aussi au sein de son propre parti, dont il prend alors la tête. Il établit alors son gouvernement à Nankin, rendant sans pouvoir le gouvernement de Wang Jingwei à Wuhan.

En moins de six mois, les armées de Wu Peifu et de Sun Chuanfang sont battues. En juin 1927, Zhang Zuolin, qui contrôlait Pékin depuis l’année précédente, se proclame chef de l’État avec le titre de Grand Maréchal du gouvernement militaire de la République de Chine. Mais de plus en plus de seigneurs de la guerre se rallient alors au Guomindang. Se faisant, son armée passe de 100 000 à 250 000 hommes.

En mai 1928, les troupes de Zhang Zuolin sont battues et refluent vers Pékin. Le 3 juin, Zhang Zuolin prit lui-même la fuite, abandonnant la capitale. Le lendemain, il fut tué dans un attentat organisé par ses anciens alliés japonais. Cinq jours après, les troupes du Guomindang entrent dans la capitale. Le 29 décembre 1928, Zhang Xueliang, fils de Zhang Zuolin, annonçe son ralliement au Guomindang et abandonne le drapeau à cinq couleurs utilisé jusque-là comme symbole du gouvernement de Beiyang.

Si cette expédition permet la réunification de la Chine, elle sert surtout d’ascension politique pour Tchang Kaï-chek, qui contrôle à présent le pays. En octobre 1928, le gouvernement du Guomindang, situé à Nankin, est reconnu à l’international comme le seul gouvernement légitime de la République de Chine.

Cependant, cette réunification est loin d’être aboutie. Le pays reste divisé entre nationalistes et communistes, dont l’influence grandit de jour en jour. De même, des factions armées plus ou moins indépendantes continuaient d’exister dans le Guangxi, le Hunan ou le Shanxi. Il faudra attendre 1949 et la proclamation de la République populaire de Chine pour que la Chine continentale soit de nouveau unifiée.

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Zhongnanhai

05/02/2014 — by Cédric BEAU

Le parc de Zhongnanhai (中南海) est certainement l’un des endroits les plus secrets de Chine. Ce parc, situé en plein coeur de Pékin non loin de la Cité Interdite, est en effet le siège du gouvernement de la République Populaire de Chine.

Le parc de Zhongnanhai, délimité par ses fameux “murs rouges”

Ce parc, dont le nom signifie “Lacs du centre et du sud”, en référence aux deux lacs qui se trouvent en son sein (le Nanhai (南海), avec l’île de Yingtai, et le Zhonghai ( 中海)) , fut créé pendant la dynastie Ming, bien que l’endroit fut utilisé auparavant par les dynasties Jin et Yuan. Zhongnanhai est aménagé en même temps qu’est construite la Cité Interdite : des canaux artificiels sont creusés, des montagnes artificielles voient le jour avec la terre issue du creusement du lac du sud.

La dynastie Qing fera de Zhongnanhai un lieu de villégiature pour l’empereur et ses courtisans, en y construisant de nombreux bâtiments. La république chinoise, après la chute de l’Empire en 1911, y installera son gouvernement, puis le régime nationaliste après lui. Enfin, en 1949, avec l’arrivée des communistes au pouvoir, Zhongnanhai deviendra le lieu de villégiature des hauts dignitaires chinois, dont Mao, qui se servira de cette proximité pour les faire surveiller.

A notre époque, Zhongnanhai continue, pour les Chinois, de représenter le coeur du pouvoir : des étudiants y pénétrèrent en juin 1989, armées de pancartes et de slogans contre la corruption du pouvoir et appelant à la démocratie, avant d’être dispersés par la police deux jours plus tard. De même, la secte du Falun Gong manifesta devant Zhongnanhai en avril 1999, faisant craindre au gouvernement un nouveau Tian’anmen, ce qui eut pour conséquence l’interdiction du mouvement.

Actuellement, Zhongnanhai abrite :

  • Le siège du gouvernement central de la République populaire de Chine (中华人民共和国国务院)
  • Le bureau du secrétaire général du parti communiste chinois (中国共产党中央书记处)
  • L’assemblée générale des représentants du parti communiste (中共中央办公厅)

Zhongnanhai est souvent montré à la télévision chinoise, mais devant l’importance des lieux et des institutions qu’il accueille, ce sont le plus souvent des images de l’intérieur des bâtiments qui sont diffusées par les médias. Seule la porte principale est un symbole extérieur visible et connu.

Je conseille, sur la vie à Zhongnanhai sous le régime communiste, l’excellent ouvrage de Jean-Luc Domenach : Derrière les Murs Rouges : Mao, sa cour et ses complots.

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Le Zongli Yamen

20/01/2014 — by Cédric BEAU

L’arrivée massive des étrangers en Chine à partir des années 1840 à fortement modifié l’équilibre politique chinois, et notamment celui de ses institutions. C’est ainsi qu’en 1861 fut créé un organisme gouvernemental impérial totalement inconnu jusque là : le Zongli Yamen (总理衙门). C’est l’abréviation de 总理各国事务衙门 / Zǒnglǐ Gèguó Shiwu Yamen, que l’on peut traduire par Bureau chargé des Affaires de toutes les nations.

Fronton du bâtiment du Zongli Yamen, où l’on peut lire “Paix et Prospérité en Chine et au-dehors”.

Cet organisme voit le jour suite à la signature de la Convention de Pékin, signée entre la Chine, la France, le Royaume-Uni et la Russie et qui met fin à la seconde guerre de l’opium. C’est le premier du genre en Chine, qui jusqu’alors avait avec les pays étrangers un rapport de domination, issu de la vision impérialiste chinoise : pour eux, la Chine étant au centre du monde, et l’empereur régnant sous le ciel, tous les pays hors des frontières chinoises étaient tributaires du Trône Impérial (sur le sujet, je vous invite à lire L’Empire immobile ou le choc des mondes d’Alain Peyrefitte). Ces relations étaient gérées par le ministère des Rites (禮部), institué sous la dynastie Tang, et par le Lifan Yuan (理藩院), qui gérait les possessions chinoises en Mongolie et au Tibet.

Cependant, si cette institution a surtout pour but de rassurer les puissances étrangères, et de leur donner l’impression d’un interlocuteur valable. C’est cet organisme qui fait le lien entre la Cour et le quartier des légations étrangères de Pékin. Dans les faits, les fonctionnaires du Zongli Yamen sont subordonnés à d’autres mandarins de rangs supérieurs, affiliés à d’autres ministères.

Les mandarins du Zongli Yamen, plus progressistes que leurs confrères, ont du mal à faire accepter à la Cour Impériale une vision plus positive de la présence étrangère. Ainsi, quand se pose la question de la génuflexion des ambassadeurs étrangers face à l’Empereur, ce qu’il refuse, ils peinent à trouver un compromis entre Mandchous et Occidentaux.

Le Zongli Yamen disparaît en 1901, au lendemain de la révolte des Boxers. Il est remplacé par un ministères des Affaires Etrangères (le 外务部 / Wàiwùbù), qui s’avérera tout aussi inutile et inefficace dans les relations avec les Occidentaux.

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L’occupation japonaise en Chine de 1937 à 1945

16/01/2014 — by Cédric BEAU

Le 7 juillet 1937, profitant d’un incident frontalier entre troupes japonaises et chinoises, les troupes de l’Empire du japon commencent leur conquête de la Chine. Malgré sa volonté de résistance, l’armée chinoise recule inexorablement : Pékin et Tianjin sont prises début août. L’avancée des troupes japonaises n’est pas retardée par la gestion des nombreux prisonniers chinois capturés : en effet, ceux-ci sont massacrés ou exécutés après leur capture par les Japonais, sans respect pour les conventions internationales. Ce n’est là que le premier des nombreux crimes commis par les troupes impériales en Chine…

Territoires occupés par le Japon en Chine en 1940

En novembre, c’est au tour de Shanghai (du moins pour la ville chinoise) de tomber aux mains des Japonais. En décembre, c’est la capitale du Guomindang, Nankin, qui est capturée (avec par la suite le massacre de sa population). Le gouvernement a fui à Chongqing, dans le centre de la Chine. Mais même là, il n’est pas à l’abri des Japonais qui bombardent inlassablement la ville.

Le Japon mets alors en place dans les territoires occupées des gouvernements fantoches à sa botte, comme il l’avait fait en Mandchourie au début des années 30. On voit ainsi se former un gouvernement collaborateur en Mongolie Intérieure (le Mengjiang), un gouvernement réformé de la République de Chine, un gouvernement provisoire de la République de Chine. Ceux-ci sont formés, dans les territoires conquis, au fur et à mesure de l’avancée des troupes japonaises en Chine. En 1940, ils seront fusionnés dans le Gouvernement national réorganisé de Wang Jingwei.

Comme on peut le voir sur la carte, le Japon est loin d’occuper la totalité du territoire chinois. Il occupe cependant certaines des zones les plus peuplées, et surtout les plus stratégiques : grands centres administratifs et économiques (Shanghai, Pékin, Hong-Kong, Canton, etc.). L’Empire japonais a besoin de ces grands centres côtiers et industriels pour subvenir au besoin de son économie de guerre, et ceux encore plus après Pearl Harbor, le 7 décembre 1941.

Cette occupation brutale de la part des Japonais a laissé de nombreux ressentiments. Les politiques mises en place par l’occupant (notamment celle des “Trois Tout / 三光作戦 / Sankō Sakusen : Tue tout, brûle tout, pille tout) sont à l’origine de plus de neuf millions de mort civils, et plus de trois millions chez l’armée chinoise unifiée (nationalistes et communistes combattent ensemble sous l’appellation de Second Front Uni). L’estimation des destructions matérielles s’élève à plusieurs milliards de dollars, et on estime qu’au moins dix millions de chinois furent déplacés de force pour travailler dans les usines japonaises, notamment au Mandchoukouo. Des expériences médicales et bactériologiques sont effectuées par la tristement célèbre unité 731 du docteur Shiro Ishii sur des civils chinois, alors que des armes chimiques sont utilisées contre les militaires chinois.

L’occupation japonaise de la Chine a profondément marqué l’histoire du pays. Tout d’abord, les efforts de guerre consentis par le Guomindang (alors que le PCC se contente, sauf exception, d’escarmouches) affaibli grandement le parti nationaliste, qui, malgré l’aide américaine, sera battu par les communistes dès 1949. Mais cette occupation, et les exactions commises, empoissonnent encore aujourd’hui les relations sino-japonaises (le Japon ne s’est, entre autre, jamais excusé pour le massacre de Nankin, qui continue d’être minimisé voir nié dans les milieux nationalistes nippons). Alors que l’on fêtera l’année prochaine le soixante dixième anniversaire de la fin de la Seconde Guerre Mondiale, celle-ci est encore présente dans tous les esprits en Chine.

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Que représentent les figurines sur les toits des monuments chinois ?

13/01/2014 — by Cédric BEAU

Vous avez surement déjà remarqué que les monuments datant de la Chine impériale (palais royaux, temples) possèdent sur les arêtes des toits un ensemble de petites statuettes alignées les unes derrière les autres. Mais savez-vous pourquoi elles sont là, et ce qu’elles représentent ?

Aperçu du toit du Palais de l’Harmonie Suprême dans la Cité Interdite

Ces figurines, en terre cuite émaillée, et appelées 蹲兽/Dun Shou (“bêtes accroupies”), étaient réservées aux palais royaux (Cité Interdite, Palais d’Eté, etc…) et aux temples. L’Empereur pouvait autoriser leur présence sur le toit des demeures de certains courtisans, signe d’un grand honneur. Leur première utilité, bien pragmatique, était de protéger les clous qui maintenaient les tuiles ensemble. Elles servent aussi de décorations et d’indications pour le statut social de l’occupant. Leur utilisation est même régie par décret sous la dynastie Qing.

On peut trouver de une à neuf figurines sur les toits. Seul le palais de l’Harmonie Suprême, dans la Cité Interdite de Pékin, possède dix figurines, en faisant de facto le bâtiment le pus important de tout l’Empire. C’est en effet là que l’Empereur effectue les sacrifices rituels et les libations destinés à la bonne marche et à la préservation de l’Empire. Plus un bâtiment possède de figurines, plus il est important (le Palais de la Pureté Céleste en possède neuf, celui de la Tranquillité Terrestre 7).

On leur prête aussi des vertus protectrices : ces figurines sont censées chasser les mauvais esprits. Chacun d’entre elle représente une créature issue de la mythologie chinoise :

  • La première, que l’on prend souvent pour un homme chevauchant un poulet (si si), représente en fait un Immortel sur le dos d’un phénix. Il s’agit du roi Min du Qi, condamné à errer sur terre
  • On trouve ensuite le dragon et le phénix, symbolisant l’empereur et l’impératrice de Chine, et représentant la dignité.
  • Suit le lion, figure protectrice majeure si il en est, et veille sur les forêts et les montagnes de l’Empire.
  • La licorne et l’hippocampe symbolisent quant à eux l’autorité impériale, qui s’étend sur mer et jusque dans les airs.
  • On trouve ensuite Yayu (押鱼) et Douniu (斗牛), créatures mythiques d’origine marine, ayant le pouvoir de recueillir l’eau des nuages pour faire tomber la pluie. Elles ont pour principale fonction d’empêcher les incendies, fréquents dans ces bâtiments construits en grande partie de bois.
  • Suanni (狻猊), animal légendaire capable de dévorer les plus grands félins, protège la faune de l’Empire au nom du souverain.
  • Xiezhi (獬豸) représente la justice impériale, censée être juste et impartiale. Dans le folklore chinois, cette chimère est capable de faire la différence entre la vérité et le mensonge.
  • Enfin, la dernière statuette représente le singe volant Xingshi (行什)

Elles sont placées sous la protection de Chiwen (螭吻), placé à l’angle du toit, l’un des neuf fils du dragon dans la mythologie chinoise. Il a pour but la protection contre les incendies.

On trouvera toujours le roi Min si un bâtiment affiche ces statuettes, puis ainsi de suite en suivant l’ordre donné plus haut. Il est courant de trouver des bâtiments avec quatre ou cinq figurines (le roi Min, le dragon, le phénix, le lion, puis la licorne, etc…).