Une découverte précoce, un minage d'une simplicité rare

J'ai rencontré Théo récemment pour discuter de Pi, ce projet dont on reparle beaucoup en ce moment. Théo est un entrepreneur français qui investit dans les cryptomonnaies depuis plusieurs années. Il a découvert Pi quelques mois seulement après son lancement, grâce à un ami qui lui en a parlé. Ce qui l'a tout de suite attiré, c'est la simplicité : pas besoin de KYC au départ, pas de matériel coûteux, juste une application mobile sur laquelle on appuie une fois par jour pour lancer le minage automatique pendant 24 heures.

Théo a miné assidûment pendant un mois, puis il a trouvé que cela n'avançait pas assez vite. Il a arrêté de cliquer. Pourtant, il a continué à recevoir des tokens, car son équipe de parrainage continuait à miner. Son père et plusieurs de ses amis utilisent encore l'application. Le système de parrainage de Pi est simple : si les membres de votre équipe minent, vous en profitez aussi, même sans ouvrir l'application. C'est une mécanique qui a beaucoup contribué à la croissance du projet.

Le KYC est devenu le seul discours du projet

Quand le prix de Pi a commencé à faire parler de lui, Théo s'est demandé s'il devait enfin récupérer ses tokens. Pour cela, il faut passer par une vérification d'identité, le fameux KYC. Mais Théo n'a jamais fourni ses documents. Il estime qu'il aurait pu obtenir une somme modeste, sans avoir fait de calcul précis, mais il n'a pas voulu donner son passeport ou sa pièce d'identité à l'équipe de Pi.

En me renseignant, j'ai vu que le compte Twitter officiel du projet ne parle presque que de KYC. Sur les deux dernières années, la quasi-totalité des publications poussent les utilisateurs à valider leur identité, avec des dates limites qui sont ensuite repoussées. On vous dit qu'il ne reste que quelques jours, puis on vous accorde un délai supplémentaire. Ce genre de marketing urgent me rappelle les mauvaises pratiques de certaines plateformes. Le projet ne parle plus de sa technologie, de son mainnet ni de sa vision. Tout est focalisé sur la collecte de documents d'identité.

Je préfère personnellement les plateformes décentralisées comme HyperLiquid, où je peux trader sans fournir mes papiers. Sur des échanges centralisés comme Binance ou OKX, le KYC est obligatoire. Théo partage cette méfiance : il n'a pas fait le KYC, son père non plus, et la plupart de nos amis non plus. Pour nous, cette insistance est un signal d'alarme.

Des chiffres d'utilisateurs peu crédibles

L'équipe de Pi annonce environ 60 millions d'utilisateurs. Je n'y crois pas. Nous avons déjà vu ce genre d'inflation avec Hamster Kombat ou d'autres jeux Telegram. Il est très facile de créer plusieurs comptes avec des numéros de téléphone différents ou des comptes Facebook jetables. Théo a d'ailleurs partagé un site d'analyse indépendant qui compare les données de Pi à celles d'Ethereum. On y voit des incohérences, des millions de comptes abandonnés ou inactifs, et un très faible pourcentage de portefeuilles réellement actifs.

Difficile de savoir combien de vrais utilisateurs utilisent encore l'application. Beaucoup de gens ont miné pendant quelques semaines puis ont désinstallé. Ces comptes restent dans les statistiques. Cela fausse complètement la perception du projet. Une communauté réelle existe, c'est certain, mais elle est sans doute bien plus petite que ce que l'on veut nous faire croire.

Qu'est-ce que Pi apporte vraiment après six ans ?

Voilà la question qui me gêne le plus. Cela fait six ans que le mainnet de Pi est en préparation, et pourtant je ne vois toujours pas quelle valeur concrète le réseau apporte au monde. Si chaque token valait 50 dollars, la capitalisation serait énorme, probablement proche de celle d'Ethereum. Pourquoi un projet sans cas d'usage clair vaudrait-il autant que Solana ou Ethereum ? Cela n'a aucun sens.

Théo pense que la plupart des gens continuent à croire au projet simplement parce qu'ils font confiance au discours du fondateur. Ils espèrent que le token vaudra quelque chose un jour. Mais c'est de la pure spéculation. Au moment de la cotation, beaucoup de détenteurs voudront vendre. On l'a vu avec les airdrops et les TGE récents : la majorité des participants encaissent leurs gains dès que possible, ce qui fait plonger le prix.

Pi n'est pas pour autant un scam total. Il y a une vraie communauté, et certains utilisent le token comme monnaie d'échange dans un marché secondaire pour acheter des biens ou des services. C'est un point positif que je reconnais volontiers. Mais cela suffit-il à justifier une valorisation de plusieurs dizaines de dollars ? J'en doute.

À quel prix peut-on raisonnablement s'attendre ?

Théo ne voit pas comment Pi pourrait monter à 50 dollars à court terme. Il donne une probabilité de 5 à 10 % de voir un bon prix comme 50 dollars. La demande pourrait venir en partie d'Asie, où le projet est plus fortement soutenu. Beaucoup d'Occidentaux, eux, viendront surtout pour vendre.

Si tout se passe bien à long terme, et si l'équipe utilise les revenus publicitaires de l'application pour construire quelque chose de solide, Théo imagine une valeur réaliste autour de 0,2 à 0,3 dollar par token. C'est très loin des 314 dollars évoqués sur certaines pages. En tant que meme coin, Pi pourrait aussi profiter de l'engouement de sa communauté, mais cela reste fragile.

Sa conclusion est claire : il ne s'attend pas à ce que le token vaille 50 000 dollars, comme certains le prétendent. Son choix de ne pas faire le KYC et de renoncer à ses gains est cohérent avec sa vision prudente du projet.

Ce que je retiens de cet échange

Théo a miné Pi pendant six ans, mais il a préféré abandonner ses tokens plutôt que de confier ses documents d'identité à une équipe qui ne parle plus que de KYC. Je trouve cette décision raisonnable. La collecte massive d'identités, les chiffres gonflés et l'absence de proposition de valeur claire sont des signaux que nous prenons au sérieux.

Pi reste un phénomène intéressant, avec une communauté réelle et une mécanique de minage qui a marqué son époque. Mais entre l'enthousiasme asiatique et le scepticisme occidental, le chemin vers une valorisation durable me semble encore très incertain.