Un alignement historique pour Bitcoin

Les planètes s'alignent enfin. Trump vient d'être élu, Gary Gensler, le patron de la SEC, serait sur le départ à la fin du mois, et de nombreux pays évoquent des réserves stratégiques en Bitcoin. Nous assistons à un moment historique, sous nos yeux.

Je suis à Dallas, au Texas, invité au North American Blockchain Summit, où les responsables politiques américains et les acteurs clés de l'industrie se réunissent. L'objectif est de faire le point sur la régulation, le minage, les réserves stratégiques, la fiscalité et les défis de la décentralisation, des sujets qui nous concernent tous, même si vous n'êtes pas américain.

IA et blockchain : la vraie décentralisation reste à prouver

À la Binance Blockchain Week de Dubaï, j'avais constaté un déséquilibre : beaucoup de projets utilisent la blockchain pour promouvoir l'IA, par exemple via des projets DePIN, mais l'IA ne fait pas grand-chose pour la blockchain. Il faut distinguer les projets qui se contentent d'ajouter une couche blockchain de ceux qui sont véritablement décentralisés.

Ici, j'ai assisté à la keynote d'Angel AI, un projet qui se présente comme une IA entièrement décentralisée et contrôlable par chacun. L'idée est séduisante : tout est tokenisé, et lorsque vous interagissez avec quelqu'un, vous ne connaissez ni son genre, ni sa race, ni son identité, seulement l'historique de ses tokens et de ses actifs. C'est une transparence intéressante, mais je me pose encore des questions sur le stockage des fichiers et la sécurité.

Ce que je veux voir, c'est une technologie réellement démocratisée et accessible à tous, pas seulement une blockchain plaquée sur une IA centralisée. La nuance est essentielle.

Le Texas, futur épicentre du minage de Bitcoin

J'ai été surpris par l'ampleur du travail accompli au Texas sur le minage. Le gouverneur Greg Abbott a récemment annoncé que le Texas était prêt à devenir le foyer du minage de cryptomonnaies et la capitale crypto du monde. Le Texas, neuvième économie mondiale si c'était un pays, dispose d'infrastructures solides, d'un environnement pro-crypto et de beaucoup d'énergie propre dans l'ouest de l'État.

Rachel Silverstein, de Bitfarms, expliquait que de nombreux parcs solaires produisent un excédent d'électricité entre 9 heures et 14 heures, qui est tout simplement perdu. Elle encourage les producteurs à vendre cette électricité aux mineurs. Le problème, c'est que beaucoup ne savent même pas qu'ils peuvent le faire, et c'est là que réside l'opportunité.

Même sans excédent, produire un Bitcoin coûte environ 55 000 dollars aux États-Unis, et le BTC se négociait autour de 94 000 à 95 000 dollars ce matin-là. C'est rentable. J'ai rencontré un gérant de réseau électrique qui n'était pas du tout croyant au départ, et qui commence à adhérer à la technologie et à la décentralisation. Une entreprise du Mississippi exploite aussi son excédent de gaz pour miner. Ces acteurs ne sont pas tous des passionnés de décentralisation, ils cherchent un retour sur investissement, et c'est très bien ainsi.

Le contraste avec la Chine est frappant : là-bas, le minage reposait beaucoup sur le charbon, ce qui a valu une mauvaise presse au Bitcoin. Ici, l'énergie propre et les excédents permettent de produire du Bitcoin de manière plus efficace et plus responsable. Le Texas n'a pas l'électricité la moins chère du monde, mais il offre une stabilité politique, juridique et des infrastructures fiables, avec des solutions comme les Gigabox Hydro pour gérer la chaleur.

Le point de vue des acteurs du minage sur le terrain

J'ai rencontré John Taylor, de Bitcoin Mining World, une plateforme éducative et marketing. Il confirme que le coût moyen de production d'un Bitcoin aux États-Unis tourne autour de 55 000 dollars, mais ce chiffre varie fortement : en Californie, l'électricité coûte trois fois plus cher qu'au Texas.

La bureaucratie est aussi très inégale. À New York ou en Californie, la régulation et les permis découragent les nouveaux entrants. En revanche, au Texas, au Missouri ou en Oklahoma, les opportunités sont nombreuses et les obstacles administratifs bien moindres.

John souligne que le Texas est une capitale mondiale de l'énergie, avec du pétrole à Midland, du gaz torché ou échoué, du solaire et de l'éolien. Un de leurs partenaires, Verde Mining, récupère ce gaz perdu pour alimenter des générateurs et produire du Bitcoin. C'est une approche intelligente qui transforme un déchet en valeur.

Sur l'avenir, il reste prudent : le prochain halving va changer la dynamique économique du minage, et personne n'a de boule de cristal. Il imagine des pistes comme l'utilisation des nœuds pour capter des données ou les revenus de transaction. Quant à la Chine, il estime que le minage est suffisamment décentralisé et que la Chine restera probablement un gros client, donc le risque est limité.

Trump, réserve stratégique et nouvelle donne géopolitique

Le soir, j'ai dîné avec des personnes de Fidelity et d'EDG, et nous avons parlé de Trump et de Pompeo. La sénatrice Lummis propose que les États-Unis achètent jusqu'à un million de bitcoins sur cinq ans, soit environ 8 % de l'offre totale. Cette réserve stratégique semble de plus en plus réelle. Officiellement, c'est pour résoudre un problème de dette, mais j'y vois surtout une manière de protéger le dollar. Quoi qu'il en soit, un tel achat déclencherait une course mondiale à l'accumulation, les prix s'envoleraient et il deviendrait plus difficile pour les particuliers d'acquérir des bitcoins.

Pompeo a donné trois axes clés. D'abord, la domination énergétique : les États-Unis veulent un surplus, alors que la Chine et la Russie sont en déficit. Contrôler l'énergie est essentiel, que ce soit pour la blockchain, l'IA ou d'autres secteurs. Ensuite, Trump ne veut pas envoyer les enfants à la guerre, mais il lui faut une puissance économique pour compenser. Cela passe par une pression renouvelée sur la Chine, notamment via des droits de douane. Enfin, l'efficacité et la dérégulation : j'ai entendu Pompeo parler exactement comme Musk, avec cette obsession de l'efficacité gouvernementale.

Pour le marché crypto, cette stabilité géopolitique relative, si elle se confirme et qu'aucun cygne noir ne survient, pourrait être extrêmement favorable.

Conclusion : une première journée riche en signaux

Cette première journée au sommet a été une vraie surprise. J'ai appris énormément en discutant avec des acteurs du pétrole, du gaz et du minage que je ne côtoie pas habituellement. Le Texas apparaît comme un laboratoire grandeur nature pour un minage plus propre et plus professionnel.

Je reste toutefois partagé : voir certaines infrastructures et IA se centraliser me rend un peu triste. Le monde devient de plus en plus blockchainisé, mais pas forcément plus décentralisé. Ce débat méritera d'être approfondi, car Trump s'en moque, il veut rendre l'Amérique puissante.

Demain, nous aborderons la SEC, les taxes, le traçage, peut-être les CBDC et les tendances à moyen et long terme. Les dix-huit premiers mois du mandat de Trump seront déterminants, puis il faudra patienter quatre ans. Je suis impatient de poursuivre.