Une journée réservée aux initiés

J'écris ces lignes depuis Las Vegas, au lendemain de l'Industry Day du Bitcoin 2025. Cette journée précède les deux journées publiques et réunit des professionnels, des investisseurs et des détenteurs de billets VIP. Le contenu y est plus technique, plus orienté business et moins grand public. J'ai tenté d'en capter l'essentiel pour vous le restituer ici.

La réserve stratégique de bitcoins, un outil de puissance

L'une des premières interventions portait sur la création d'une réserve stratégique américaine de bitcoins. Le raisonnement présenté compare cette réserve aux réserves stratégiques de pétrole et d'or. Les États-Unis détiennent du pétrole pour influencer les prix, et de l'or pour défendre le dollar en cas d'attaque. Pour le bitcoin, l'idée est double : montrer que cet actif compte pour les États-Unis et projeter de la puissance. Le conférencier a rappelé que le bitcoin figure désormais parmi les plus grandes classes d'actifs au monde, autour de la sixième ou huitième place selon les méthodes de calcul. À ses yeux, les États-Unis vont constituer une réserve substantielle.

Bryan Johnson, le « vampire » qui applique la rigueur bitcoin à la santé

J'ai tenu à assister à la keynote de Bryan Johnson, ce « vampire » connu pour ses expériences de longévité. Il a expliqué qu'on peut ralentir significativement le vieillissement en se concentrant sur un marqueur clé : abaisser la fréquence cardiaque au repos avant le coucher. Il a mis en avant ses huit mois de sommeil parfait, avec un score de 100 %, pour montrer qu'on peut maîtriser cette pratique.

Ce discours m'a parlé car il rejoint des principes que j'applique déjà au bitcoin. Comme lui, je mesure tout, je suis mes données, et je me concentre sur l'essentiel. Pour un portefeuille crypto, cela signifie définir une stratégie claire, par exemple la proportion de bitcoins à allouer, la sécurisation des clés ou la répartition long terme. Ensuite, on s'y tient. J'ai souvent évoqué ma stratégie des 0,1 bitcoin : l'écrire et la respecter. La gamification, que Bryan Johnson utilise très bien, rend aussi l'effort plus facile. Appliquée à l'investissement, elle transforme la discipline en jeu. La patience et l'évaluation régulière restent les clés.

Stablecoins et loi GENIUS : le dollar étend son emprise

Un échange avec la sénatrice Lummis et Coinbase a porté sur les paiements en bitcoins et le Lightning Network. Une exemption de déclaration fiscale pour les achats inférieurs à 600 dollars a été mentionnée, afin de rendre le bitcoin plus utile au quotidien aux États-Unis. La sénatrice a annoncé un vote prévu lundi, suivi du processus d'amendement la semaine suivante. Si ce texte passe, il deviendrait la première législation sur les actifs numériques adoptée par le Sénat américain, et la première loi issue du comité bancaire depuis huit ans. Le GENIUS Act, centré sur les stablecoins, fait partie de cette dynamique.

Mon analyse : les stablecoins servent avant tout à étendre la portée du dollar et renforcent la sécurité nationale américaine. Les États-Unis construisent l'infrastructure de demain. Je trouve dommage que la Chine, qui disposait d'une communauté très motivée, ait choisi d'interdire et de censurer au lieu de construire. Elle se retrouve aujourd'hui à la traîne et aura du mal à rattraper ce retard.

  • Exemption IRS en dessous de 600 dollars pour les petits achats en bitcoins
  • Première loi sur les actifs numériques au Sénat depuis huit ans
  • Les stablecoins prolongent la domination du dollar

David Sacks : ramener l'innovation crypto aux États-Unis

La journée s'est terminée avec une intervention très attendue de David Sacks, le conseiller de Trump pour l'IA et les cryptomonnaies. Son message est direct : la blockchain, le bitcoin et les cryptos représentent le système financier du futur, et cette innovation doit se faire aux États-Unis. Il a accusé l'administration précédente, notamment sous l'influence d'Elizabeth Warren, d'avoir poussé cette innovation à l'étranger. Pour lui, la voie américaine consiste à être leader technologique et à accueillir cette révolution financière.

J'ai senti un vrai changement de ton. On ne parle plus de promesses vagues. Les cadres réglementaires arrivent, le GENIUS Act avance, et les projets de loi sur les stablecoins se concrétisent. David Sacks travaille main dans la main avec la sénatrice Lummis pour faire passer des textes bipartisans. Il a même fait une imitation très drôle de Trump en évoquant Mark Zuckerberg, ce qui a détendu la salle. Son message reste limpide : des règles claires pour permettre à l'industrie de prospérer sur le sol américain. J'y vois l'entrée dans un âge d'or pour la crypto.

Michael Saylor : le bitcoin, capital numérique d'une économie pilotée par l'IA

En pleine nuit, vers trois heures du matin, Michael Saylor a livré une session de questions-réponses qui a marqué les esprits. Il a comparé le bitcoin à l'étalon-or du XIXe siècle, lorsque la famille Rothschild dominait la finance mondiale. À l'époque, l'or était la monnaie de référence et la dette souveraine circulait. Aujourd'hui, le bitcoin joue ce rôle d'or numérique et de monnaie au porteur. Saylor voit sa capitalisation passer de mille milliards à dix mille milliards, puis cent mille milliards de dollars, à mesure qu'il grimpe dans la structure du capital.

Il a ensuite relié le bitcoin à l'intelligence artificielle. Pour lui, l'IA est l'intelligence numérique et le bitcoin est le capital numérique. L'IA accomplira le travail d'un milliard, puis dix milliards, puis cent milliards, voire mille milliards de personnes. Les robots, les voitures autonomes et les appareils intelligents remplaceront le travail humain. On en voit déjà les prémices à Las Vegas avec plusieurs sociétés de voitures autonomes. La valeur de la terre et du travail va chuter, tandis que le capital va exploser. Ce capital cherchera un actif rapide, sans confiance et pur : le bitcoin. Des machines et des économies entières pourront fonctionner sur ce capital numérique. C'est une vision de rupture, où le bitcoin ne sert plus seulement de monnaie, mais devient la fondation de tout.

Une dynamique de fond

Cette journée m'a confirmé que le bitcoin n'est plus un sujet de niche. Les discussions portent sur la puissance des États, la régulation, la santé, l'IA et l'avenir du capital. Les États-Unis accélèrent, la Chine regarde de loin, et les grands acteurs construisent déjà les fondations de ce nouveau système. Les paroles de Michael Saylor résonnent encore : le bitcoin est le capital numérique d'une économie de plus en plus automatisée, au-delà de sa fonction de réserve de valeur. Je repars de Las Vegas avec une conviction renforcée : nous sommes au début d'une transformation profonde, et ceux qui prennent le temps de comprendre et de se positionner auront une longueur d'avance.