Une semaine violente : liquidations, longs massacrés et peur sur les marchés

La première semaine de novembre a été brutale. Le Bitcoin n'a pas tenu les 100 000 dollars, il est passé sous les 99 000, un plus bas de presque six mois. L'Ether a frôlé la cassure des 3 000 dollars. En 24 heures, le marché a liquidé environ 2 milliards de dollars, dont 1,631 milliard sur les positions longues. Un trader a perdu 47,87 millions de dollars sur une seule position.

Je reçois beaucoup de messages inquiets, et je comprends la panique. Pourtant, les fondamentaux n'ont jamais été aussi solides : les ETF au comptant absorbent des capitaux chaque mois, des lois favorables ont été votées, la régulation ne nous étrangle pas. Malgré cela, le prix reste bloqué. Ce décalage mérite une explication.

Le rite de passage du Bitcoin : une IPO où les fondateurs encaissent

Je vais vous donner l'image qui résume tout : le Bitcoin vit son introduction en bourse. Quand une société entre en Bourse, les premiers investisseurs, les fondateurs et les fonds de capital-risque vendent une partie de leurs titres. Ils ne vendent pas parce que l'entreprise va mal, mais parce qu'elle a réussi. C'est exactement ce qui se passe avec le Bitcoin.

Les mineurs de 2010, les acheteurs à 100 dollars, ce sont les fondateurs. Ils ont attendu plus de dix ans. Maintenant que les ETF sont là, que Wall Street apporte de la liquidité, ils encaissent. Les données le confirment : en 30 jours, les détenteurs de long terme, les LTH, ont vendu environ 400 000 bitcoins, soit plus de 40 milliards de dollars au cours moyen. Mike Novogratz, de Galaxy Digital, a même annoncé lors de la présentation des résultats avoir aidé un client à vendre pour 9 milliards de dollars de Bitcoin. Ces chiffres donnent le vertige, mais ils racontent la même histoire : les OG prennent leurs bénéfices.

Les ETF vendent aussi, mais qui vend vraiment ?

En face, on pensait que les institutions et les ETF allaient tout absorber. Or les données ETF montrent des sorties : la semaine dernière, les ETF Bitcoin américains ont enregistré une sortie nette de 802 millions de dollars. Lundi, 180 millions de dollars supplémentaires sont sortis. Le géant BlackRock, via son IBIT qui représente 45 % des parts de marché, a enregistré quatre jours de sorties cumulées de 715 millions de dollars.

La question devient : si les fondateurs vendent des dizaines de milliards et que les ETF vendent aussi, qui achète ? Il faut comprendre que ces sorties d'ETF ne sont pas BlackRock qui liquide ses positions. Ce sont les investisseurs de court terme entrés très tôt dans les ETF, ceux qui manquent de conviction, qui se font secouer et qui sortent. Nous voyons donc l'argent ancien encaisser, l'argent chaud couper ses pertes, et toutes ces ventes sont absorbées par une force plus large et plus patiente.

Qui achète ? La force patiente qui absorbe le choc

Cette force n'est pas spectaculaire. Elle n'achète pas de manière agressive, mais elle est là à chaque baisse. C'est pour cela que le Bitcoin consolide au lieu de s'effondrer. Le prix ne casse pas vers de nouveaux abîmes, il reste dans une zone, car chaque repli trouve un acheteur.

Cette patiente accumulation est très différente d'un marché baissier. Dans un vrai marché baissier, il n'y a plus d'acheteurs, tout le monde veut sortir. Ici, les sorties des uns sont rachetées par d'autres. Les OG ne vendent pas par perte de confiance, ils vendent parce qu'ils ont gagné. C'est une distinction fondamentale.

Pourquoi cette purge est structurellement saine : la fin de la concentration

Il y a une leçon que j'ai apprise sur les marchés traditionnels : ce qui est concentré est fragile, ce qui est dispersé est antifragile. Pendant des années, quelques milliers d'OG et de fonds contrôlaient l'essentiel de l'offre de Bitcoin. Quand l'un d'eux vendait, tout le marché tremblait. La volatilité venait de la concentration des détenteurs.

Aujourd'hui, ces bitcoins passent des OG et des investisseurs court terme des ETF vers des institutions de long terme et des millions de particuliers qui achètent en DCA. La propriété se fragmente. Le marché devient structurellement plus stable. Les jours de multiplication par cent en un an sont probablement derrière nous, mais le risque de krach de 80 % diminue aussi fortement. Le Bitcoin sort de l'adolescence spéculative pour devenir un actif monétaire mondial. Il échange de la volatilité contre de la durabilité.

Combien de temps ? Une consolidation de 6 à 18 mois, pas un marché baissier

Cette phase de passation peut durer entre 6 et 18 mois. Je n'exclus pas que le Bitcoin glisse progressivement sous les 90 000 dollars et que nous traversions des mois de consolidation complexe. Mais cela n'a rien à voir avec un marché baissier.

Je le répète : dans un marché baissier, il n'y a personne pour acheter. Ici, chaque baisse attire une main patiente. Le prix ne crée pas de nouveau plancher durable, il évolue dans un range. Ces institutions patientes attendent que la distribution des premiers détenteurs se termine. La frustration que nous ressentons est réelle, mais elle est nécessaire. C'est le prix de la maturité.

L'ennui comme fondation du prochain cycle

Je vais être direct : cette consolidation est frustrante, le sentiment est mauvais, mais les fondamentaux sont plus solides que jamais. Cet ennui, cette torpeur du marché, c'est exactement ce que les institutions recherchent. Elles ne veulent pas d'euphorie, elles veulent accumuler calmement.

L'ennui est la vraie base du prochain cycle haussier. Quand les vendeurs initiaux auront terminé et que la base de détenteurs sera plus large, le marché pourra repartir sur des fondations plus saines. La question reste ouverte : face à cette phase d'IPO, allez-vous vendre ou accumuler avec patience ?

Conclusion : une transition nécessaire vers un Bitcoin adulte

La chute de la première semaine de novembre n'est pas un accident qui remet en cause le Bitcoin. C'est une passation de pouvoir entre les premiers détenteurs qui encaissent et une nouvelle base, plus large et plus patiente, qui accumule. Les liquidations massives et les sorties d'ETF racontent ce transfert.

Oui, la période peut être inconfortable et durer plusieurs mois. Mais elle réduit la concentration, elle stabilise la structure de marché et elle pose les fondations du prochain cycle. À mon sens, ce choc d'IPO est une épreuve de maturité, pas une fin.

Je vous partage ici mon opinion personnelle, pas un conseil en investissement.