Règle n°1 : les gouvernements n'arrêteront jamais la planche à billets
Beaucoup espèrent encore un retour de l'inflation à un niveau faible et des taux d'intérêt d'antan. Regardez la dette mondiale: si la planche à billets s'arrêtait, toute la chaîne de la dette se briserait. Pour maintenir le jeu en place, les décideurs n'ont pas d'autre choix que de continuer à créer de la monnaie. Comme l'a rappelé le stratège Charlie Bilello, certaines réalités sont inévitables, et la création monétaire en fait partie.
C'est une donnée de départ. Si l'impression monétaire est le destin de notre génération, alors elle devient une source d'alpha pour celles et ceux qui la comprennent et s'y préparent.
Règle n°2 : les proches du robinet monétaire détiennent un privilège structurel
La monnaie n'est pas neutre. Quand une banque centrale crée de la nouvelle monnaie, celle-ci ne se répand pas de manière uniforme dans toutes les poches, comme par hélicoptère. Elle suit un chemin précis: d'abord la banque centrale, puis les primary dealers et les grandes banques, ensuite les fonds spéculatifs et les grandes entreprises, puis les marchés d'actifs comme les actions et l'immobilier, et enfin l'économie réelle sous forme de salaires et de consommation.
Ceux qui touchent cet argent en premier peuvent acheter des actifs et des services avant la hausse des prix. Leur pouvoir d'achat est artificiellement amplifié. Quand ces liquidités atteignent enfin les salariés, les prix des actifs ont déjà flambé, et l'inflation a déjà fait ses dégâts.
Prenons un exemple simple. Si la Réserve fédérale crée 100 milliards de dollars, les premières contreparties seront des institutions comme BlackRock, capables de mobiliser des actifs en garantie pour obtenir des financements de gros proches de zéro. Ces fonds sont comme des munitions gratuites: ils servent à acheter des biens immobiliers, de l'or ou du Bitcoin. Le temps que ces dollars arrivent jusqu'à vous, ils ont été réévalués à chaque étape. Le financement à 0 % est devenu un crédit immobilier à 5 %, voire un crédit à la consommation à 18 %. Résultat: les plus riches achètent des actifs avec de l'argent quasi gratuit et font monter les prix, tandis que vous devez emprunter cher pour acheter ce qu'ils revendent, ou leur payer un loyer.
C'est pour cela que les marchés actions battent des records alors que les salaires réels ne suivent pas l'inflation. Cette situation découle de la hiérarchie inhérente au système monétaire fiat, pas d'un simple dysfonctionnement passager. Si vous ne détenez que du fiat ou un revenu salarial, vous occupez la position de sortie de liquidité, en payant la fête des étages supérieurs.
Règle n°3 : chercher à shorter la monnaie fiduciaire
La logique est simple. Puisque le fiat est potentiellement illimité, il faut détenir des choses limitées, ce que l'on appelle des actifs durs. Les plus fortunés pratiquent cela depuis longtemps: ils achètent de l'immobilier de premier ordre, des parts de capital rares, de l'or physique.
Mais pour la plupart des gens, ces voies sont pratiquement fermées. D'abord, il y a les barrières d'accès. Les meilleurs fonds de private equity et les stratégies de hedge funds sont réservés par la loi à des investisseurs qualifiés. Aux États-Unis, il faut par exemple justifier d'un revenu annuel supérieur à 200 000 dollars pendant deux années consécutives. Autrement dit, quand une licorne peut encore multiplier sa valorisation par cent, vous êtes légalement empêché d'y entrer. Vous ne pouvez qu'attendre l'introduction en Bourse, souvent après que les premiers acheteurs ont déjà capté l'essentiel de la hausse.
Ensuite, il y a les coûts de détention et la liquidité. L'immobilier demande un apport, un endettement sur trente ans, des impôts fonciers, et reste difficile à revendre rapidement. L'or physique est lourd à stocker et à transporter, et le conserver en banque comporte un risque de gel ou de contrôle.
Bref, shorter le fiat est une bonne idée, mais l'ancien monde n'a pas prévu de place pour les petits épargnants. Sans capital initial, il est difficile de protéger celui que l'on possède déjà.
Bitcoin : le seul actif dur vraiment accessible sans permission
Bitcoin change cette donne. C'est un actif dur sans permission, qui supprime le pouvoir des gardiens. Il ne vous demande pas votre fiche de paie, ni votre situation familiale. Même avec 100 yuans, vous pouvez détenir une fraction de bitcoin, par exemple 0,000001 BTC.
Son offre est plafonnée à 21 millions d'unités par les mathématiques et le code. Le fiat, lui, voit son offre décidée par une poignée de décideurs et tend vers l'infini sur le long terme. Personne ne peut émettre un bitcoin supplémentaire.
Quand vous achetez du Bitcoin, vous acquérez un droit de sortie. Vous transférez la valeur résiduelle de votre travail depuis un réservoir de fiat dont le dénominateur ne cesse de gonfler vers un protocole souverain dont le dénominateur est fixe et que personne ne peut diluer. Imaginez une piscine dont le niveau monte sans cesse: vous pouvez continuer à nager dans une eau de plus en plus abondante, ou monter sur une île qui ne coule jamais.
Dans un monde où la dette publique est massive, les banques centrales n'ont d'autre choix que de maintenir des taux bas et d'élargir leur bilan pour éviter les défauts. Cela signifie que l'effet Cantillon, ce mécanisme de distribution inégale de la monnaie, va non seulement persister mais s'aggraver.
Vous pouvez ne pas croire que le Bitcoin remplacera le dollar. Vous pouvez même redouter sa volatilité. Mais du point de vue de l'allocation d'actifs, détenir une partie de son épargne en Bitcoin revient à acheter une option de vente, un put, sur l'effondrement du système de crédit fiat et sur les formes violentes de l'effet Cantillon.
Le message laissé par Satoshi Nakamoto dans le bloc de genèse du Bitcoin n'est pas anodin. Il constitue une déclaration contre les défauts du système monétaire actuel, pas seulement une expérience technique. Le choix vous appartient: rester dans le flux de liquidité en aval, ou devenir propriétaire d'actifs.
À vous de décider
Les trois règles que je viens de rappeler ne sont pas une prophétie, plutôt une grille de lecture. La création monétaire est structurelle, la distribution de la nouvelle monnaie est hiérarchique, et la seule réponse rationnelle est de détenir des actifs durs. Le Bitcoin apporte avant tout un accès direct à un actif rare, sans intermédiaire et sans permission.
Je ne vous dis pas de tout vendre pour acheter du Bitcoin. Je vous invite à regarder la mécanique monétaire en face et à vous demander où vous vous situez. L'important est de ne pas rester passif dans un système qui, par construction, transfère de la valeur des mains de ceux qui travaillent vers celles de ceux qui sont proches de la création monétaire.