Qu’est-ce qu’un DAT ?
Le DAT, ou Digital Asset Treasury, désigne une entreprise qui utilise sa trésorerie pour acheter et conserver des actifs numériques, souvent du Bitcoin, parfois en empruntant de l’argent. Concrètement, au lieu d’acheter vous-même du Bitcoin, vous achetez des actions d’une société qui s’expose massivement au Bitcoin.
Prenons l’exemple de Strategy, anciennement MicroStrategy. Si vous investissez 100 dollars, l’entreprise combine cet argent avec d’autres fonds, parfois issus de la dette, pour acheter davantage de Bitcoin. Si le Bitcoin monte de 10 %, l’action peut grimper de 20 %, 30 %, voire plus, grâce à l’effet de levier. En revanche, si le Bitcoin baisse de 10 %, votre mise peut chuter à 80 ou 60 dollars, car la dette ne disparaît pas.
Pour comparer rapidement : acheter des cryptos en direct reste la solution la plus pure, les ETF sont les plus simples, et le DAT s’apparente à un pari à levier plus élevé, avec davantage de risque mais aussi plus de récompense potentielle.
Pourquoi le DAT peut surpasser un ETF
Ce n’est plus un phénomène de niche. Plus de 170 entreprises dans le monde accumulent publiquement du Bitcoin, pour une valeur totale supérieure à 111 milliards de dollars. Strategy détient 636 000 bitcoins et Metaplanet, au Japon, se classe sixième avec précisément 20 000 bitcoins.
Le DAT possède trois superpouvoirs que les ETF n’ont pas.
- L’effet de levier : une entreprise peut emprunter, émettre des obligations ou vendre de nouvelles actions pour acheter encore plus de Bitcoin. Cela amplifie les hausses.
- L’amplificateur de battage médiatique : le cours d’une action DAT dépend à la fois du prix du Bitcoin et de l’actualité de l’entreprise. Une annonce d’achat massif peut faire flamber l’action en une journée, et parfois même soutenir le prix du Bitcoin.
- Un filet de sécurité relatif : si l’action tombe sous la valeur des bitcoins détenus, des investisseurs avisés peuvent l’acheter pour obtenir du Bitcoin à prix réduit. Ce mécanisme crée un plancher potentiel, ce que les ETF n’offrent pas.
Les trois pièges du DAT pour l’investisseur particulier
Premier piège : le risque de bulle. Quand le marché est trop enthousiaste, le cours de l’action peut dépasser largement la valeur des bitcoins détenus, ce qu’on appelle une prime. Si cette prime se dégonfle, l’action peut chuter même si le prix du Bitcoin reste stable. Les derniers entrants sont les plus exposés.
Deuxième piège : la dilution. Pour lever des fonds, l’entreprise émet souvent de nouvelles actions, via des offres ATM. Votre part du gâteau peut diminuer même si la valeur totale augmente. C’est une érosion lente mais réelle de votre investissement.
Troisième piège : les risques liés à l’entreprise. Avec un ETF, seul le prix du Bitcoin importe. Avec un DAT, il faut surveiller la gestion, les décisions d’endettement, les rachats d’actions, mais aussi les dirigeants. Un tweet malheureux, un décès ou un scandale peut faire chuter l’action. À partir de 2025, les sociétés américaines devront comptabiliser les cryptos à leur juste valeur, ce qui rendra leurs résultats financiers très volatils.
L’exemple de Metaplanet le montre : l’action a chuté de plus de 50 % depuis la mi-juin, en raison de facteurs opérationnels et de marché, pas uniquement du prix du Bitcoin.
Ma stratégie personnelle face au DAT
Le DAT combine trois choses : l’exposition au Bitcoin, l’effet de levier de l’entreprise et le battage médiatique. C’est un outil puissant pour relier la crypto aux marchés traditionnels, mais les risques sont bien plus élevés que ceux d’un ETF.
Personnellement, je pourrais placer une petite partie de mon capital dans un DAT de qualité, mais comme un pari secondaire à haut risque. Mon cœur de portefeuille restera le Bitcoin détenu directement sur la blockchain, car je refuse le risque lié aux dirigeants. J’aime que Bitcoin n’ait pas de PDG.
Conclusion : un outil à double tranchant
Le DAT n’est pas une simple copie d’un ETF. Il ajoute du levier, du battage médiatique et un filet de sécurité relatif, ce qui peut amplifier les gains mais aussi les pertes. Pour un particulier, il représente un pari à haut risque, surtout si l’on entre tard ou si l’on ignore la dilution et les risques de gouvernance.
Mon approche reste prudente : conserver l’essentiel en Bitcoin détenu en direct, et éventuellement allouer une petite poche à un DAT si l’on comprend bien l’entreprise et ses dirigeants. La clé est de connaître les risques avant de chasser les rendements.