La patience chinoise, une arme invisible
J'ai vécu en Chine pendant presque dix ans, avec des beaux-parents chinois très classiques. Ma belle-mère a grandi en enchaînant des boulots épuisants dans des usines d'État, à rouler des cigarettes. Mon beau-père a tenté l'entrepreneuriat et, même à la retraite, il se lève tôt tous les jours pour aller au marché acheter des légumes frais. Un jour, ma belle-mère m'a dit, toute fière, qu'elle avait réussi à tenir toutes les dépenses du mois sous les 200 dollars, environ 180 euros. Derrière ces habitudes, j'ai vu une simplicité, une frugalité et une patience incroyables, profondément ancrées dans la culture chinoise. Ces traits façonnent leur rapport au risque, au monde et à l'avenir.
Quand les États-Unis ont imposé une taxe de 104 % sur la Chine, puis qu'on est monté vers 200 %, j'ai demandé à mon beau-père ce qu'il en pensait. Sa réponse m'a marqué : à l'époque on n'avait rien, on n'avait pas peur de l'Amérique et on s'en est sorti, alors pourquoi avoir peur maintenant ? Beaucoup de Chinois partagent cette résilience collective. Face à cela, l'Occident paraît individualiste : chacun crie dans son coin, les médias, les experts, les citoyens débattent et protestent. Même les revendications régionales, comme en Bretagne, en Corse ou en Alsace, montrent des groupes plus petits. Le collectivisme chinois est aux antipodes de notre individualisme, et on le retrouve directement dans les décisions financières.
Mon beau-père, holder malgré lui
Au début, mon beau-père ne voulait pas entendre parler de crypto. Pour lui, si on ne peut pas la voir ni la toucher, ce n'est pas fiable. Les Chinois adorent l'or, mais la crypto passait pour un nid d'arnaques. Cette méfiance a duré jusqu'au jour où j'ai acheté un bien immobilier en Chine, payé cash, et où je lui ai dit que cela représentait moins de 1 % de ce que j'avais en crypto. Là, il a commencé à tendre l'oreille et à me poser des questions. À la fin, il m'a même demandé de lui acheter un peu de Bitcoin en spot et de le mettre de côté.
Ce qui est drôle, c'est qu'il n'a jamais regardé le prix. Quand je lui ai demandé s'il stressait face aux fluctuations, il m'a répondu : stresser, pourquoi ? Pour lui, ce Bitcoin est un héritage pour les petits-enfants. Il ne l'a pas acheté pour revendre, mais parce que j'y crois fort et que lui y croit aussi. Ça monte, ça descend, mais cela ne change rien à sa vie. Voilà le mindset du holder par excellence : vous achetez, vous rangez, vous oubliez, et vous pensez à 5 ans, 10 ans, voire à la génération suivante.
CZ et SBF : deux visages du risque
Pour illustrer l'opposition Orient-Occident, je pense à deux figures : CZ, le fondateur de Binance, et SBF, celui de FTX. CZ est calme, accessible, réservé. Même sous la pression des régulateurs, il est resté posé, a payé ses amendes tranquillement et a gardé le cap sur sa vision d'ensemble. Son style est celui d'un entrepreneur chinois : prudent dans ses mots, centré sur les relations, le guanxi, et presque pédagogique dans ses prises de parole. Il aime l'éducation et avance lentement mais sûrement.
SBF, au contraire, incarnait le pur produit de la tech américaine : narratif puissant, hype à fond, attentes gonflées, émotions fortes et action rapide. En pleine crise, il manœuvrait les médias comme une partie d'échecs. Sa stratégie consistait à miser sur les coups rapides, le pump de FTT, la manipulation des prix, le trading croisé avec Alameda. CZ bâtissait une machine à générer de l'argent pour toujours, étape par étape. SBF jouait au poker, all in, quitte à tout perdre. Leurs trajectoires ont fini par refléter ces choix : l'un est devenu une figure sage du secteur, l'autre est passé de crypto king à rien.
Trader comme un Américain : la rigueur avant tout
Trader à l'américaine ne veut pas dire foncer sans réfléchir. C'est utiliser des outils rigoureux : analyse technique, indicateurs quantitatifs, repérage des tendances, points d'entrée et de sortie. Le marché a toujours raison. Si vous rentrez sur un projet et qu'il part en vrille, avec un stop loss qui saute ou des fondamentaux qui changent, vous ne restez pas planté là en vous disant que vous êtes un holder. Vous coupez, vous préservez votre capital, surtout sur les futures ou avec effet de levier, pour pouvoir rejouer la prochaine main.
Ce style de trading est efficace pour capter les mouvements de court terme. Il sert aussi à filtrer les projets qui méritent d'être gardés sur le long terme. Mais attention : si vous ne faites que trader, vous courez après les pump and dump et les arnaques, et vous finissez par vous faire bouffer. Le day trading intensif m'a personnellement épuisé. Je ne recommande pas d'en faire votre seule activité.
Hold comme un Chinois : la conviction tranquille
Le hold à la chinoise n'est pas une attente passive. C'est croire, comprendre le projet, faire ses devoirs et ses recherches, être convaincu par la technologie. Alors, quand tout le monde panique, quand les émotions dominent et que les gens vendent, vous restez calme. Vous tenez, et vous en profitez même pour renforcer votre position. Les investisseurs chinois ont cette patience de malade et une vraie résistance mentale aux émotions du marché.
Mais attention : tenir sans gestion du risque, sans travail de renforcement, c'est aussi passer à côté d'opportunités. Le hold ne doit pas être un prétexte pour garder un projet pourri. Si les fondamentaux se dégradent, le stop loss reste valable. La conviction se travaille en amont, pas dans l'urgence.
Combiner les deux dans un portefeuille équilibré
Concrètement, je divise mon capital en blocs. Un bloc long terme, un bloc trading et un bloc pour tester, apprendre, partir un peu dans tous les sens. La logique est de travailler avec un cœur de portefeuille à 60 ou 70 %, composé majoritairement de Bitcoin. Ensuite, le trading occidental sert à renforcer ce cœur. Si un projet solide est sous-évalué pendant un dump de panique, vous pouvez en ajouter avec vos gains de trading ou votre cash disponible. En fin de bull run, quand le marché est en pleine bulle, vous réduisez un peu vos positions, vous prenez des profits par étapes et vous passez en stablecoins pour garder de la liquidité.
Personne ne vendra pile au top. Prendre du profit n'est jamais une mauvaise idée, surtout après un pump énorme qui risque de retomber. L'erreur serait de n'avoir qu'une seule approche. Trader sans comprendre la valeur des choses mène aux scams et au burnout. Holder sans gestion du risque fait rater des mouvements. Le vrai alpha, c'est de mélanger la rigueur occidentale pour les entrées et les sorties, et la vision orientale pour tenir les bons actifs sur la durée.
Un ami qui gagne bien sa vie avait un plan clair : accumuler de la crypto avant l'alt season. Mais il n'avait aucune réserve de trésorerie. Nous avons donc mis de côté six mois de dépenses courantes en cash avant d'investir chaque mois en crypto. Il reste exposé sans être all in, car il a aussi un appartement et des revenus réguliers. Sa priorité est de bétonner sa réserve, puis d'augmenter ses revenus, peut-être avec des ETF plus tard. C'est exactement ce dosage entre prudence et conviction que je recommande.
Conclusion : le temps et l'espace comme alliés
Au fond, cette double approche repose sur une idée simple : vos choix d'aujourd'hui, bien faits, ont un impact sur l'avenir. Il faut voir loin, choisir les bons projets et les tenir avec conviction. La rapidité américaine sert à saisir les opportunités, la patience chinoise à sécuriser la base. Ce sont deux forces complémentaires.
Quand je regarde mon beau-père, qui a acheté du Bitcoin sans jamais stresser, ou CZ, qui a construit Binance en restant calme face aux tempêtes, je vois la même chose : la durée l'emporte sur la précipitation, à condition d'avoir fait ses devoirs. Vous pouvez adopter cette hybride sans renier votre style, mais il faut accepter de jouer avec le temps.
