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Encyclopédieold

Dans la bibliothèque du sinophile

30/01/2014 — by Cédric BEAU

Etant amené de par mes études à travailler sur l’histoire chinoise, je me suis au fil du temps constitué une bibliothèque honorable sur le sujet. Je vous propose donc aujourd’hui une sélection de ce que je considère comme étant des lectures incontournables pour qui s’intéresse à la Chine.

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A tout seigneur tout honneur, commençons par les incontournables. Parmi les quatre classiques de la littérature chinoise, deux sont à mes yeux de véritables bijoux :

  • Au bord de l’eau (水浒传), de Shi Nai’an (disponible en deux tomes chez Folio)
  • Les Trois Royaumes (三国志演义), de Luo Guangzhong (disponible en trois tomes chez Flammarion)

A noter que ces deux ouvrages sont disponibles au format “bande dessinée traditionnelle” (liánhuánhuà / 连环画) aux Editions Fei.

Grand amateur d’histoire, ma bibliothèque est remplie d’ouvrages historiques ayant trait à la Chine. Si certains sont très techniques, d’autres sont accessibles à un large public, notamment pour qui souhaite acquérir des bases solides sur la longue histoire de la Chine.

  • Je ne saurais que trop vous conseiller l’ouvrage de John Fairbank et Simon Duran : Histoire de la Chine : des origines à nos jours. Véritable somme de plus de 750 pages, cet ouvrage couvre dans sa globalité, avec concession et esprit de synthèse, l’histoire de la Chine (disponible chez Tallandier dans la collection Texto).
  • Toujours de John Fairbank, La grande révolution chinoise : 1800-1989, dans la collection Champs Histoire, revient plus particulièrement sur le déclin de la dynastie Qing, la révolution et la guerre civile, puis sur la Chine communiste jusqu’au événements de Tian’anmen. Un incontournable !
  • Un autre classique, d’Alain Peyrefitte cette fois : Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera, chez Fayard. Le récit du séjour dans la Chine de la Révolution Culturelle de cette homme de lettres, et son analyse pertinente, trouvent encore écho aujourd’hui.
  • Pour une période plus ancienne, je vous conseille aussi La vie quotidienne en Chine : à la veille de l’invasion mongole (1250-1276), de Jacques Gernet. Un grand classique, qui nous plonge dans une histoire méconnue. Aux éditions Philippe Picquier.
  • Enfin, surement mon ouvrage préféré, dont je vous ai déjà parlé : Essais sur la Chine, de Simon Leys, aux éditions Robert Laffont, dans la collection Bouquins. Si vous ne devez en lire qu’un, c’est celui-là !

Troisième catégorie, celle comprenant les récits de voyage, et autres autobiographies.

  • J’étais empereur de Chine – L’autobiographie du dernier empereur de Chine (1906-1967), par Henry Pu Yi, trois fois empereur, jardinier et bibliothécaire. La vie mouvementée d’un homme éduqué hors du temps, et qui cherche à réintégrer son époque. Chez J’ai Lu.
  • Dans le même registre, les mémoires de son précepteur, Réginald F. Johnston, Au coeur de la Cité Interdite, viennent donner un nouvel éclairage à certains événements relatés dans l’autobiographie de Pu Yi. Chez le Mercure de France.
  • Le livre de Dai Sijie, Balzac et la petite tailleuse chinoise, est un best-seller dans nos contrées. Vous en avez surement déjà entendu parlé, et si vous ne l’avez pas lu, vous passez vraiment à côté d’un chef-d’oeuvre. Chez Gallimard.
  • Le Livre des Merveilles, de Marco Polo, est lui aussi un monument de la littérature sur la Chine. A lire ne serait-ce que pour retourner aux origines de l’attrait pour la Chine en Occident. Multiples éditions.

Ce ne sont là que quelques conseils de lecture. La liste est loin d’être exhaustive, et elle se focalise beaucoup sur l’histoire récente de la Chine. J’aurais aussi pu vu parler des romans policiers de Qiu Xialong, des écrits de Lu Xun, et de tant d’autres. Mais j’aurais certainement l’occasion d’y revenir une prochaine fois ! En attendant, n’hésitez pas à compléter cette liste avec vos ouvrages favoris, afin de les faire découvrir au plus grand nombre.

Brèvesold

Au coeur de la Cité Interdite : un écossais à la Cour de Puyi

21/11/2011 — by Cédric BEAU

La Cité Interdite a longtemps été l’objet de nombreux fantasmes de la part des Occidentaux, qui, intrigués par les évènements qui se déroulaient au-delà de la Porte du Midi, ont entretenu les rumeurs les plus folles.

Lorsqu’en 1919, Reginald F. Johnston est nommé précepteur du jeune empereur Puyi ; nonobstant le fait qu’il soit le premier “étranger” à obtenir ce poste ; il entame le récit de son séjour dans la Cité Interdite : Au coeur de la Cité Interdite, publié en 1934. Cet ouvrage, unique en son genre, dévoile au grand jour le fonctionnement d’une cour d’un autre temps, soumise aux rites centenaires qui la rythment, mais aussi une cour qui subit de plein fouet les mutations de son temps.

Le 12 Février 1912, Puyi abdique pour la première fois (il abdiquera une seconde fois en 1917 après une restauration de 10 jours), laissant place à la République de Chine. Cette dernière, soucieuse de ne pas s’aliéner une frange de la population toujours favorable aux Qing, propose à l’Empereur les “Articles veillant au traitement favorable de l’Empereur après son abdication” : Puyi conserve son titre d’Empereur (mais ne gouverne plus), il a le droit de rester dans la Cité Interdite (seulement dans la cour intérieure), une rente lui est versée par l’état. De fait, la vie dans la cité ne change pas : Puyi, entouré d’eunuques et de servants, est à la fois prisonnier du cérémonial, mais aussi des murs de la Cité Interdite. Durant cette période, les précepteurs et les eunuques chargés de son éducation vont lui raconter les légendes chinoises et mandchoues, qui font de lui le fils du Dragon, élu des dieux et propriétaire du Mandat Céleste lui donnant le droit de régner sur l’Empire du Milieu. Cependant, après un certain temps, la Cour juge nécessaire que l’Empereur soit initié aux choses du monde, et notamment l’anglais. C’est pourquoi elle signe un accord avec les représentants du gouvernement britannique en Chine pour que ces derniers envoient à la Cour un lettré, qui sera chargé de l’enseignement de la langue et de la culture anglaise auprès de l’Empereur. Mais celui qui devait à l’origine n’être qu’un simple professeur de langues va vite s’imposer comme le tuteur et le conseiller de Puyi.

Avant d’arriver en Chine, Réginald Johnston a étudié à l’université d’Édimbourg et d’Oxford. En 1898, il est envoyé à Hong-Kong travailler dans les services coloniaux, puis à Weihaiwei. C’est durant ce long séjour en Chine qu’il apprend le mandarin (qu’il parle couramment), et qu’il commence à s’intéresser à l’histoire de la Chine et à sa poésie. Il est donc un candidat tout désigné pour être envoyé auprès de Pékin par les plénipotentiaires britanniques.


Son ouvrage commence avant son arrivé à la Cité Interdite, où il relate ses connaissances de la maison impériale mandchoue et la rencontre qu’il a vécu avec le père de Puyi avant son intronisation comme précepteur. Il le continuera même après la fin de sa mission, en 1924, donnant son point de vue sur la situation de la Chine des années 20-30.

On découvre dans cet ouvrage un certain sentiment d’émerveillement de la part de Réginald Johnston, qui, on le voit au fil de la lecture, s’attache à la Cour Impériale, et notamment à la personne de l’empereur. On peut aussi voir l’influence bénéfique qu’il a sur le dernier des Qing : il réussit à le convaincre d’abandonner certaines traditions sur-années (comme le port de la natte), le détache de l’influence malsaine des nombreux eunuques de la cour (notamment après l’incendie du Palais de la Prospérité Réciproque, attribué aux eunuques qui ont ainsi voulu détruire les preuves des vols qu’ils commettaient), il l’initie à la politique internationale et à l’histoire du monde. Sous son influence, Puyi choisira même le nom de règne de Henry, comme les rois britanniques le faisaient à une époque.

Le récit de Réginald Johnston est d’autant plus précieux qu’il nous montre, avec un regard extérieur, le fonctionnement de la Cour Impériale, qui n’a pas changé depuis des centaines d’années, ni même avec l’abdication de l’Empereur. On y voit alors que la Cour est cloisonnée, voir emmurée dans ses traditions, qui lui interdissent toute réaction spontanée, et qui explique comment la dynastie Mandchoue a pu se laisser déborder par les évènements qui ont conduit à sa chute.

En 1924, Puyi est forcé de quitter la Cité Interdite et de se réfugier dans le palais de son père. C’est là que s’arrête la mission de Réginald Johnson, qui continuera à entretenir une grande amitié avec l’Empereur. Il le verra une dernière fois en 1930, avant son retour en Angleterre. Grand admirateur de la Chine, l’écossais plantera lui-même et aménagera un jardin chinois sur son domaine, où flotte jusqu’à sa mort le drapeau au dragon de la dynastie Qing.

Pour ceux qui comme moi s’intéressent donc à cette époque troublée de la Chine et notamment à Puyi, je conseille fortement le livre de R.Johnston (disponible sur Amazon), ainsi que le film de Bernardo Bertolucci : Le Dernier Empereur, sorti en 1987, avec un magistral Peter O’Toole dans le rôle de Réginald Johnston.

Brèvesold

Puyi, le dernier Fils du Ciel

23/09/2011 — by Cédric BEAU

Comme on a pu le constater dans les précédents articles traitants de la révolution chinoise, le déclin de la dynastie Qing s’est amorcé dès la deuxième partie du XIXe siècle. Les événements qui ont mis à bas l’Empire se sont accélérés dès le début du XXe siècle, et finalement la dynastie impériale fut définitivement déposée au profit de la République.

Mais qui était donc Aixinjueluo Puyi, ce dernier empereur ?

Né le 11 février 1906, il est le fils du second prince Chun, Zaifeng. Il succède en 1908 à l’empereur Guangxu. Selon la rumeur, Ci Xi a fait empoisonner ce dernier qui faisait preuve de trop de « libéralité » pour le conservateur gouvernement mandchou. Souhaitant reprendre les choses en mains, elle faire asseoir Puyi, alors très jeune, sur le trône du Dragon. Mais Ci Xi expire le lendemain du couronnement de Puyi !

Une fois Puyi au pouvoir, le second prince Chun chasse Yuan Shikai, le seul à pouvoir rétablir la situation au profit des Mandchous. Dans le même temps, les républicains, qui forment le Guomindang (parti démocratique nationaliste), et la révolte embrase le pays. Isolé dans la cité impériale, le parti mandchou, et le régent Chun, rappelle Yuan Shikai pour mater la révolte. Ce dernier parvient à obtenir, fort du soutien de l’armée, la démission du prince régent, et l’abdication de la dynastie Qing le 1er février 1912.

Puyi, alors âgé de 6 ans, appose le sceau impérial sur l’édit proclamant la fin de la plus ancienne monarchie du monde. Il se voit allouer une rente, et est autorisé à séjourner dans la Cité Impériale, tout en conservant son titre d’empereur, qui n’est plus que symbolique. En 1919, Reginald F. Johnston, précepteur écossais, est appelé au service de Puyi. Il est le premier étranger que Puyi voit depuis sa naissance. Johnston initie Puyi à la culture occidentale, découvre la bicyclette et choisit comme nom européen Henri. Il coupe même sa natte, symbole mandchou par excellence.

Mais suite à la période troublée des Seigneurs de la guerre qui se battent pour le territoire, Puyi doit fuir la Cité Interdite le 5 mars 1924 pour se réfugier à la légation japonaise. Là, il noue des contacts qui feront qu’il sera proclamé Empereur du Mandchoukouo (c’est-à-dire la Mandchourie, conquise par les Japonais et érigée en état fantoche indépendant par ces derniers). Il jouera ce rôle jusqu’en 1945, où il tentera de fuir au Japon, mais sera arrêté par les troupes soviétiques et remis aux autorités chinoises en 1950.

Les communistes l’enferment pendant 9 ans dans le centre d’internement de Fushun. Devenu un bon citoyen communiste, il rédige son autocritique. Il est amnistié le 18 octobre 1959, et devient employé du jardin botanique de Pékin, avant de devenir archiviste au bureau des affaires culturelles, puis enfin de siéger au Congrès national du peuple chinois en 1962. Puyi décède le 17 octobre 1967, et fait son entrée au Panthéon des héros communistes en 1980 ! Ses cendres reposent auprès des autres héros de la révolution communiste.

Ainsi se termine la vie de celui qui fut deux fois couronné empereur, et qui finit jardinier à Pékin.

A tous ceux qui s’intéressent au sujet, je ne recommanderais jamais assez de voir le film « Le Dernier Empereur », de Bernardo Bertolucci et sorti en 1987.