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Le dictionnaire de Kangxi

04/04/2014 — by Cédric BEAU

Dans la langue française, il est rare qu’un dictionnaire soit utilisé plus d’un siècle. Dans la langue chinoise, l’un des dictionnaires de référence reste encore aujourd’hui le dictionnaire de Kangxi (康熙字典 / Kāngxī zìdiǎn), nommé ainsi d’après l’empereur chinois qui ordonna son écriture au XVIIIe siècle. Il est en concurrence avec le dictionnaire de la Chine Nouvelle (新华字典 / Xīnhuá Zìdiǎn), de 1976, que les étudiants chinois et étrangers connaissent bien, et qui le premier adopte la transcription officielle en pinyin. Cependant, à l’heure actuelle, on retient les 214 clés du dictionnaire de Kangxi plutôt que les 227 du dictionnaire de la Chine nouvelle.

Le dictionnaire Kangxi / 康熙字典

En 1710, en plein âge d’or de la dynastie Qing, l’empereur Kangxi décide la création d’un dictionnaire qui regroupera tous les mots de la chinoise. Deux illustres lettrés de l’époque, Zhang Yushu et Chen Tingjing, vont mettre six ans à achever leur oeuvre, sous la pression impériale qui exigeait une publication en cinq ans.

Pour parvenir à l’exhaustivité, les deux compilateurs vont se baser sur deux dictionnaires datant de l’époque Ming : le Zihui (字彙/Collection de caractères), datant de 1615, oeuvre de Méi Yíngzuò/梅膺祚 ; et le Zhengzitong (正字通/Maîtrise correcte des caractères), datant de 1627 et rédigé par Zhang Zilie/張自烈.

Le dictionnaire de Kangxi regroupe 47 035 caractères, ainsi que 1 995 variantes, pour un total de 49 030 caractères différents. Ceux-ci sont regroupés sont 214 clés ou radicaux, et cette classification est toujours utilisée de nos jours. Ce nombre important s’explique par la volonté d’exhaustivité des deux compilateurs, qui, sous l’égide de l’empereur, ont voulu regrouper le plus de caractères possibles. On retrouve donc dans ce dictionnaire des hapax (mots n’ayant qu’une seule occurrence dans la littérature) , des caractères très rares et des variantes.

Chacune des entrées du dictionnaire donne les variantes possibles, la prononciation en fǎnqiē traditionnel (ancienne méthode de transcription phonétique permettant d’indiquer la prononciation des sinogrammes) , la lecture et la prononciation moderne, les différents sens ainsi que diverses annotations provenant divers classiques chinois.

Cependant, le délai très court imposé à la rédaction de ce dictionnaire a entraîné d’inévitables erreurs. Ces erreurs ont été corrigées par l’empereur Daoguang (1782-1850), qui a ordonné une révision du dictionnaire de Kangxi, révision connue sous le nom de Zidian Kaozheng (字典考證/Corrections du Dictionnaire), datant 1831 et qui corrige 2 588 erreurs, surtout situées au niveau des annotations et des citations.

C’est l’empereur Kangxi en personne qui a rédigé la préface de ce dictionnaire, qui se compose, dans sa forme actuelle, de 1683 pages.

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L’impératrice douairière Cixi

31/01/2014 — by Cédric BEAU

Figure centrale de la dynastie Qing décadente, Cixi (慈禧) aura régné sur la Chine pendant près de 47 ans, de 1861 à sa mort en 1908.

L’impératrice douairière Cixi

Issue de la noblesse mandchoue (son père, Huizheng, est porte-bannière de l’armée mandchoue, un poste prestigieux), elle est choisie à ses quinze ans pour faire partie du groupe de soixante jeunes filles qui vont être proposées à l’empereur Xianfeng, qui choisira parmi elles ses nouvelles concubines. Elle arrive à la cité Interdite en 1850, avec le statut de concubine de 5e rang, le plus bas.

En 1852, elle attire l’attention de Xianfeng, qui la prend comme concubine officielle, devenant ainsi sa favorite. Le 27 avril 1856, Cixi donne naissance au prince Zaichun, qui devient dès lors l’héritier du trône impérial (il régnera sous le nom de Tongzhi). Cette naissance est cruciale pour Cixi : elle devient, derrière l’impératrice, la deuxième femme la plus puissante de Chine. Ce rôle est accentué par le rôle de conseillère qu’elle joue auprès de Xianfeng pour la gestion des affaires de l’Etat.

Après la défaite contre la coalition franco-anglaise dans la seconde guerre de l’Opium et la fuite à Rehe (Mandchourie) qui s’en suit, l’empereur Xianfeng tombe en dépression, et meurt le 22 août 1861. Son fils Zaichun est couronné empereur à son tour, à l’âge de six ans. Après une lutte de palais, prémice des complots qui se trameront dans la Cité Interdite pendant plus de quarante ans, Cixi devient régente, et prend le titre d’impératrice douairière (veuve de l’empereur jouissant d’une partie de ses biens et privilèges). Son règne personnel commence.

En 1873, Tongzhi atteint la majorité, et peut donc légitimement régner seul. Mais Cixi ne souhaite pas laisser le pouvoir et les privilèges acquis durant ses années de régence. Elle règne alors “derrière le rideau”, laissant l’empereur apposer son sceau sur les décrets, mais tenant fermement le destin de la Chine entre ses mains. Mais en 1875 ,Tongzhi, opiomane et grand amateur de prostituées, meurt à l’âge de dix neuf ans, laissant derrière lui sa femme enceinte, ce qui pourrait mettre en péril le pouvoir de Cixi. Celle-ci s’empresse alors de faire proclamer empereur le fils de sa soeur, Zaitian, qui régnera sous le nom de Guangxu.

Ci’an, l’épouse de Xianfeng, meurt en 1881, laissant les mains libres à Cixi qui manipule Guangxu dans l’ombre. Marionnette dans les mains de Cixi, Guangxu tentera cependant de réformer l’Empire, sans succès, car interrompu par Cixi, qui dirige le parti conservateur de la Cité Interdite. L’empereur fera d’ailleurs les frais de ces velléités d’indépendance : déclaré fou, il est enfermé dans un pavillon de la Cité Interdite en 1898.

C’est Cixi qui gérera seule la crise des Boxers, jouant un jeu trouble, à la fois conciliant avec les représentants occidentaux et attisant la révolte patriotique des Boxers. Cela conduira la cour impériale à fuir de nouveau les troupes occidentales, pour Xi’an cette fois. Elle ne retournera dans la Cité Interdite qu’en 1902, après avoir signé un traité qui saignera la Chine, et discréditera définitivement la dynastie aux yeux du peuple.

Son dernier acte politique est de nommer Pu Yi comme successeur de l’empereur Guangxu, décédé (empoissonné ?) le 14 novembre 1906. Le lendemain, Cixi décède dans sa soixante douzième année. Elle reste encore aujourd’hui le symbole de cette dynastie mandchoue archaïque, conservatrice, accrochée à ses privilèges et refusant de s’ouvrir au monde.

 

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Le Tongmenghui

17/01/2014 — by Cédric BEAU

Avant d’être un parti politique, le Tongmenghui (同盟會 / 同盟会) est une société secrète, dans la plus pure tradition chinoise. Connue aussi sous le nom de l’Alliance chinoise, la Ligue unie chinoise ou l’Alliance révolutionnaire chinoise, elle est fondée en 1905 à Tokyo par Sun Yat-sen et Song Jioren. Le Tongmenghui est en fait le résultat de la fusion de plusieurs groupuscules révolutionnaires : le Xingzhonghui (Société pour le redressement de la Chine, créée par Sun Yat-sen en 1894), le Guangfuhui (Société de restauration, fondée en 1904 par Cai Yuanpei), et d’autres.

Membres fondateurs du Tongmenghui (on reconnait Sun Yat-sen au centre)

Et là vous vous demandez pourquoi je vous parle de choses si obscures en apparence ? Tout simplement car le Tongmenghui joua un rôle prépondérant dans la révolution chinoise de 1911 et dans la chute de la dynastie Qing.

Les principes défendus par le Tongmenghui, et définis par Sun Yat-sen sont : le nationalisme (l’indépendance de la Chine et la lutte contre les étrangers impérialistes, qu’ils soient occidentaux ou mandchous) ; la démocratie, avec l’établissement d’une république ; et le bien-être du peuple (réformes, droit à la propriété), trop longtemps resté à l’écart des décisions. Au-delà du simple changement de régime, les visées du Tongmenghui consistent à remettre à plat l’ordre social en place depuis des millénaires, et à rendre le pouvoir aux Han, ethnie majoritaire dominée par une minorité mandchoue. Ce programme assure au Tongmenghui un large soutien de la population, notamment des élites réformistes.

Entre 1905 et 1911, le Tongmenghui fomenta de nombreuses révoltes infructueuses, qui décimèrent les rangs de l’organisation. En octobre 1911, l’organisation fomente à soulèvement à Wuhan, dans la province du Hubei. Ce sera le déclenchement de la révolution chinoise, et l’événement rentrera dans les annales sous le nom de “soulèvement de Wuchang” (Wuchang étant une des trois villes qui composent l’agglomération de Wuhan). Rapidement, le pays s’embrasse, et de nombreuses provinces se rangent aux côtés des républicains.

Le 1er janvier 1912, Sun Yat-sen proclame la République de Chine, qu’il dirige à titre de président provisoire, dans l’attente d’élections. Le 12 février, Puyi, dernier empereur de Chine, abdique. Yuan Shikai remplace Sun Yat-sen à la tête de la jeune république.

Le Tongmenghui, quant à lui, fusionne en août 1912 avec d’autres mouvements nationalistes afin de former le Guomindang, le “parti nationaliste”, qui sera dirigé par Sun Yat-sen jusqu’à sa mort en 1925.

Si le sujet vous intéresse (j’espère !), je vous conseille cet excellent film de Jackie Chan : 1911 Revolution /辛亥革命

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La réforme avortée de l’empereur Guangxu

23/12/2013 — by Cédric BEAU

L’Empereur Guangxu et ses intimes.

Le XIXe siècle marque pour la Chine une période de déclin : affaiblie par les révoltes internes, longues et coûteuses à mater (Taiping, Nian, Panthay, Dungan) ; dominée par les puissances étrangères qui, suite aux guerres de l’opium, lui impose les traités inégaux ; sclérosée dans un cérémonial d’un autre âge, la Cour Impériale s’achemine vers un destin fatal.  La défaite contre le Japon et le traité de Shimonoseki en 1895 achève de faire perdre toute crédibilité à la cour des Qing. En effet, en signant ce traité, la Chine s’engage à céder au Japon Formose (Taïwan), les Pescadores, la presqu’île du Liaodong (clause annulée quelques mois plus tard par l’intervention de la Russie, de la France et de l’Allemagne), et reconnait l’indépendance de la Corée, vassal historique de la Chine, qui sera bientôt colonisée par le Japon. Enfin, le gouvernement impérial s’engage à verser à l’Empire du Japon une indemnité de guerre qui s’élève à… deux fois les revenus annuels de la Chine !

La défaite des Chinois met en exergue les faiblesses de la politique “d’auto-renforcement” (自強運動), qui cherche à moderniser le pays sur le modèle occidental, sans toucher aux institutions en place. De plus, le traumatisme de la défaite contre le Japon est fort auprès de la population :  jusqu’ici, l’archipel était considéré comme inférieur à la Chine, qui selon elle, lui a fourni toutes les clés de la civilisation (écriture, principe impérial, etc…). En l’espace de trente ans, il a su se moderniser pour résister aux puissances occidentales, et faire jeu égal avec elles, contrairement à la Chine. De plus, les emprunts contractés auprès des banques occidentales, pour payer les indemnités de guerre au Japon, fragilisent encore plus la Cour Impériale, de plus en plus dépendante de l’étranger.

Les intellectuels chinois s’inquiètent alors pour la souveraineté de la Chine, et de la place que prennent les occidentaux dans le pays : depuis le traité de Shimonoseki, ils sont autorisés, au nom de la clause de la nation la plus favorisée qui stipule que tout avantage concédé à une puissance doit aussi l’être aux autres, à implanter leurs industries dans les ports ouverts au commerce avec l’étranger, concurrent les locaux.

Parmi ses intellectuels, on trouve Kang Youwei. Ce dernier a longuement réfléchi à comment réformer le système impérial, et parvient à présenter ses idées à l’empereur Guangxu le 16 juin 1898. Ce dernier se rallie aux idées du lettré, et lance une série de réformes visant à moderniser l’administration et la vie politique chinoise, ainsi que de l’armée. De plus, la monarchie de droit divin devait laisser place à une monarchie constitutionnelle, avec l’adoption d’une Constitution. Étaient aussi prévu une modernisation du système éducatif, basé sur le modèle occidental, et une industrialisation du pays . Durant l’été 1898, l’empereur promulgue plus de 130 décrets pour accomplir ces réformes, et place des disciples de Kang Youwei aux postes-clés, afin d’accélérer le processus. La Chine semble enfin sortir de sa torpeur…

Mais c’est sans compter sur le camp conservateur, mené par l’impératrice douairière Cixi, qui reste attaché au modèle impérial traditionnel. La nouvelle politique de l’empereur se trouve confrontée au refus de nombreux membres de la Cour Impérial et d’officiels, attachés à leurs privilèges.  Cixi, avec l’aide du général Ronglu, fomente un coup d’état, qui éclate 21 septembre, date à laquelle les troupes du général encercle la Cité Interdite. Le général Yuan Shikai, qui commande la Nouvelle Armée chinoise, modernisée et entraînée, se range du côté des conservateurs, après avoir été approché par le camp réformiste.

La répression qui s’abat sur les partisans de la réforme est féroce : Kang Youwei doit fuir au Japon, tandis que six de ses collaborateurs (dont son frère), qui sont passés à la postérité sous le nom des “six gentilshommes” ou “six hommes intègres”, sont décapités. L’empereur Guangxu est déclaré inapte au règne, et Cixi reprend fermement en mains les rênes du pouvoir, qu’elle ne lâchera qu’en 1908 à sa mort.

La Chine laisse passer là sa seule occasion de se réformer d’elle-même dans une paix relative. Après cette “Réforme des Cent jours”, le camp conservateur restera au pouvoir, entraînant l’Empire à la ruine. Moins de deux ans plus tard, la révolte des Boxers viendra définitivement briser les rêves de ceux qui pensaient encore qu’une réforme politique pacifique était possible…

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La dynastie Qing (3/3)

06/04/2013 — by Cédric BEAU

Qing impératrice Cixi

A l’orée du XIXe siècle, les prémices d’un déclin, qui s’avérera inéluctable, commencent à se faire sentir. La croissance démographique entraîne une surexploitation des terres arables, le défrichement des forêts entraîne une avancée des déserts. A la cour impériale, le train de vie fastueux des empereurs vide les caisses de l’Etat, tandis que la corruption gagne peu à peu toutes les branches de l’administration. Même militairement, l’Empire s’affaiblit (rébellion du Lotus Blanc entre 1796 et 1804). L’empereur Jiaqing (1796-1820) tente sans succès de réformer un empire qui se sclérose de plus en plus…

La situation de la Chine empire avec l’arrivée sur le goban des puissances occidentales, attirées par les richesses du pays, et mais aussi par sa faiblesse apparente. Forcé d’importer de l’opium de l’étranger, l’Empire devient déficitaire, et contracte de plus en plus de dettes auprès des puissances étrangères. L’empereur Daoguang, alarmé par les sommes dues aux étrangers et par les ravages de l’opium sur sa population, interdit le commerce de cette drogue en Chine. Cette mesure, courageuse mais suicidaire aux vues des intérêts occidentaux engagés en Chine, conduire à la première guerre de l’opium entre 1839 et 1842 entre l’Empire et le Royaume-Uni. Sèchement battu, la dynastie Qing perd beaucoup de son aura et de son prestige auprès de la population, et inévitablement, des révoltes éclatent dans tout l’Empire, dont les plus célèbres sont celles des Nian (1851-1868) et des Taiping (1851-1864), révolte d’inspiration chrétienne. La révolte des Taiping est d’ailleurs proche de renverser le pouvoir impérial, qui ne se maintient que grâce à l’aide des puissances occidentales.

Ce déclin des Qing entraîne parallèlement un sursaut conservateur, notamment au sein de la cour impériale. Les règnes des empereurs Tongzhi (1862-1874) et Guangxu (1875-1908) sont notamment marqués par la présence de l’impératrice douairière Cixi, véritable maîtresse de l’Empire et ultra-conservatrice. Alors que la Chine aurait besoin de profondes réformes pour espérer survivre dans le monde moderne, elle tend au contraire à le maintenir dans son état féodal et passéiste. La défaite de la Chine contre le Japon en 1895, véritable catastrophe nationale, annonce la fin prochaine de la dynastie, de plus en plus dépendante du bon vouloir des puissances étrangères.

La diffusion en Chine des idées occidentales de démocratie et de révolution par des Chinois formés à l’étranger contribue à renforcer le sentiment anti-mandchou de plus en plus présent au sein de la population, et alimenté par de nombreuses sociétés secrètes. Lorsque la révolution éclate à Wuhan en 1911, après plusieurs tentatives avortées, le pouvoir central, lâché par les occidentaux, est impuissant à la réprimer, et elle se répand rapidement à l’ensemble du pays. En 1912, Puyi, dernier empereur Qing, est contraint d’abdiquer.

C’est la fin de plus de deux mille ans d’histoire impériale et de la dynastie Qing, qui aura régné sur la Chine pendant 267 ans.

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La dynastie Qing (2/3)

05/04/2013 — by Cédric BEAU

Empereur Kangxi

Après leur conquête de la Chine, la politique menée par les Qing leur assure le soutien des élites chinoises : en basant leur administration sur les élites Han, les Qing s’assurent ainsi leur soutien, et renforce leur légitimité. Cependant, certaines parties de la population refuse de voir des étrangers détenir le mandat céleste, et continue la lutte. La résistance est particulièrement forte dans la vallée du Yangzi et sur la côte sud-est du pays. Et même si le dernier prétendant des Ming est finalement exécuté au Yunnan en 1662, les “légitimistes” Han continuent le combat contre les Mandchous, notamment depuis Taiwan, d’où le pirate loyaliste Koxinga lance des raids sur les côtes chinoises au nom de la dynastie disparue.

Mais même pacifiée, la Chine est la proie permanente de révoltes et autres rébellions. Ainsi, de 1673 à 1681, l’empereur Kangxi (qui règne de 1661 à 1722) doit affronter la révolte de trois généraux Han, ses anciens alliés, qui refusent maintenant de voir un étranger assis sur le trône du Dragon.

Malgré ces révoltes, les Qing étendent les frontières de l’Empire. Taiwan est pacifiée en 1683, la Mongolie extérieure devient un protectorat en 1691, et le Tibet en 1720. Après de nombreuses expéditions, le Xinjiang est finalement annexé en 1756. Sous la dynastie mandchoue, l’Empire chinois atteint des proportions inégalées (qui correspondent plus ou moins aux frontières de l’actuelle République Populaire de Chine). En s’inspirant des réformes mises en place par les Ming, les Qing relancent la marche de l’Etat, ainsi que l’économie chinoise mise à mal par des années de guerre. En se basant sur les élites chinoises, qui sont associées au gouvernement, ils s’inscrivent ainsi dans une longue tradition chinoise et s’assurent le soutien des mandarins.

Sous les règnes des empereurs Kangxi (1661-1722) et Qianlong (1735-1799) s’installe une période de paix et de prospérité qui marque l’âge d’or de la dynastie Qing. Croissance économique et démographique font de la Chine le pays le plus riche et le plus peuple au monde. Le tout est encadré par une administration efficace (en grande partie grâce aux réformes de l’empereur Yongzheng), avec un gouvernement centralisé et une fiscalité rôdée. L’éclat de l’Empire chinois s’étend alors jusqu’en Europe, où les lumières lisent avec avidité les récits de voyages des missionnaires jésuites de retour de Chine.

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La dynastie Qing (1/3)

04/04/2013 — by Cédric BEAU

Empereurs dynastie Qing

Dernière dynastie impériale chinoise, la dynastie Qing est avant tout restée dans l’Histoire comme la dynastie qui aura ouvert le pays aux étrangers, le conduisant à sa ruine. Mais avant d’en arriver là, les Qing ont été la dynastie la plus prospère de l’histoire chinoise, faisant de la Chine le pays le plus puissant au monde durant près de deux siècles. Voici donc un petit aperçu de l’histoire de cette dynastie à la grandeur méconnue.

Les Qing sont issus d’un groupe de tribus Tungus de l’est de la Mandchourie, et qui sont considérés comme des vassaux des Ming qui règnent à l’époque sur la Chine. Ces tribus sont fédérées à la fin du XVIe siècle par un dénommé Nurhaci (1559-1626), considéré comme le fondateur de la dynastie Qing. Il est le fondateur du premier “état mandchou” (dont la première mention du terme date de 1636), fortement inspiré du modèle chinois mais gardant les spécificités tribales et militaires des Mandchous, avec par exemple le système des Huit Bannières. C’est sous le règne de son fils Abahai (1592-1643) que l’état mandchou devient une réalité tangible. Ce dernier continue les attaques contre la Chine lancées par son père, et se faisant, les Mandchous finissent par s’emparer des territoires du Liaodong, qui appartenaient aux Ming, puis, par une série de raids victorieux, de la Corée et de la Mongolie intérieure. C’est ainsi que de nombreux Chinois se retrouvent incorporés dans l’armée et l’administration mandchoues.

En 1644, alors qu’ils combattent les troupes du général chinois Wu Sangui, les Mandchous s’allient avec lui contre le rebelle Li Zheng, qui vient de prendre Pékin, la capitale impériale. Cependant, une fois le rebelle en déroute, les Mandchous s’emparent de la ville, et du pouvoir impérial, car le dernier empereur Ming s’est pendu après la prise de la ville par les rebelles. C’est Sunzhi, qui n’est alors encore qu’un enfant, qui monte sur le trône du Dragon.

Mais le véritable homme fort du régime est son oncle, un dénommé Dorgon, qui obtient le rôle de régent, et qui, fort de son autorité et de la puissance de son armée, achèvera la conquête de la Chine. Car si la dynastie Qing débute son règne en 1644, la guerre contre les Ming n’est pas terminée pour autant. Les Qing s’emparent de Nankin en 1645, les autres capitales provinciales tombant peu après les unes après les autres…

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Yuan Shikai, ou la tentation du pouvoir (1/2)

22/03/2013 — by Cédric BEAU

Yuan Shikai

Dans la longue histoire de la Chine, peu de personnages ont eu une destinée comparable à celle de Yuan Shikai. Rentré dans l’armée impériale chinoise après avoir échoué deux fois aux examens impériaux pour devenir mandarin, il est envoyé en Corée avec sa troupe en 1882. Il est ensuite désigné pour être instructeur militaire, puis s’élève jusqu’à être nommé résident impérial en 1885 (l’équivalent du titre d’ambassadeur, qui conseille le gouvernement coréen sous tutelle). Grand ami de Li Hongzhang, ils oeuvrent de concert pour le maintien des intérêts chinois dans la péninsule coréenne. Il se rend célèbre durant la guerre sino-japonaise de 1895, où il commande les forces chinoises stationnées en Corée. il évite l’humiliation en étant rappelé à Pékin quelques jours avant la signature du traité de paix qui acte la défaite chinoise.

Il devient ensuite le premier commandant de la première nouvelle armée chinoise, la mieux équipée et la mieux équipée. Stationnée à proximité de Pékin, elle est la garante du pouvoir impérial, en proie aux dissensions internes, aux révoltes et aux occidentaux. Devenu un proche de l’impératrice Cixi, il doit s’éloigner de la cour impériale et est nommé gouverneur du Shandong en 1899, où il contribue à anéantir la révolte des Boxers. Nommé vice-roi du Zhili et commandant en chef de l’armée du Beiyang (armée du Nord), qu’il renforce avec des fonds occidentaux. Il fait fortune dans les chemins de fer, et devient le nouvel homme fort du régime mandchou.

Après la mort de l’empereur Guangxu, qui le condamne à mort dans son testament, et celle sa protectrice l’impératrice Cixi, il est relevé de ses fonctions par le nouveau régent. Il est envoyé en exil dans son village natal. Cependant, il ne perd pas de son influence, et continue à garder contact avec ses anciens alliés, ainsi qu’avec l’armée du Beiyang, dont la loyauté lui est acquise. Sentant le vent tourner et la chute de la dynastie Qing proche, il sert d’intermédiaire entre les révolutionnaires et la cour impériale, jouant sur les deux tableaux.

Avec le soulèvement de Wuhan le 10 octobre 1911, et l’insistance de la cour, il accepte de reprendre du service et est nommé premier Ministre. Il se pose en dernier recours du pouvoir, car il est à la tête de la seule armée chinoise capable de sauver l’Empire. La modernité et l’équipement de son armée lui permettent de contre-attaquer et de reprendre plusieurs villes. Les républicains sont alors forcés à la négociation.

La proposition de Yuan Shikai est simple : en échange de la démission de Sun Yat-sen, président provisoire de la République de Chine, et de sa propre nomination comme président, il s’engage à obtenir l’abdication de l’empereur Puyi. Ce dernier abdique le 12 février 1912, et Yuan Shikai est nommé président provisoire le 15 février. Commence alors le vrai but de Yuan Shikai : restaurer l’Empire à son profit…

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Li Hongzhang, le dernier grand mandarin

16/03/2013 — by Cédric BEAU

Li HongzhangA la fin du XIXe siècle, au moment où l’Empire Qing, grignoté par les puissances occidentales, est en pleine déliquescence, certains hauts-fonctionnaires tente malgré tout de sauvegarder la dignité impériale et l’intégrité de l’Empire. Le plus célèbre d’entre eux est certainement Li Hongzhang, qui fut pendant plus de quarante ans le visage de la Chine aux yeux du monde extérieur qui découvrait ce pays.

Né en 1823 dans la province de l’Anhui, Li Hongzhang intègre jeune le prestigieux corps des mandarins impériaux, en 1847, avec le grade de Jìnshì / 进士. Il se fait un nom en matant dans sa province les éléments rebelles issus de la révolte des Taiping, levant sur ses propres fonds une milice pro-Qing. Sa défense de l’Anhui lui vaut d’attirer l’attention du généralissime chinois de l’époque, Zeng Guofan. Transféré dans la province du Fujian, il continue ses actions contre les Taiping. Aidé des aventuriers occidentaux, dont le célèbre Charles “Chinese” Gordon et son “armée toujours victorieuse, Li Hongzhang continue à défaire les troupes Taiping. En remerciement de ses services, il est nommé gouverneur du Jiangsu, reçoit la veste jaune impériale et est nommé comte.

Après avoir réduit les Taiping, il est chargé de combattre la révolte des Nian, dans le nord de la Chine, action pour laquelle il est nommé vice-roi de Huguang, puis vice-roi du Zhili après son implication dans le règlement du massacre de Tianjin.  Devenu un des hommes forts du régime impérial, il accède à la fonction de tuteur impérial et rentre au Grand Conseil de l’Empire. Il est aussi nommé surintendant au commerce, et chargé des relations avec les puissances occidentales qui prennent pied en Chine à cette époque.

En 1875, il participe avec ses hommes au coup d’état qui place l’empereur Guangxu sur le trône, sous la tutelle de deux impératrices douairières, dont la redoutable Ci Xi. Continuant à servir de représentant impérial auprès des puissances étrangères, il est à l’origine en 1886 du traité de paix mettant fin à la guerre franco-chinoise. Li Hongzhang est un partisan du renforcement et de la modernisation de l’Empire : voulant s’inspirer du voisin japonais, qui se modernise à grands pas et entre ainsi dans le concert des grandes puissances, il renforce l’armée, les forts orientaux de Taku et de Port-Arthur, et lève des fonds pour moderniser la marine chinoise. Il fonde en 1885 à Tianjin une académie militaire, destinée à la formation d’officiers chinois, sous la tutelle d’officiers allemands. C’est une des premières écoles en Chine à enseigner des matières venant d’Occident, et non plus les classiques confucéens.

Il commande les forces chinoises durant la désastreuse guerre sino-japonaise (1894-95), mais son embryon d’armée moderne est vite défait par les forces japonaises mieux équipées et mieux entrainées. Il en résulte la signature du traite de Shimonoseki (dans lequel la Chine cède au Japon Taiwan et une partie de la Mandchourie), où, durant les négociations, il est blesse au visage par un nationaliste japonais voulant l’assassiner.

Il entame alors une tournée dans les différents pays occidentaux (Russie, USA, Angleterre, France, etc…) pour tenter de défendre la cause chinoise et de monter les diplomaties occidentales les unes contre les autres. De retour en Chine, il joue un rôle dans le réglement de la révolte des Boxers et la signature du traité de paix avec les Occidentaux le 7 septembre 1901. Epuisé par cette négociation, il meurt à l’âge de 78 ans le 7 novembre 1901 à Pékin.

L’héritage de Li Hongzhang est aujourd’hui encore controversé en Chine : si on souligne son habilité à négocier et à vouloir défendre l’intégrité de la Chine, on lui reproche aussi sa cessation de Taiwan au Japon, ainsi que de grandes parties du territoire chinoise.

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La révolte des Boxeurs (2/2) : le siège des légations

13/12/2011 — by Cédric BEAU

Nombre de Boxeurs sont entrés secrètement dans la capitale chinoise, et placardent sur les murs leur mot d’ordre : “Mort aux diables étrangers”. Sir McDonald prend la tête de la coalition anti-Boxeurs dans les légations : il est inquiet car le gouvernement chinois n’entreprend aucune mesure contre le mouvement, voir même lui apporte son soutien. L’ambassadeur anglais et ses collègues en appel à leur gouvernement respectif, et en Avril, une démonstration de force conjointe des marines occidentales, avec à leur bord des milliers de soldat, à lieu devant les ports chinois.

Mais cela ne fait qu’attiser les tensions, d’autant plus que la sécheresse persiste… En Mai, l’agitation continue de monter parmi les Boxeurs. Des affrontements entre Boxeurs et chrétiens ont lieu dans un village à moins de 100 km de Pékin. Les convertis sont battus à mort et chassés de leurs maisons. Les missionnaires français amplifient le nombre de morts et répandent la rumeur que les Boxeurs sont soutenus par la Cour Impériale. De fait, au début du mois de Juin, les ambassadeurs demandent l’intervention des troupes occidentales pour assurer leur protection : 350 soldats arrivent à Pékin où ils défilent en grande pompe. C’est une humiliation pour les Chinois, le Prince Duan pense même qu’ils sont venus restituer à l’empereur ses pleins pouvoirs. Secrètement, il souhaite que la situation dégénère pour faire monter son fils sur le trône. Cependant, ces soldats arrivent avec une réserve de munitions limitée, car ne pensant pas qu’ils devront se battre.

Du côté chinois, on est confiant dans la supériorité de la Garde Impériale, car même si son équipement reste rudimentaire, le rapport de force est de dix contre un en faveurs des Chinois.

Le 7 juin 1900, les Boxeurs défilent en ville. Les occidentaux se sentent en danger, et demandent à l’amiral Seymour, commandant la flotte internationale, de venir les secourir. Celui-ci envoie 2000 hommes vers Pékin. Elles embarquent en train le 10 juin, mais à 40km de la capitale, elles sont violemment attaquées par les Boxeurs et les troupes impériales, et forcées à la retraite.

Le 13 juin, la ville s’embrase et les Occidentaux se réfugient dans leurs ambassades. Le quartier de commerce de Pékin est incendié, ainsi que l’hippodrome, lieu central de la vie occidentale. Des centaines de chrétiens convertis sont tués. Certains d’entre eux sont secourus par les Occidentaux, sous la conduite de Georges Morrison. Plus de 3000 convertis trouvent refuge dans les légations, tandi qu’en ville, des escarlouches éclatent entre troupes chinoises et occidentales.

De son côté, l’amiral Seymour décide l’envoi massif de troupes pour secourir les légations. Mais le chemin vers Pékin est bien protégé. Il commence par prendre d’assaut quatre forteresses côtières près de Tianjin.

Pendant ce temps, les ministres ultra-conservateurs produisent un faux document qui accuse les Occidentaux de vouloir prendre le contrôle des finances et de la politique extérieure de la Chine. Le prince Duan appelle à attaquer le quartier des légations, alors que l’impératrice Ci Xi déclare la guerre aux nations étrangères présentes dans le pays. Un ultimatum est adressé aux diplomates, qui doivent quitter Pékin sous 24h.

La majorité d’entre eux sont favorables à un départ, excepté le baron allemand Von Ketteler. Cependant, celui-ci est assassiné en pleine le 20 juin par des soldats Qing, alors qu’il se rend chez le ministre chinois des affaires étrangères. En réaction, les Occidentaux se barricadent dans leur quartier, et se préparent à tenir un siège, alors que les Boxeurs et la Garde Impériale les encerclent. A 16h, l’ultimatum expire, et le siège commence. Il durera 55 jours.

A l’intérieur du quartier des légations, McDonald coordonne la défense. Les résidents sont organisés en différents comités, dressent des barricades, définissent le périmètre à défendre. Les chevaux du club hippique sont abattus pour le ravitaillement, tandis que les réfugiés chinois doivent se contenter du riz qu’ils ont amené avec eux.  Dans ces premiers jours de siège, se sont les troupes allemandes qui subissent le plus de pertes. Ils multiplient les sorties pour forcer les Chinois à reculer.

Pendant ce temps, sur le chemin de Pékin, les troupes de secours s’opposent aux Boxeurs et aux troupes impériales dans de violents combats. Mais Ci Xi s’inquiète de ne pas obtenir de victoire, contrairement à ce que lui avaient prédit ses conseillers. Elle renforce la pression militaire sur les Occidentaux, tandis que le prince Duan continue à encourager un assaut total sur le quartier occidental. Le palais laisse s’envenimer la situation…

Situation qui va finir par tourner à l’avantage des Occidentaux : Tianjin est prise et mise à sac. La route de Pékin est libre. Se sentant menacée, l’impératrice demande un cesser-le-feu. Un évènement va cependant prolonger le siège : la rumeur en Europe veut que les Chinois aient pris d’assaut le quartier des légations et tué tous les étrangers. De fait, le corps expéditionnaire ne se presse plus pour arriver à Pékin, d’autant plus que les 14 000 hommes sont ralentis par la résistance chinoise.

Les combats ayant repris, ils finissent par atteindre Pékin. Le 15 Août, ils s’emparent de la Cité Interdite, d’où ont fui l’impératrice et sa cour. La capitale est mise à sac, et de nombreux Boxers sont exécutés. Jusque dans les années 30, la Chine devra aux nations européennes des réparations de guerre annuelles de 21 millions de dollars, soit un tiers du budget de la Chine. Cette épisode de l’histoire chinoise aboutit sur des réformes, mais trop tardivement, ce qui ne pourra empêcher la révolution de 1911.

En Europe, la révolte des Boxeurs est un évènement presque méconnu, alors qu’en Chine, tous les écoliers savent ce qui s’est passé à Pékin durant l’été 1900 : gravée pour longtemps dans la mémoire chinoise, elle est la cause d’un fort ressentiment vis à vis des Occidentaux, qui perdurent encore aujourd’hui.