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Le Tongmenghui

17/01/2014 — by Cédric BEAU

Avant d’être un parti politique, le Tongmenghui (同盟會 / 同盟会) est une société secrète, dans la plus pure tradition chinoise. Connue aussi sous le nom de l’Alliance chinoise, la Ligue unie chinoise ou l’Alliance révolutionnaire chinoise, elle est fondée en 1905 à Tokyo par Sun Yat-sen et Song Jioren. Le Tongmenghui est en fait le résultat de la fusion de plusieurs groupuscules révolutionnaires : le Xingzhonghui (Société pour le redressement de la Chine, créée par Sun Yat-sen en 1894), le Guangfuhui (Société de restauration, fondée en 1904 par Cai Yuanpei), et d’autres.

Membres fondateurs du Tongmenghui (on reconnait Sun Yat-sen au centre)

Et là vous vous demandez pourquoi je vous parle de choses si obscures en apparence ? Tout simplement car le Tongmenghui joua un rôle prépondérant dans la révolution chinoise de 1911 et dans la chute de la dynastie Qing.

Les principes défendus par le Tongmenghui, et définis par Sun Yat-sen sont : le nationalisme (l’indépendance de la Chine et la lutte contre les étrangers impérialistes, qu’ils soient occidentaux ou mandchous) ; la démocratie, avec l’établissement d’une république ; et le bien-être du peuple (réformes, droit à la propriété), trop longtemps resté à l’écart des décisions. Au-delà du simple changement de régime, les visées du Tongmenghui consistent à remettre à plat l’ordre social en place depuis des millénaires, et à rendre le pouvoir aux Han, ethnie majoritaire dominée par une minorité mandchoue. Ce programme assure au Tongmenghui un large soutien de la population, notamment des élites réformistes.

Entre 1905 et 1911, le Tongmenghui fomenta de nombreuses révoltes infructueuses, qui décimèrent les rangs de l’organisation. En octobre 1911, l’organisation fomente à soulèvement à Wuhan, dans la province du Hubei. Ce sera le déclenchement de la révolution chinoise, et l’événement rentrera dans les annales sous le nom de “soulèvement de Wuchang” (Wuchang étant une des trois villes qui composent l’agglomération de Wuhan). Rapidement, le pays s’embrasse, et de nombreuses provinces se rangent aux côtés des républicains.

Le 1er janvier 1912, Sun Yat-sen proclame la République de Chine, qu’il dirige à titre de président provisoire, dans l’attente d’élections. Le 12 février, Puyi, dernier empereur de Chine, abdique. Yuan Shikai remplace Sun Yat-sen à la tête de la jeune république.

Le Tongmenghui, quant à lui, fusionne en août 1912 avec d’autres mouvements nationalistes afin de former le Guomindang, le “parti nationaliste”, qui sera dirigé par Sun Yat-sen jusqu’à sa mort en 1925.

Si le sujet vous intéresse (j’espère !), je vous conseille cet excellent film de Jackie Chan : 1911 Revolution /辛亥革命

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Le Mandchoukouo (1932-1945)

30/12/2013 — by Cédric BEAU

Depuis le XIXe siècle et les différents traités inégaux signés par l’Empire chinois, la Mandchourie (vaste territoire au nord-est de la Chine, qui regroupe les provinces actuelles du Jilin, du Heilongjiang et du Liaoning) est placée sous influence et sous domination russe. Après la défaite de ces derniers dans la guerre russo-japonaise en 1905, l’Empire du Japon investit le territoire, qui servira dès lors de base avancée pour ses velléités de conquêtes en Asie et notamment en Chine. La domination japonaise prend d’abord la forme d’investissements financiers (notamment à travers le chemin de fer), puis à partir de 1931, suite à l’incident de Moukden, cette domination devient militaire.

Riche de ressources naturelles et des investissements japonais, la province se développe rapidement, notamment sur le plan industriel. Afin de consolider un peu plus son emprise sur le territoire, le Japon déclare la Mandchourie indépendante de la République de Chine le 18 février 1932 (le Mandchoukouo déclarera de lui-même son indépendance le 1er mars). La Mandchourie est rebaptisée Mandchoukouo (滿洲國 / 满洲国 – Mǎnzhōuguó, littéralement “Nation de Mandchourie”). Peu après, le dernier empereur Qing, Puyi, est sorti de la concession japonaise de Tianjin où il menait une vie mondaine débridée pour diriger le nouveau pays. En 1934, il est couronné empereur du Mandchoukouo sous le nom de Kangde, et règne depuis Xinjing (新京 – “Nouvelle capitale”, anciennement Changchun).

 

Drapeau du Mandchoukouo, inspiré du drapeau de la République de Chine (gouvernement de Beiyang) : le jaune représente les Mandchous, majoritaires, et l’unité de la nation ; le rouge représente les Japonais et le courage ; le bleu les Chinois Han et la justice ; le blanc les Mongols et la pureté ; et le noir les Coréens et la détermination

 

Malgré cette façade de légalité et de “volonté nationale mandchoue”, le Japon peine à faire accepter le nouvel état sur le plan international. Peu de pays reconnaîtront officiellement l’existence du Mandchoukouo : le Japon bien entendu, mais aussi le Vatican, le Salvador, puis l’Italie et l’Allemagne (alliés du Japon) et tous leurs satellites durant la Seconde Guerre Mondiale (Hongrie, Roumanie, etc…).

Le Mandchoukouo est totalement soumis à l’administration japonaise, qui impose ses fonctionnaires, mais aussi sa langue et son drapeau. Ce dernier envoie même des fermiers venus de l’archipel nippon, afin de coloniser les vastes plaines du Mandchoukouo. Des écoles ouvrent un peu partout dans le pays (principalement réservées à l’immigration japonaise), mais le taux de scolarisation est plus élevé qu’en Chine même.

D’un point de vue militaire, Xinjing, la capitale du Mandchoukouo , accueille l’état-major de l’armée du Guandong (Kwantung), principale force armée nippone en Asie continentale. L’armée du Mandchoukouo est encadrée par des militaires japonais, et est constituée des nombreuses ethnies qui peuplent le nouvel Empire : mandchous, chinois, mongols, russes blancs. Son équipement est japonais, mais aussi allemand (matériels issus des stocks de l’ancienne armée Qing).

Durant la guerre sino-japonaise puis la Seconde Guerre Mondiale, le Mandchoukouo servira de base arrière aux forces impériales du Japon lancées à la conquête de l’Asie. Bien que ne combattant pas directement, le Mandchoukouo sert les intérêts japonais notamment en fournissant des vivres à l’armée nippone, et en accueillant nombre de prisonniers chinois.

Mais le destin du Mandchoukouo reste étroitement lié à celui du Japon : prospérant entre les années 37 et 42, quand la guerre éclair fulgurante lancée par le Japon sur l’Orient asiatique est victorieuse, son espérance de vie diminue à chaque défaite japonaise à partir de 1942-43. Le 9 août 1945, alors que le Japon vient juste d’être frappé par deux bombes atomiques, l’Armée Rouge de Staline envahit le Mandchoukouo : l’armée locale est vite balayée, tandis que de nombreux Japonais se rendent sans combattre. Puyi est capturé par les Soviétiques, et sera livré à la Chine en 1950. Le 15 août 1945, le Mandchoukouo n’existe plus.

Après la fin de la guerre, les Soviétiques occupent le territoire, le temps de démanteler les principales installations militaires et industrielles pour les rapatrier en URSS. Cependant, les communistes chinois investissent rapidement le territoire après le départ des russes, et en font une de leurs principales bases militaires dans la guerre contre le Guomindang de Tchang Kaï-chek. Au sortir de la guerre civile en 1949, la Mandchourie est l’une des régions les plus prospères et les plus industrialisées de Chine.

A lire, pour ceux qui s’intéressent à ce pays éphémère : Envoyée spéciale en Mandchourie, d’Ella Maillart

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Ishiwara, l’homme qui déclencha la guerre, de Bruno Birolli

31/05/2013 — by Cédric BEAU

ishiwaraEncore aujourd’hui, pour de nombreuses personnes, la Seconde Guerre Mondiale comme le 1er septembre 1939, avec l’invasion de la Pologne par l’Allemagne nazie. Mais les racines de ce conflit sur le sol européen sont plus profondes, celles qui ont déclenché les hostilités sur le front Pacifique le sont plus encore.

Depuis la fin du XIXe siècle, le Japon impérial, devenu une puissance mondiale, cherche à s’étendre en Asie. Après l’annexion de Taiwan et de la Corée, les Japonais jettent leur dévolu sur la Mandchourie, terre contestée à la limite de trois empires : Chine, Russie et Japon.

Dans un contexte où les nationalismes prennent de plus en plus de place dans les sociétés, le Japon est lui aussi victime d’une poussée de l’extrème-droite, menée par des militaires souvent jeunes, et dont la fidélité à l’empereur justifie tous les actes. Ishiwara Kenji est l’un de ces officiers, et celui qui mènera le Japon à la guerre contre la Chine, et par effet de ricochets, à celle contre les USA et le reste de l’Asie du sud-est.

C’est lui, qui, le 18 septembre 1931, provoque l’attentat de Moukden, qui entraîne l’invasion de la Mandchourie par le Japon.

Bruno Birolli nous livre ici la biographie d’un homme profondément religieux, qui mène la carrière des armes presque par défaut. Pétri de mysticisme bouddhiste, fortement inspiré par le Nichirenisme, Ishiwara Kenji cherche à appliquer sa vision idéale du Japon en Mandchourie. Selon lui, le Mandchoukouo, état fantoche mis en place par les Japonais en Mandchourie, avec à sa tête Puyi, dernier empereur de Chine, doit devenir un modèle de société, où les peuples asiatiques vivent en harmonie sous l’autorité bienveillante du Mikado, l’empereur du Japon.

Ce livre se lit presque comme un roman d’aventures ou d’espionnage, tant la vie du général Ishiwara fut mouvementée : on le voit peut à peu perdre le contrôle de la situation, pour finalement, après la guerre, se convertir au pacifisme. Il ne prend pas la mesure de son geste de 1931, dont les conséquences mèneront aux explosions Hiroshima et Nagasaki quatorze ans plus tard.

En un peu plus de 250 pages, l’auteur nous livre ici une autre vision du conflit sino-japonais : comment une clique de militaires ultra-nationalistes arrivent à prendre le contrôle d’une société japonais en voie de démocratisation, prennent le pouvoir par l’assassinat et la terreur, pour finalement diriger le pays et le mener à sa ruine.

A noter que la lecture du livre peut s’accompagner du visionnage du documentaire produit par Arte en parallèle.

Pour se procurer le livre : http://www.amazon.fr/gp/product/2200275137/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&camp=1642&creative=19458&creativeASIN=2200275137&linkCode=as2&tag=portchinfran-21

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Yuan Shikai, ou la tentation du pouvoir (1/2)

22/03/2013 — by Cédric BEAU

Yuan Shikai

Dans la longue histoire de la Chine, peu de personnages ont eu une destinée comparable à celle de Yuan Shikai. Rentré dans l’armée impériale chinoise après avoir échoué deux fois aux examens impériaux pour devenir mandarin, il est envoyé en Corée avec sa troupe en 1882. Il est ensuite désigné pour être instructeur militaire, puis s’élève jusqu’à être nommé résident impérial en 1885 (l’équivalent du titre d’ambassadeur, qui conseille le gouvernement coréen sous tutelle). Grand ami de Li Hongzhang, ils oeuvrent de concert pour le maintien des intérêts chinois dans la péninsule coréenne. Il se rend célèbre durant la guerre sino-japonaise de 1895, où il commande les forces chinoises stationnées en Corée. il évite l’humiliation en étant rappelé à Pékin quelques jours avant la signature du traité de paix qui acte la défaite chinoise.

Il devient ensuite le premier commandant de la première nouvelle armée chinoise, la mieux équipée et la mieux équipée. Stationnée à proximité de Pékin, elle est la garante du pouvoir impérial, en proie aux dissensions internes, aux révoltes et aux occidentaux. Devenu un proche de l’impératrice Cixi, il doit s’éloigner de la cour impériale et est nommé gouverneur du Shandong en 1899, où il contribue à anéantir la révolte des Boxers. Nommé vice-roi du Zhili et commandant en chef de l’armée du Beiyang (armée du Nord), qu’il renforce avec des fonds occidentaux. Il fait fortune dans les chemins de fer, et devient le nouvel homme fort du régime mandchou.

Après la mort de l’empereur Guangxu, qui le condamne à mort dans son testament, et celle sa protectrice l’impératrice Cixi, il est relevé de ses fonctions par le nouveau régent. Il est envoyé en exil dans son village natal. Cependant, il ne perd pas de son influence, et continue à garder contact avec ses anciens alliés, ainsi qu’avec l’armée du Beiyang, dont la loyauté lui est acquise. Sentant le vent tourner et la chute de la dynastie Qing proche, il sert d’intermédiaire entre les révolutionnaires et la cour impériale, jouant sur les deux tableaux.

Avec le soulèvement de Wuhan le 10 octobre 1911, et l’insistance de la cour, il accepte de reprendre du service et est nommé premier Ministre. Il se pose en dernier recours du pouvoir, car il est à la tête de la seule armée chinoise capable de sauver l’Empire. La modernité et l’équipement de son armée lui permettent de contre-attaquer et de reprendre plusieurs villes. Les républicains sont alors forcés à la négociation.

La proposition de Yuan Shikai est simple : en échange de la démission de Sun Yat-sen, président provisoire de la République de Chine, et de sa propre nomination comme président, il s’engage à obtenir l’abdication de l’empereur Puyi. Ce dernier abdique le 12 février 1912, et Yuan Shikai est nommé président provisoire le 15 février. Commence alors le vrai but de Yuan Shikai : restaurer l’Empire à son profit…

Culture chinoise [n]old

Quelques livres d’histoire de la Chine

11/03/2013 — by Cédric BEAU

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la grande revolution chinoise FairbankQuel serait le meilleur livre sur l’Histoire de la Chine ? Cette question m’est souvent posée. Et depuis le temps, vous savez que je prône en complément de l’apprentissage du chinois l’étude de l’histoire de la Chine. Je vous présente donc aujourd’hui une sélection de mes livres favoris sur le sujet. Ils constituent pour moi une excellente porte d’entrée pour qui souhaitent s’initier à l’histoire chinoise.

Pour qui souhaite un survol général de l’histoire de la Chine, je vous conseille l’ouvrage de Xavier Walter, Petite histoire de la Chine. En 200 pages, il nous offre un rapide aperçu de 3000 ans d’histoire chinoise. Un excellent moyen d’apprendre les dates principales sans s’encombrer l’esprit.

Si vous souhaitez quelque chose d’un peu plus poussé, je vous conseille Le monde chinois : Tome 1, De l’Age de Bronze au Moyen Age. La collection Agora produit souvent de très bons ouvrages, et celui-ci ne déroge pas à la règle.

Pour ceux qui seraient plus intéressés par l’histoire chinoise contemporaine, il y a pour moi deux incontournables : le premier, qui est à mes yeux le meilleur livre d’histoire chinoise jamais écrit, est l’ouvrage de John King Fairbank : La grande révolution chinoise : 1800-1989. C’est une véritable mine d’informations pour qui s’intéressent à l’histoire récente de la Chine, du déclin des Qing à l’essor de la République Populaire de Chine. Dans la même veine, mais dans une optique plus proche du récit de voyage, je conseille sans réserve le livre d’Alain Peyrefitte : Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera. Un modèle du genre, où le diplomate français nous raconte son récit de voyage en Chine en 1971, dans un pays sortant à peine des pires heures de la Révolution culturelle.

Actuellement, je suis en pleine lecture de De la Chine, d’Henry Kissinger. Je n’ai pas beaucoup avancé, mais je pressens déjà que ce livre recèle de nombreuses qualités.

Enfin, quelques ouvrages qui ne sont pas purement historiques, mais dont je conseille fortement la lecture. Le premier est l’autobiographie de mon personnage historique chinois favori, Aixinjueluo Puyi, le dernier empereur de Chine. J’étais empereur de Chine retrace l’histoire de celui qui fut trois fois empereur. Saisissant et bouleversant à la fois. A compléter avec le récit de Réginald Johnston, son précepteur, et de Shi Dan, eunuque de la Cité Interdite sous les Qin.

Bonne lecture, et n’hésitez pas à compléter cette liste en laissant un commentaire !

© Sylvain Ducarne / Cédric Beau

Culture chinoise [n]old

Quelques conseils de lecture

17/12/2012 — by Cédric BEAU

Littérature chinoiseJe n’ai de cesse d’exhorter les gens à s’intéresser à la culture chinoise. Et à mon avis, le plus court moyen de s’initier à ses arcanes, c’est de lire. Aux vues de la multitude d’ouvrages ayant de près ou de loin un rapport avec la Chine, difficile de ne pas trouver chaussure à son pied. Pour vous aider dans votre recherche, voici une sélection d’ouvrages, parmi ceux qui m’ont le plus marqué dans mon parcours d’étudiant en chinois, et surtout en histoire chinoise (on ne se refait pas).

Pour commencer, je ne saurais trop vous conseiller la lecture des quatre Livres Extraordinaires (四大奇书 /  Sì dà qíshū), classiques des classiques de la littérature chinoise : Au bord de l’eau (水浒传 / Shuǐhǔ Zhuàn) ; Histoire des Trois Royaumes (三国演义 / Sānguó Yǎnyì) ; Le Voyage en Occident (西游记 / Xī Yóu Jì) ; et Le Rêve dans le Pavillon Rouge (红楼梦 / Hóng Lóu Mèng). Ces quatre ouvrages constituent l’apogée de la littérature chinoise classique, et influencent encore aujourd’hui la culture et la littérature chinoise. Mon favori reste l’Histoire des Trois Royaumes, qui est pour l’équivalent de l’Illiade pour la Chine. C’est un texte long et dense, mais qui vaut largement le temps et l’énergie déployés à sa lecture. Pour les moins courageux, une intégrale en bande-dessinée vient justement de sortir, et les retours sont plus que positifs.

Si vous souhaitez avoir une vision plus européenne de la Chine, le Devisement du Monde (le Livre des Merveilles) de Marco Polo est fait pour vous. Le récit du marchand vénitien à travers l’Empire Yuan vous offrira un dépaysement assuré. De plus, c’est un excellent moyen de découvrir au quotidien une dynastie encore trop méconnue, et souvent peu considérée.

Plus proche de nous, et d’une lecture plus aisée, je vous conseille aussi Au coeur de la Cité Interdite, de Reginald F. Johnston. Sir Johnston fut le précepteur du dernier empereur de Chine, Puyi, et il décrit dans ce livre la vie quotidienne de l’empereur, coupé du monde et des réalités de son pays, ainsi que son parcours dans les tumultes qui ont secoué la Chine dans le premier quart du XXe siècle. Un excellent pendant à ce livre est l’ouvrage autobiographique de Puyi lui-même (J’étais empereur de Chine), dans lequel celui qui fut trois fois empereur raconte sa vie, du faste de la Cité Interdite aux jardins de Pékin dont il a la garde, après un passage en camp de redressement communiste.

Si vous êtes plus intéressé par les romans, je encourage à lire les aventures du juge Ti, de Robert van Gulik, qui vous emmèneront dans la Chine des Tang vivre des aventures qu’Agatha Christie n’aurait pas renié.

Si vous avez d’autres ouvrages à conseiller à nos lecteurs, n’hésitez pas à les poster en commentaire (je reconnais volontiers mes lacunes en littérature chinoise contemporaine !).

Histoire de la Chine [n]

L’invasion de la Mandchourie par le Japon en 1931

22/11/2012 — by Cédric BEAU

Le 18 septembre 1931, à 22h20, la voie de chemin de fer près de la ville de Mukden explose sur quelques mètres. Alertée par l’explosion, une patrouille chinoise s’avance, et aussitôt prise pour cible par les soldats japonais qui stationnaient non loin de la voie de chemin de fer. Officiellement, cet attentat est le fait de terroristes chinois. Mais dans les faits, il s’agit d’une manœuvre d’officiers japonais, ayant pour but de déclencher l’invasion de la Mandchourie par des forces de l’Empire du soleil levant.

En effet, le Japon, en pleine expansion, avait un besoin vital des ressources minières et agricoles de la Mandchourie. Mais il fallait s’emparer de ces territoires de manière déguisée…

Avec cet attentat, le Japon donne l’illusion de la légitime défense, cherchant à protéger ses intérêts économiques dans la région.

Tout de suite après l’attentat, les soldats japonais encerclent la garnison de Beideyang, située à seulement 800m de l’explosion. Les soldats chinois ont reçu l’ordre de ne pas résister, afin de ne pas déclencher les hostilités avec les forces japonaises. Le combat fait 500 morts côté chinoise et seulement deux côté japonais.

Le 19 septembre, le Japon lance son offensive sur la Mandchourie, aidé par les forces aériennes stationnées en Corée. La progression japonaise est fulgurante. C’est une véritable blitzkrieg avant l’heure. Dès février 1932, la Mandchourie est entièrement occupée par le Japon. Comment les forces nippones ont-elles réussi à conquérir en moins de cinq mois un territoire quatre fois plus vaste que le Japon ?

Tout d’abord, il faut relever l’extrême préparation des troupes japonaises. En effet, l’attentat déclencheur du conflit était prémédité depuis des semaines, ce qui a donné à l’armée japonaise tout le loisir de s’y préparer. De plus, les forces nationalistes chinoises étant occupées à combattre les communistes au sud, le gouvernement avait donné l’ordre aux forces stationnées en Mandchourie de ne pas combattre les Japonais.

La communauté internationale, par l’intermédiaire de la Société des Nations (ancêtre de l’ONU) tente alors de réagir, en enjoignant le Japon a retiré ses troupes de Mandchourie, ce que le Japon refuse catégoriquement. L’envoi d’une commission d’enquête est alors décidé.

Mais entre-temps, les Japonais ont eu le temps de créer l’État fantoche du Mandchoukuo (officiellement le 18 février 1932), dirigé par le dernier empereur de Chine Puyi. Mais dans les faits, ce nouveau pays n’est qu’un satellite du Japon. D’ailleurs, la commission de la Société des Nations, dirigée par le britannique Lytton n’est pas dupe. Son rapport du 2 octobre 1932 est accablant pour le Japon, et démontre que le Mandchoukuo est en passe de devenir une colonie japonaise, à l’instar de la Corée. De plus, l’argument des Japonais disant que leur armée aurait agi de son propre chef est invalidée par la commission, ce qui fait que les Japonais n’ont aucune légitimité être présents en Mandchourie. Mais les Japonais y resteront jusqu’en 1945…

Aujourd’hui encore le 18 septembre est fêté chaque année en Chine comme « jour de l’humiliation nationale ». De plus, l’incident de Mukden n’aurait pu rester qu’un évènement historique comme un autre, noyé parmi tant d’autres dans une époque troublée. Il a cependant atteint dans nos contrées une notoriété inattendue par l’intermédiaire de la bande dessinée. En effet, cet évènement est relaté se dans l’album Tintin et le lotus bleu, dans lequel Tintin assiste directement à l’explosion de la voie ferrée et aux évènements qui en découlent.

 

 

Brèvesold

Au coeur de la Cité Interdite : un écossais à la Cour de Puyi

21/11/2011 — by Cédric BEAU

La Cité Interdite a longtemps été l’objet de nombreux fantasmes de la part des Occidentaux, qui, intrigués par les évènements qui se déroulaient au-delà de la Porte du Midi, ont entretenu les rumeurs les plus folles.

Lorsqu’en 1919, Reginald F. Johnston est nommé précepteur du jeune empereur Puyi ; nonobstant le fait qu’il soit le premier “étranger” à obtenir ce poste ; il entame le récit de son séjour dans la Cité Interdite : Au coeur de la Cité Interdite, publié en 1934. Cet ouvrage, unique en son genre, dévoile au grand jour le fonctionnement d’une cour d’un autre temps, soumise aux rites centenaires qui la rythment, mais aussi une cour qui subit de plein fouet les mutations de son temps.

Le 12 Février 1912, Puyi abdique pour la première fois (il abdiquera une seconde fois en 1917 après une restauration de 10 jours), laissant place à la République de Chine. Cette dernière, soucieuse de ne pas s’aliéner une frange de la population toujours favorable aux Qing, propose à l’Empereur les “Articles veillant au traitement favorable de l’Empereur après son abdication” : Puyi conserve son titre d’Empereur (mais ne gouverne plus), il a le droit de rester dans la Cité Interdite (seulement dans la cour intérieure), une rente lui est versée par l’état. De fait, la vie dans la cité ne change pas : Puyi, entouré d’eunuques et de servants, est à la fois prisonnier du cérémonial, mais aussi des murs de la Cité Interdite. Durant cette période, les précepteurs et les eunuques chargés de son éducation vont lui raconter les légendes chinoises et mandchoues, qui font de lui le fils du Dragon, élu des dieux et propriétaire du Mandat Céleste lui donnant le droit de régner sur l’Empire du Milieu. Cependant, après un certain temps, la Cour juge nécessaire que l’Empereur soit initié aux choses du monde, et notamment l’anglais. C’est pourquoi elle signe un accord avec les représentants du gouvernement britannique en Chine pour que ces derniers envoient à la Cour un lettré, qui sera chargé de l’enseignement de la langue et de la culture anglaise auprès de l’Empereur. Mais celui qui devait à l’origine n’être qu’un simple professeur de langues va vite s’imposer comme le tuteur et le conseiller de Puyi.

Avant d’arriver en Chine, Réginald Johnston a étudié à l’université d’Édimbourg et d’Oxford. En 1898, il est envoyé à Hong-Kong travailler dans les services coloniaux, puis à Weihaiwei. C’est durant ce long séjour en Chine qu’il apprend le mandarin (qu’il parle couramment), et qu’il commence à s’intéresser à l’histoire de la Chine et à sa poésie. Il est donc un candidat tout désigné pour être envoyé auprès de Pékin par les plénipotentiaires britanniques.


Son ouvrage commence avant son arrivé à la Cité Interdite, où il relate ses connaissances de la maison impériale mandchoue et la rencontre qu’il a vécu avec le père de Puyi avant son intronisation comme précepteur. Il le continuera même après la fin de sa mission, en 1924, donnant son point de vue sur la situation de la Chine des années 20-30.

On découvre dans cet ouvrage un certain sentiment d’émerveillement de la part de Réginald Johnston, qui, on le voit au fil de la lecture, s’attache à la Cour Impériale, et notamment à la personne de l’empereur. On peut aussi voir l’influence bénéfique qu’il a sur le dernier des Qing : il réussit à le convaincre d’abandonner certaines traditions sur-années (comme le port de la natte), le détache de l’influence malsaine des nombreux eunuques de la cour (notamment après l’incendie du Palais de la Prospérité Réciproque, attribué aux eunuques qui ont ainsi voulu détruire les preuves des vols qu’ils commettaient), il l’initie à la politique internationale et à l’histoire du monde. Sous son influence, Puyi choisira même le nom de règne de Henry, comme les rois britanniques le faisaient à une époque.

Le récit de Réginald Johnston est d’autant plus précieux qu’il nous montre, avec un regard extérieur, le fonctionnement de la Cour Impériale, qui n’a pas changé depuis des centaines d’années, ni même avec l’abdication de l’Empereur. On y voit alors que la Cour est cloisonnée, voir emmurée dans ses traditions, qui lui interdissent toute réaction spontanée, et qui explique comment la dynastie Mandchoue a pu se laisser déborder par les évènements qui ont conduit à sa chute.

En 1924, Puyi est forcé de quitter la Cité Interdite et de se réfugier dans le palais de son père. C’est là que s’arrête la mission de Réginald Johnson, qui continuera à entretenir une grande amitié avec l’Empereur. Il le verra une dernière fois en 1930, avant son retour en Angleterre. Grand admirateur de la Chine, l’écossais plantera lui-même et aménagera un jardin chinois sur son domaine, où flotte jusqu’à sa mort le drapeau au dragon de la dynastie Qing.

Pour ceux qui comme moi s’intéressent donc à cette époque troublée de la Chine et notamment à Puyi, je conseille fortement le livre de R.Johnston (disponible sur Amazon), ainsi que le film de Bernardo Bertolucci : Le Dernier Empereur, sorti en 1987, avec un magistral Peter O’Toole dans le rôle de Réginald Johnston.

Brèvesold

Puyi, le dernier Fils du Ciel

23/09/2011 — by Cédric BEAU

Comme on a pu le constater dans les précédents articles traitants de la révolution chinoise, le déclin de la dynastie Qing s’est amorcé dès la deuxième partie du XIXe siècle. Les événements qui ont mis à bas l’Empire se sont accélérés dès le début du XXe siècle, et finalement la dynastie impériale fut définitivement déposée au profit de la République.

Mais qui était donc Aixinjueluo Puyi, ce dernier empereur ?

Né le 11 février 1906, il est le fils du second prince Chun, Zaifeng. Il succède en 1908 à l’empereur Guangxu. Selon la rumeur, Ci Xi a fait empoisonner ce dernier qui faisait preuve de trop de « libéralité » pour le conservateur gouvernement mandchou. Souhaitant reprendre les choses en mains, elle faire asseoir Puyi, alors très jeune, sur le trône du Dragon. Mais Ci Xi expire le lendemain du couronnement de Puyi !

Une fois Puyi au pouvoir, le second prince Chun chasse Yuan Shikai, le seul à pouvoir rétablir la situation au profit des Mandchous. Dans le même temps, les républicains, qui forment le Guomindang (parti démocratique nationaliste), et la révolte embrase le pays. Isolé dans la cité impériale, le parti mandchou, et le régent Chun, rappelle Yuan Shikai pour mater la révolte. Ce dernier parvient à obtenir, fort du soutien de l’armée, la démission du prince régent, et l’abdication de la dynastie Qing le 1er février 1912.

Puyi, alors âgé de 6 ans, appose le sceau impérial sur l’édit proclamant la fin de la plus ancienne monarchie du monde. Il se voit allouer une rente, et est autorisé à séjourner dans la Cité Impériale, tout en conservant son titre d’empereur, qui n’est plus que symbolique. En 1919, Reginald F. Johnston, précepteur écossais, est appelé au service de Puyi. Il est le premier étranger que Puyi voit depuis sa naissance. Johnston initie Puyi à la culture occidentale, découvre la bicyclette et choisit comme nom européen Henri. Il coupe même sa natte, symbole mandchou par excellence.

Mais suite à la période troublée des Seigneurs de la guerre qui se battent pour le territoire, Puyi doit fuir la Cité Interdite le 5 mars 1924 pour se réfugier à la légation japonaise. Là, il noue des contacts qui feront qu’il sera proclamé Empereur du Mandchoukouo (c’est-à-dire la Mandchourie, conquise par les Japonais et érigée en état fantoche indépendant par ces derniers). Il jouera ce rôle jusqu’en 1945, où il tentera de fuir au Japon, mais sera arrêté par les troupes soviétiques et remis aux autorités chinoises en 1950.

Les communistes l’enferment pendant 9 ans dans le centre d’internement de Fushun. Devenu un bon citoyen communiste, il rédige son autocritique. Il est amnistié le 18 octobre 1959, et devient employé du jardin botanique de Pékin, avant de devenir archiviste au bureau des affaires culturelles, puis enfin de siéger au Congrès national du peuple chinois en 1962. Puyi décède le 17 octobre 1967, et fait son entrée au Panthéon des héros communistes en 1980 ! Ses cendres reposent auprès des autres héros de la révolution communiste.

Ainsi se termine la vie de celui qui fut deux fois couronné empereur, et qui finit jardinier à Pékin.

A tous ceux qui s’intéressent au sujet, je ne recommanderais jamais assez de voir le film « Le Dernier Empereur », de Bernardo Bertolucci et sorti en 1987.

 

 

Brèvesold

Le vent de la révolution se lève sur l’Empire du Milieu

22/09/2011 — by Cédric BEAU

Pékin, 1910 : l’Assemblée Nationale provisoire est réunit à Pékin. Mais toute velléité de réforme est empêchée par le gouvernement, où les Mandchous réactionnaire sont revenus en force. Les députés de l’Assemblée, pourtant loin d’être représentatifs du peuple chinois, souhaitent quand à eux jouer un rôle véritable, et prendre part aux décisions importantes.

C’est dans ce contexte que se déroule une crise ferroviaire, qui aura une importance capitale pour la suite des événements. Suite à la révolte des Boxers, l’Etat a entrepris une nationalisation des concessions ferroviaires appartenant auparavant aux étrangers. Cependant, ne disposant pas des fonds nécessaires, il se tourne vers ces mêmes étrangers et leurs banques. Cette nationalisation de 1911 apparait comme une double imposture : l’Etat a levé des fonds sur le dos du peuple pour financer l’opération, mais s’est aussi endetté auprès des étrangers dont il tente de s’émanciper. La colère du peuple est tellement vive dans le Sichuan (où ont été nationalisés les chemins de fer) que durant l’été 1911, la province est en état de quasi-sécession avec le gouvernement de Pékin. On retrouve d’ailleurs des membres de la Ligue Jurée parmi les instigateurs de cette révolte…

Les Mandchous détachent alors des troupes de Wuhan pour mater la révolte. Or la Ligue Jurée y prépare une révolte, qu’elle doit précipiter en octobre 1911 suite à des fuites internes. Quelques bataillons, noyautés par la Ligue Jurée,  se soulèvent. Après le départ des notables de la ville, ils remettent le pouvoir à l’assemblée provinciale du Hubei. C’est l’élément déclencheur qui fait que l’on passera d’un putsch anticipé à une révolution nationale.

 

En octobre-novembre 1911, les provinces du Sud et du Centre font sécession derrière le Hubei. Les notables font sécession du gouvernement et remettent le pouvoir aux assemblées provinciales.

La Ligue Jurée, dépassée par les événements, se réunit à Nankin pour décider d’une action conjointe de ses différents courants, mais cela échoue.

Le gouvernement tente de riposter en nommer Yuan Shikai commissaire impérial des forces armées. Le 27 octobre, il reprend Wuhan, puis d’autres villes sécessionnistes. Mais le 1er décembre, il propose une trêve : ayant compris que les Mandchous étaient lâchés par les puissances étrangères, il espère tirer son épingle du jeu. Mais le 14 décembre, un gouvernement républicain provisoire est nommé à Wuhan et Sun Yat Sen est pressenti pour devenir le premier président de la République, prenant de vitesse Yuan Shikai.

Cependant, Sun Yat Sen ne débarque à Shanghai que le 25 décembre. Il est élu président de la République le 1er Janvier 1912 à Nankin. Mais Yuan Shikai reste en embuscade : il a encore le soutien de l’armée, et peut s’il le souhaite écraser la révolution et la République, comme il peut écraser la dynastie Mandchoue. Il propose de faire abdiquer l’enfant-empereur Puyi en échange de la démission de Sun Yat Sen. Puyi abdique donc le 1é février 1912, et Sun Yat Sen transmet le pouvoir politique à Yuan Shikai.

 

C’est donc une révolution par défaut qui s’est déroulée en Chine : pris de vitesse par les événements, les différentes organisations républicaines n’ont pas eu le temps de s’organiser. Quasiment absents des événements, ces révolutionnaires n’apparaissent que mieux s’éclipser par la suite.

Une seule chose est certaine : après plus de 2000 ans de continuité, il n’y a plus de Fils du Ciel sur le trône du Dragon….