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Que représentent les figurines sur les toits des monuments chinois ?

13/01/2014 — by Cédric BEAU

Vous avez surement déjà remarqué que les monuments datant de la Chine impériale (palais royaux, temples) possèdent sur les arêtes des toits un ensemble de petites statuettes alignées les unes derrière les autres. Mais savez-vous pourquoi elles sont là, et ce qu’elles représentent ?

Aperçu du toit du Palais de l’Harmonie Suprême dans la Cité Interdite

Ces figurines, en terre cuite émaillée, et appelées 蹲兽/Dun Shou (“bêtes accroupies”), étaient réservées aux palais royaux (Cité Interdite, Palais d’Eté, etc…) et aux temples. L’Empereur pouvait autoriser leur présence sur le toit des demeures de certains courtisans, signe d’un grand honneur. Leur première utilité, bien pragmatique, était de protéger les clous qui maintenaient les tuiles ensemble. Elles servent aussi de décorations et d’indications pour le statut social de l’occupant. Leur utilisation est même régie par décret sous la dynastie Qing.

On peut trouver de une à neuf figurines sur les toits. Seul le palais de l’Harmonie Suprême, dans la Cité Interdite de Pékin, possède dix figurines, en faisant de facto le bâtiment le pus important de tout l’Empire. C’est en effet là que l’Empereur effectue les sacrifices rituels et les libations destinés à la bonne marche et à la préservation de l’Empire. Plus un bâtiment possède de figurines, plus il est important (le Palais de la Pureté Céleste en possède neuf, celui de la Tranquillité Terrestre 7).

On leur prête aussi des vertus protectrices : ces figurines sont censées chasser les mauvais esprits. Chacun d’entre elle représente une créature issue de la mythologie chinoise :

  • La première, que l’on prend souvent pour un homme chevauchant un poulet (si si), représente en fait un Immortel sur le dos d’un phénix. Il s’agit du roi Min du Qi, condamné à errer sur terre
  • On trouve ensuite le dragon et le phénix, symbolisant l’empereur et l’impératrice de Chine, et représentant la dignité.
  • Suit le lion, figure protectrice majeure si il en est, et veille sur les forêts et les montagnes de l’Empire.
  • La licorne et l’hippocampe symbolisent quant à eux l’autorité impériale, qui s’étend sur mer et jusque dans les airs.
  • On trouve ensuite Yayu (押鱼) et Douniu (斗牛), créatures mythiques d’origine marine, ayant le pouvoir de recueillir l’eau des nuages pour faire tomber la pluie. Elles ont pour principale fonction d’empêcher les incendies, fréquents dans ces bâtiments construits en grande partie de bois.
  • Suanni (狻猊), animal légendaire capable de dévorer les plus grands félins, protège la faune de l’Empire au nom du souverain.
  • Xiezhi (獬豸) représente la justice impériale, censée être juste et impartiale. Dans le folklore chinois, cette chimère est capable de faire la différence entre la vérité et le mensonge.
  • Enfin, la dernière statuette représente le singe volant Xingshi (行什)

Elles sont placées sous la protection de Chiwen (螭吻), placé à l’angle du toit, l’un des neuf fils du dragon dans la mythologie chinoise. Il a pour but la protection contre les incendies.

On trouvera toujours le roi Min si un bâtiment affiche ces statuettes, puis ainsi de suite en suivant l’ordre donné plus haut. Il est courant de trouver des bâtiments avec quatre ou cinq figurines (le roi Min, le dragon, le phénix, le lion, puis la licorne, etc…).

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Les collections chinoises du British Museum

05/01/2014 — by Cédric BEAU

Parmi les plus célèbres musées du monde, le British Museum de Londres est certainement l’un des plus connus et des plus visités. Fondé en 1753, mais ouvert au public en 1759, il n’a cessé depuis de recueillir des objets venus des quatre coins du globe, et notamment de Chine. Les collections chinoises du British Museum comportent plus de 23 000 objets, répartis entre les peintures, les jades, les bronzes, les céramiques, les calligraphies, etc. Un tel nombre d’objets anciens fait de la collection du British Museum une des collections les plus importantes d’objets chinois en Occident. Ces collections sont visibles dans les salles 33, 33b et 95.

Statues bouddhistes du hall chinois du British Museum

 

Il vous sera possible d’admirer des collections datant aussi bien du Néolithique que de la Chine du XXe siècle. Un intérêt particulier pour les connaisseurs devra être porté à la collection de céramiques chinoises de Sir Percival David. Celles-ci sont pour la plupart issues des anciennes collections de la Cité Interdite, vendues par les eunuques dans l’ancienne maison impériale. Contraints de les vendre pour subvenir à leurs besoins et à ceux de l’empereur Puyi réfugié à Tianjin en 1925, ils ont fait le bonheur de collectionneurs, dont Sir Percival David. Cette collection s’est enrichie au fil des ans, par des acquisitions ou des dons. Il s’agit d’une des collections de céramiques chinoises les plus réputées au monde. Après avoir eu les honneurs du Gordon Square jusqu’en 2007, cette collection est maintenant hébergée par le British Museum dans la salle 95.

Aperçu des céramiques de la salle de 95 du British Museum (©Ianvisits)

En plus des céramiques, il vous sera possible d’admirer des sculptures datant du Néolithique, des bronzes de la dynastie des Zhou de l’Ouest (1050-771 av. J.-C.), des objets rituels des dynasties Tang et Liao (618-1125 apr. J.-C.), des poteries de la dynastie Ming (1368-1644 apr. J.-C.), et même une collection de monnaies anciennes et plus modernes parmi les plus fournies au monde.

C’est, de mon point de vue, une des collections à voir sur on s’intéresse à l’histoire de l’art chinois. La seule, à mes yeux, qui la surpassent, est la collection du musée d’histoire de la Chine à Pékin. Elle tient a comparaison avec la collection du musée d’art de Shanghai. Et surtout, pour nous français, elle a l’avantage de se trouver près de chez nous. Alors si vous passez par Londres un jour, n’hésitez pas à prendre le temps de visiter le British Museum (gratuit sauf expositions temporaires), et perdez-vous dans les différentes salles : vous ne le regreterez pas !

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La réforme avortée de l’empereur Guangxu

23/12/2013 — by Cédric BEAU

L’Empereur Guangxu et ses intimes.

Le XIXe siècle marque pour la Chine une période de déclin : affaiblie par les révoltes internes, longues et coûteuses à mater (Taiping, Nian, Panthay, Dungan) ; dominée par les puissances étrangères qui, suite aux guerres de l’opium, lui impose les traités inégaux ; sclérosée dans un cérémonial d’un autre âge, la Cour Impériale s’achemine vers un destin fatal.  La défaite contre le Japon et le traité de Shimonoseki en 1895 achève de faire perdre toute crédibilité à la cour des Qing. En effet, en signant ce traité, la Chine s’engage à céder au Japon Formose (Taïwan), les Pescadores, la presqu’île du Liaodong (clause annulée quelques mois plus tard par l’intervention de la Russie, de la France et de l’Allemagne), et reconnait l’indépendance de la Corée, vassal historique de la Chine, qui sera bientôt colonisée par le Japon. Enfin, le gouvernement impérial s’engage à verser à l’Empire du Japon une indemnité de guerre qui s’élève à… deux fois les revenus annuels de la Chine !

La défaite des Chinois met en exergue les faiblesses de la politique “d’auto-renforcement” (自強運動), qui cherche à moderniser le pays sur le modèle occidental, sans toucher aux institutions en place. De plus, le traumatisme de la défaite contre le Japon est fort auprès de la population :  jusqu’ici, l’archipel était considéré comme inférieur à la Chine, qui selon elle, lui a fourni toutes les clés de la civilisation (écriture, principe impérial, etc…). En l’espace de trente ans, il a su se moderniser pour résister aux puissances occidentales, et faire jeu égal avec elles, contrairement à la Chine. De plus, les emprunts contractés auprès des banques occidentales, pour payer les indemnités de guerre au Japon, fragilisent encore plus la Cour Impériale, de plus en plus dépendante de l’étranger.

Les intellectuels chinois s’inquiètent alors pour la souveraineté de la Chine, et de la place que prennent les occidentaux dans le pays : depuis le traité de Shimonoseki, ils sont autorisés, au nom de la clause de la nation la plus favorisée qui stipule que tout avantage concédé à une puissance doit aussi l’être aux autres, à implanter leurs industries dans les ports ouverts au commerce avec l’étranger, concurrent les locaux.

Parmi ses intellectuels, on trouve Kang Youwei. Ce dernier a longuement réfléchi à comment réformer le système impérial, et parvient à présenter ses idées à l’empereur Guangxu le 16 juin 1898. Ce dernier se rallie aux idées du lettré, et lance une série de réformes visant à moderniser l’administration et la vie politique chinoise, ainsi que de l’armée. De plus, la monarchie de droit divin devait laisser place à une monarchie constitutionnelle, avec l’adoption d’une Constitution. Étaient aussi prévu une modernisation du système éducatif, basé sur le modèle occidental, et une industrialisation du pays . Durant l’été 1898, l’empereur promulgue plus de 130 décrets pour accomplir ces réformes, et place des disciples de Kang Youwei aux postes-clés, afin d’accélérer le processus. La Chine semble enfin sortir de sa torpeur…

Mais c’est sans compter sur le camp conservateur, mené par l’impératrice douairière Cixi, qui reste attaché au modèle impérial traditionnel. La nouvelle politique de l’empereur se trouve confrontée au refus de nombreux membres de la Cour Impérial et d’officiels, attachés à leurs privilèges.  Cixi, avec l’aide du général Ronglu, fomente un coup d’état, qui éclate 21 septembre, date à laquelle les troupes du général encercle la Cité Interdite. Le général Yuan Shikai, qui commande la Nouvelle Armée chinoise, modernisée et entraînée, se range du côté des conservateurs, après avoir été approché par le camp réformiste.

La répression qui s’abat sur les partisans de la réforme est féroce : Kang Youwei doit fuir au Japon, tandis que six de ses collaborateurs (dont son frère), qui sont passés à la postérité sous le nom des “six gentilshommes” ou “six hommes intègres”, sont décapités. L’empereur Guangxu est déclaré inapte au règne, et Cixi reprend fermement en mains les rênes du pouvoir, qu’elle ne lâchera qu’en 1908 à sa mort.

La Chine laisse passer là sa seule occasion de se réformer d’elle-même dans une paix relative. Après cette “Réforme des Cent jours”, le camp conservateur restera au pouvoir, entraînant l’Empire à la ruine. Moins de deux ans plus tard, la révolte des Boxers viendra définitivement briser les rêves de ceux qui pensaient encore qu’une réforme politique pacifique était possible…

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La Chine / Chung Kuo, de Michelangelo Antonioni (première partie)

06/03/2013 — by Cédric BEAU

la Chine Chung Kuo Michelangelo Antonioni1972 : au lendemain de la Révolution Culturelle, le cinéaste italien Michelangelo Antonioni Zhou Enlai pour réaliser un reportage sur la Chine de Mao. Malgré le fort encadrement, Antonioni nous livre ici un témoignage unique de cette Chine qui s’ouvre à peine au monde (la diplomatie du ping-pong débute seulement). Pendant 3h40, nous sommes plongés au coeur de la Chine socialiste, pétrie d’idéaux révolutionnaires. Je vais vous parler aujourd’hui de la première partie du reportage, qui dure 76 minutes et se focalise sur Pékin et ses environs.

A l’époque du tournage, la Chine reste encore largement fantasmée : on ne sait pas trop ce qui se passe à l’intérieur des frontières de l’Empire du Milieu. Antonioni, entouré de guides-interprètes mandatés par le Parti Communiste Chinois, doit permettre de montrer au monde les réussites de la Chine socialiste. Il doit voir et rendre-compte du miracle chinois. Mais il prend un tout autre parti : celui de nous montrer la Chine non pas comme un peuple, comme l’entend l’idéologie du pouvoir en place, mais comme une multitude d’êtres humains, plongés dans leur vie quotidienne bien encadrée et sans accroches.

C’est ainsi que durant les visites qu’on lui impose, le réalisateur italien s’attarde non pas sur les infrastructures et leur mode de fonctionnement, mais justement sur ceux qui les font fonctionner. Le documentaire s’en retrouve à la fois plus vrai et plus humain. On se doute bien que les guides n’ont emmené l’équipe italienne que dans des lieux sécurisés, balisés et préalablement organisés. Mais les visages des Chinois, eux, ne mentent pas. Que cela soit ceux des enfants de cette école primaire qui dansent et chantent en coeur la gloire de Mao, ceux des travailleurs de cette usine de coton qui se réunissent pendant leur pause pour un débat sur comment améliorer la production, ou encore le regard des touristes chinois visitant la Grande Muraille, la Cité Interdite ou les tombeaux de la dynastie Ming. On assiste même en direct à un accouchement par césarienne avec pour seule anesthésie des points d’acupuncture !

On y voit une Chine paisible, hors du temps, où tout le monde semble habillé de la même manière et où les femmes ont la même coiffure. Les gardes rouges se mêlent à la foule, les étudiants se rendent aux champs l’été, et les hommes pratiquent le taï-chi à l’ombre des anciennes portes de la ville. Les véritables héros de ce documentaire sont les Chinois, calmes, curieux, accueillants, modestes et à la fois plein de sagesse. Pas besoin de nombreux textes : Antonioni ne parle que très peu, pour planter le décor, et la caméra fait le reste.

Je prévois de regarder la deuxième partie ce soir, mais je peux d’ores et déjà dire que ce film se révèle être un incontournable pour qui souhaite se plonger au coeur de la Chine maoïste post-révolution culturelle.

Pour acquérir le DVD : http://www.amazon.fr/gp/product/B001SBCAYO/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&camp=1642&creative=19458&creativeASIN=B001SBCAYO&linkCode=as2&tag=portchinfran-21

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La révolte des Boxeurs (2/2) : le siège des légations

13/12/2011 — by Cédric BEAU

Nombre de Boxeurs sont entrés secrètement dans la capitale chinoise, et placardent sur les murs leur mot d’ordre : “Mort aux diables étrangers”. Sir McDonald prend la tête de la coalition anti-Boxeurs dans les légations : il est inquiet car le gouvernement chinois n’entreprend aucune mesure contre le mouvement, voir même lui apporte son soutien. L’ambassadeur anglais et ses collègues en appel à leur gouvernement respectif, et en Avril, une démonstration de force conjointe des marines occidentales, avec à leur bord des milliers de soldat, à lieu devant les ports chinois.

Mais cela ne fait qu’attiser les tensions, d’autant plus que la sécheresse persiste… En Mai, l’agitation continue de monter parmi les Boxeurs. Des affrontements entre Boxeurs et chrétiens ont lieu dans un village à moins de 100 km de Pékin. Les convertis sont battus à mort et chassés de leurs maisons. Les missionnaires français amplifient le nombre de morts et répandent la rumeur que les Boxeurs sont soutenus par la Cour Impériale. De fait, au début du mois de Juin, les ambassadeurs demandent l’intervention des troupes occidentales pour assurer leur protection : 350 soldats arrivent à Pékin où ils défilent en grande pompe. C’est une humiliation pour les Chinois, le Prince Duan pense même qu’ils sont venus restituer à l’empereur ses pleins pouvoirs. Secrètement, il souhaite que la situation dégénère pour faire monter son fils sur le trône. Cependant, ces soldats arrivent avec une réserve de munitions limitée, car ne pensant pas qu’ils devront se battre.

Du côté chinois, on est confiant dans la supériorité de la Garde Impériale, car même si son équipement reste rudimentaire, le rapport de force est de dix contre un en faveurs des Chinois.

Le 7 juin 1900, les Boxeurs défilent en ville. Les occidentaux se sentent en danger, et demandent à l’amiral Seymour, commandant la flotte internationale, de venir les secourir. Celui-ci envoie 2000 hommes vers Pékin. Elles embarquent en train le 10 juin, mais à 40km de la capitale, elles sont violemment attaquées par les Boxeurs et les troupes impériales, et forcées à la retraite.

Le 13 juin, la ville s’embrase et les Occidentaux se réfugient dans leurs ambassades. Le quartier de commerce de Pékin est incendié, ainsi que l’hippodrome, lieu central de la vie occidentale. Des centaines de chrétiens convertis sont tués. Certains d’entre eux sont secourus par les Occidentaux, sous la conduite de Georges Morrison. Plus de 3000 convertis trouvent refuge dans les légations, tandi qu’en ville, des escarlouches éclatent entre troupes chinoises et occidentales.

De son côté, l’amiral Seymour décide l’envoi massif de troupes pour secourir les légations. Mais le chemin vers Pékin est bien protégé. Il commence par prendre d’assaut quatre forteresses côtières près de Tianjin.

Pendant ce temps, les ministres ultra-conservateurs produisent un faux document qui accuse les Occidentaux de vouloir prendre le contrôle des finances et de la politique extérieure de la Chine. Le prince Duan appelle à attaquer le quartier des légations, alors que l’impératrice Ci Xi déclare la guerre aux nations étrangères présentes dans le pays. Un ultimatum est adressé aux diplomates, qui doivent quitter Pékin sous 24h.

La majorité d’entre eux sont favorables à un départ, excepté le baron allemand Von Ketteler. Cependant, celui-ci est assassiné en pleine le 20 juin par des soldats Qing, alors qu’il se rend chez le ministre chinois des affaires étrangères. En réaction, les Occidentaux se barricadent dans leur quartier, et se préparent à tenir un siège, alors que les Boxeurs et la Garde Impériale les encerclent. A 16h, l’ultimatum expire, et le siège commence. Il durera 55 jours.

A l’intérieur du quartier des légations, McDonald coordonne la défense. Les résidents sont organisés en différents comités, dressent des barricades, définissent le périmètre à défendre. Les chevaux du club hippique sont abattus pour le ravitaillement, tandis que les réfugiés chinois doivent se contenter du riz qu’ils ont amené avec eux.  Dans ces premiers jours de siège, se sont les troupes allemandes qui subissent le plus de pertes. Ils multiplient les sorties pour forcer les Chinois à reculer.

Pendant ce temps, sur le chemin de Pékin, les troupes de secours s’opposent aux Boxeurs et aux troupes impériales dans de violents combats. Mais Ci Xi s’inquiète de ne pas obtenir de victoire, contrairement à ce que lui avaient prédit ses conseillers. Elle renforce la pression militaire sur les Occidentaux, tandis que le prince Duan continue à encourager un assaut total sur le quartier occidental. Le palais laisse s’envenimer la situation…

Situation qui va finir par tourner à l’avantage des Occidentaux : Tianjin est prise et mise à sac. La route de Pékin est libre. Se sentant menacée, l’impératrice demande un cesser-le-feu. Un évènement va cependant prolonger le siège : la rumeur en Europe veut que les Chinois aient pris d’assaut le quartier des légations et tué tous les étrangers. De fait, le corps expéditionnaire ne se presse plus pour arriver à Pékin, d’autant plus que les 14 000 hommes sont ralentis par la résistance chinoise.

Les combats ayant repris, ils finissent par atteindre Pékin. Le 15 Août, ils s’emparent de la Cité Interdite, d’où ont fui l’impératrice et sa cour. La capitale est mise à sac, et de nombreux Boxers sont exécutés. Jusque dans les années 30, la Chine devra aux nations européennes des réparations de guerre annuelles de 21 millions de dollars, soit un tiers du budget de la Chine. Cette épisode de l’histoire chinoise aboutit sur des réformes, mais trop tardivement, ce qui ne pourra empêcher la révolution de 1911.

En Europe, la révolte des Boxeurs est un évènement presque méconnu, alors qu’en Chine, tous les écoliers savent ce qui s’est passé à Pékin durant l’été 1900 : gravée pour longtemps dans la mémoire chinoise, elle est la cause d’un fort ressentiment vis à vis des Occidentaux, qui perdurent encore aujourd’hui.

 

 

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La révolte des Boxeurs (1/2) : l’embrasement

12/12/2011 — by Cédric BEAU

A la fin du XIXe siècle, l’empereur Guangxu est à la tête d’un empire chinois fermé et rétrograde. La Chine a été ouverte de force au monde extérieur à la suite de la deuxième guerre de l’Opium en 1860. Depuis, la flotte chinoise n’est absolument pas en mesure de lutter contre les armadas occidentales qui mouillent dans ses ports. Le traité de paix signé entre le régime impérial chinois et les Occidentaux accordent à ces derniers des privilèges, notamment commerciaux, et des concessions territoriales, sur lesquelles elles sont souveraines. La Chine est humiliée.

Sur place, les “diables étrangers” considèrent les Chinois comme des domestiques. Le racisme est latent des deux côtés. Pour les Chinois, la présence des Occidentaux perturbent le Feng Shui, l’équilibre naturel du monde. De fait, ils sont la cible d’une hostilité croissante de la part de la population locale. Dans les campagnes, des jeunes se révoltent : paysans pauvres, ouvriers démunis, marginaux sans ressources. Ils pratiquent un art martial proche de la boxe, et prétendent avoir des pouvoirs magiques (ils se font tirer dessus avec des fusils chargés à blanc pour montrer aux paysans qu’ils ne craignent pas les balles occidentales). Entre eux, ils s’appellent “les Poings de la Justice et de la Concorde”, tandis que les Occidentaux les nomment “Boxeurs”. Ce mouvement charismatique va au fil du temps réunir de plus en plus de monde sous ses bannières. Le mouvement fédère aussi des femmes, appelées les Lanternes Rouges, et censées être des sorcières.

Pour eux, la misère qui frappe le peuple chinois est l’oeuvre des Occidentaux, dont les missionnaires cristallisent la haine. Ces derniers évangélisent les Chinois depuis les guerres de l’Opium. De plus, les Chinois convertis (plus de 1 000 000 à l’époque) sont dorénavant favorisés par les autorités occidentales installées sur place. Dans les campagnes, le ressentiment vis à vis des chrétiens convertis, qui ne se rendent plus aux temples et ne participent plus à la vie rituelle du village, est encore plus grand.

En 1897, deux missionnaires allemands sont tués dans la province de Shandong. En représailles, les allemands s’emparent de Qingdao et de son arrière pays.

Pendant ce temps, à la cour impériale, l’empereur Guangxu tente vainement de réformer le pays sur le modèle occidental. Mais il est freiné par ses ministres conservateurs, qui le pensent à la solde des occidentaux et trahissant la tradition. De plus, ils sont soumis à l’impératrice douairière Ci Xi, qui dirige en coulisse l’opposition à l’empereur, cherchant à reprendre le pouvoir.

En 1898, le sabotage par les Boxeurs d’un chemin de fer allemand entraîne une répression féroce de la part de ces derniers. Mais cette répression attise la haine des Chinois envers les Occidentaux, et permet au mouvement des Boxeurs de se renforcer.

Cependant, le gouvernement continue à ne pas prendre au sérieux les Boxeurs et leurs revendications. Il faut dire que la cour impériale, sise au coeur de la riche ville de Pékin, ne peut pas appréhender les soucis qui frappent les campagnes. Le budget de fonctionnement de la cour est phénoménal, et cristallise les protestations de certains Boxeurs, qui veulent la chute de la monarchie Qing. Les Occidentaux aussi tiennent un rythme de vie aisé, dans le quartier des légations, à côté de la Cité Interdite. Ils mènent une vie privilégiée, entourés de leurs domestiques chinois, et ne sont pas au courant du mouvement des Boxeurs qui s’étend dans les campagnes chinoises.

En 1899, l’alternance de sécheresses et d’inondations empêche toute récolte. Le bétail est décimé et la famine s’installe dans les campagnes. Pour les Chinois, c’est une malédiction lancée contre eux par les chrétiens. Le 31 décembre 1899, le missionnaire britannique Sydney Brooks est décapité puis jeté dans un fossé par les Boxeurs. C’est la première attaque contre un occidental revendiquée par les Boxeurs. L’annonce fait l’effet d’une bombe dans le quartier des légations. Sir Claude McDonald, ambassadeur britannique, décide de réunir les ambassadeurs occidentaux. L’opinion de ces derniers quand à la marche à suivre diverge : l’ambassadeur allemand prône une réaction énergique, l’ambassadeur français se préoccupe avant tout du sort des missionnaires, tandis que Sir McDonald se déclare en faveur d’une intervention commune des Occidentaux pour obliger le gouvernement mandchou à interdire le mouvement des Boxeurs. Cette décision renforcera l’autorité britannique sur le corps diplomatique occidental.

L’empereur Guangxu est bloqué : non soutenu par ses ministres, le pouvoir revient de fait à l’impératrice Ci Xi, qui gouverne derrière un rideau de soie. Ses ministres modérés veulent écraser les Boxeurs pour rentrer dans les bonnes grâces des Occidentaux, tandis que les ministres plus conservateurs voient dans ce mouvement une occasion de chasser les Occidentaux du pays. L’impératrice prend la décision de faire arrêter et exécuter les assassins de Sydney Brooks. Mais dans l’ensemble, le mouvement des Boxeurs est toléré par la cour : en effet, ils pourraient mettre à mal la monarchie si ils étaient réprimés. Ils peuvent donc agir librement. Les Boxeurs interprètent cela comme un soutien tacite de la cour impériale.

Au printemps 1900, le mouvement des Boxeurs a encore pris de l’ampleur. Ils clament maintenant “Vive la dynastie Qing, mort aux étrangers”. Le mouvement n’est plus anti-Qing comme à ses débuts. Ils veulent maintenant propager leur mouvement aux villes, où se trouvent les Occidentaux et les convertis chrétiens. En avril 1900, la communauté chrétienne de Pékin est victime de violences. Les Boxeurs se font de plus en plus menaçants…

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Les grandes expéditions de l’Empire Ming

05/12/2011 — by Cédric BEAU

Voyages de Zheng He

Lorsque la dynastie Ming succède aux Yuan en 1378, ils s’empressent de ramener la capitale à Nankin.

Deux courants sont alors actifs en Chine :  la Chine du Sud, maritime et commerçante, s’oppose à la Chine du Nord, agraire et continentale, qui prône l’autarcie et l’exploitation des ressources des campagnes et des fleuves.
Hongwu, le premier empereur Ming, est plutôt favorable aux idées du Nord. Pour lui, la mer est une menace d’où viennent les envahisseurs et pirates japonais et chinois. Il est interdit aux Chinois de se rendre à l’étranger, et les organisations de soutien au commerce sont supprimées. Il rétablit aussi la vassalisation.
L’Empire du Milieu se voit dans une position dominante par rapport à ses voisins qu’il considère comme ses vassaux. Les nations les plus faibles en tirent avantage : accès au marché chinois, protection d’un puissant voisin, confirmation du pouvoir en place. Les nations plus puissantes elles refusent de se soumettre, à l’exemple du Japon, qui rejette trois propositions de vassalisation, ou des royaumes d’Annam et de Champâ (au Vietnam actuel).
Hongwu rompt avec les choix stratégiques des dynasties Song et Yuan

La dynastie Song (960-1279) a développé le commerce maritime, contrôlé par des monopoles, des taxes d’importations et le droit de préférence. Cela découlait d’une logique simple : il valait mieux tirer profit du commerce international plutôt que d’accabler les paysans chinois avec des impôts lourds.
Les empereurs mongols Yuan se sont très vite maritimisés : en 1274 et 1281, ils tentent d’envahir le Japon (protégé par les vents divins Kamikaze).

Zhu Di, fils de Hongwu, devient empereur sous le nom de Yongle. Il souhaite renforcer l’image et la puissance de la Chine. Il entreprend pour ce fait de gigantesques travaux : construction de la Cité Interdite, achèvement de la Grande Muraille, et surtout organisation de grandes expéditions maritimes.
Pour se renforcer, l’élite mandarinale lui conseille de chercher des signes de vassalisation des nations étrangères. Le statut de vassal se manifeste par le versement d’un tribut lors d’une cérémonie au cours de laquelle les émissaires se prosternent devant l’empereur, lui remettant une somme d’argent ou des cadeaux dont la valeur réelle est avant tout symbolique.
Les vassaux traditionnels de la Chine sont la Corée, la Malaisie, Sumatra, Java (royaume de Majapahot). Cependant, la Chine a des vues sur d’autres pays : le Cambodge, le Siam, le Bengale et même l’Inde. Il s’agit pour ses pays de renforcer les relations diplomatiques, et non plus de renforcer la présence chinoise.
Les émissaires chinois envoyés au Moyen-Orient remettent des cadeaux aux dirigeants locaux dans l’espoir de nouer des relations plus étroites.
L’objectif affirmé de Yongle est d’imposer l’influence culturelle chinoise (on retrouve des traces du calendrier chinois, des œuvres confucéennes et de la médecine chinoise dans les pays traversés), mais aussi de faire une démonstration de force, car si aucune intention militaire n’est programmée, l’expédition n’hésite pas à recourir à la force (notamment au Sri Lanka en 1410). Des traces de techniques de pêche chinoises sont encore visibles en Inde de nos jours.
L’objectif est de concilier la Puissance (Wei) et la vertu (De), qu’il faut montrer au monde pour maintenir l’équilibre suprême.
Les intérêts commerciaux sont aussi au cœur de ces expéditions : les régions du sud de la Chine bordent ce que l’on peut appeler une « Méditerranée asiatique » (qui est en gros la mer de Chine méridionale), et qui constitue l’extrémité d’une route maritime millénaire. C’est une voie commerciale qui relie le Moyen-Orient au Pacifique. Le contrôle de cette route est donc un objectif majeur pour la Chine, car il s’agit d’assurer la libre circulation des marchandises afin de dégager des profits directs pour les commerçants et indirects pour le gouvernement, grâce aux taxes d’import/export. Pour ce fait, le trône interdit les initiatives privées et se réserve le droit exclusif du commerce international : seules les expéditions de Zheng He sont autorisées. Elles ouvrent le regard de la Chine sur le monde extérieur.

Zheng He est originaire du Yunnan (sud-ouest de la Chine). Musulman, fils d’un chef de tribu vaincu par l’Empire, il est châtré à 10 ans (ce qui est la coutume les fils de chefs vaincus par les Chinois) et devient eunuque à la Cour Impériale. Il gravit petit à petit les échelons, et devient grand eunuque impérial. Il se lie d’amitié avec l’empereur dans ses campagnes contre les Mongols. Sans expérience maritime, il est fait grand amiral de la flotte impériale. Il possède de ce fait les pleins pouvoirs politiques et économiques, faisant de lui le représentant de la dynastie.

En tout, Zheng He effectuera sept voyages en 1405 et 1433, qui l’emmènent de plus en plus loin vers l’Ouest. Certaines expéditions regroupent plus de 300 jonques et 30 000 hommes.

Tout le savoir géographique maritime est rassemblé, notamment avec l’aide de marchands du monde entier. Le matériel de navigation est composé de compas, boussoles, cartes maritimes et astronomique. Des points de repères précis servent à s’orienter (on ne se sert pas des points cardinaux). En haute mer, un simple bout de bois jetté à la mer sert à déterminer la vitesse des navires.
Des escales communes parsèment les voyages des trois premières expéditions, qui se limitent à la partie orientale de l’Océan Indien.

Les expéditions partent de Nankin (et des chantiers navals de Longjiang), font une première escale à Châmpa, puis Java, Palembang et Malacca. Après un arrêt au Ceylan (Sri Lanka), la flotte gagne Calicut, où elle réside plusieurs mois pour effectuer des transactions commerciales, en attendant que la mousson soit favorable pour reprendre la mer. Calicut est la plaque tournante du commerce asiatique, et fait le lien entre l’Europe et l’Asie. La route de la soie étant coupée par les Mongols, la voie maritime reste la seule solution.
Le détroit de Malacca étant infesté de pirates, Zheng He engage le combat pour les détruire. Leur chef sera capturé et emmené à Nankin où il sera décpité.
Les Chinois exportent de la soie et de la porcelaine (« or blanc »), et achètent des denrées rares : épices, encens.
Dans la seconde série d’expéditions (1414-1422), les Chinois s’aventurent à l’ouest de l’Océan Indien, à Ormuz (Golfe Persique), Aden (Mer Rouge), et même jusqu’à Djeddah (Arabie Saoudite).
Ce sont toutes des places commerciales de premier ordre, où l’on peut trouver divers minéraux (or, argent, cuivre, fer) mais aussi des pierres précieuses (saphir, rubis, ambre), des perles, des tapis et du sel.
Au printemps 1421, la sixième expédition est sur le départ. Plus exploiratoire que les précédentes, la flotte se divise en deux. Une partie rejoint Aden, et l’autre se dirige vers l’Afrique. La limite méridionale explorée, d’après les textes chinois, est le sud du Kenya. En 1414, le sultan du Kenya noue des relations avec la Chine (trace de monnaie chinoises retrouvées pendant des fouilles archéologiques). Certains auteurs n’excluent pas qu’ils aient pu passer le cap de Bonne Espérance. L’auteur anglais Galvin Menzies soutient même que les chinois ont découvert l’Amérique, thèse réfutée par de nombreux scientifiques, chinois compris).

Cependant, une forte réaction du corps des fonctionnaires traditionnels provoque un arrêt brutal des expéditions à la mort de Yongle en 1424, dont ils contestent le coût, ainsi que celui des campagnes contre les Mongols ou le transfert de la capitale à Nankin en 1421.
Pour eux, ces expéditions sont inutiles. La Chine n’a pas besoin des marchandises rapportées ni des cadeaux offerts par les puissances étrangères, qui bénéficient à l’empereur, sa famille et aux eunuques proches du trône (et non à eux fonctionnaires). Ces derniers sont jaloux des privilèges des eunuques et du rôle qu’ils jouent dans le gouvernement du pays. Ils favorisent le Grand Canal, ouvert en 1415, qui améliore grandement le transport fluvial en Chine. Les eunuques (dont fait partie Zheng He), sont eux de fervents partisans de ces expéditions maritimes. Ils parviendront cependant à organiser un septième voyage en 1430 avec l’arrivée au pouvoir de Xuande en 1425 qui veut renouer avec les œuvres de son grand-père Yongle, voyage durant lequel décédera Zheng He, à 62 ans, au large de l’Inde.
L’ordre sera donné après ce voyage de détruire la flotte, et toute trace du voyage : cartes et récits de navigation disparaissent des archives.

Entre la 6e et la 7e expédition, Zheng He fera édifier en l’honneur de la déesse des mers une stèle racontant ses voyages.

Après cela, l’Empire se replie sur lui-même au moment où les Européens lancent leurs opérations maritimes. La porte de la suprématie mondiale chinoise a été ouverte pendant trente années, mais s’est ensuite refermée pour 600 ans…

Jonque Zheng He

Détails concernant la flotte elle-même :

En 2003, dans la ville de Longjiang, des archéologues chinois assèchent de grands bassins laissés à l’abandon et dont l’origine et l’utilité sont inconnues. Ils y découvrent des piliers de bois enfoncés dans le sol, traces d’échafaudages qui prouvent la présence dans ces lieux d’un gigantesque chantier naval, et de cales sèches. Ces dernières sont en usage en Chine depuis 1070. Il faudra attendra la fin du XVe siècle pour voir leur apparition en Angleterre. Des écluses permettent aux navires construits de se rendre sur le fleuve Yangtze tout proche.
Ce chantier est le plus important de l’Empire avec celui de la Grande Muraille. Il regroupe plus de 20 000 experts et autant d’ouvriers. Ces derniers parviendront à construire en deux ans plus de soixante jonques.
La jonque est un navire a fond plat, stable et manœuvrable, qui peut naviguer aussi bien sur mer que sur voie fluviale. Il est composé de cloisons étanches qui isolent les compartiments entre eux, apportant plus de stabilité et de sécurité au navire. Cette « technologie » est inspirée du bambou, et ne sera développée en Europe qu’au XIXe siècle !
Des forêts entières sont rasées pour construire la flotte. Du bois est acheminé de tout le pays.

Les plus grands navires de la flotte sont les bateaux trésors, qui mesurent plus de 140m de long et 60 de large, et sont manœuvrés par des rames de 11 mètres. Neuf mâts permettent au navire de profiter des vents. A titre de comparaison la Santa Maria faisait 28m de long.

Au total la flotte sera composée de plus de 300 navires de différents types : ravitailleurs, transports des marchandises, navires trésors, etc. En mer, elle est divisée en flottilles pour plus de manœuvrabilité.
Pour nourrir la flotte, au fur et à mesure de l’appauvrissement des provision, les chinois font preuve d’ingéniosité : des navires transportent de grandes cuves d’eau potables, d’autres du bétail, et certains servent même à la culture du soja (dont la teneur en vitamine C des jeunes pousses permet d’éviter le scorbut). Scorbut qui ne sera annihilé en Europe qu’au XVIIIe grâce à James Cook qui emmène dans ses voyages agrumes et choux.
En cas de maladie, les mourants sont jetés par dessus bord ou déposés sur les rivages abordés avec quelques provisions. Un décret impérial interdit aux hommes de mourir à bord !
Les bateaux trésors servent de vitrines à la Chine. Ils permettent de donner des représentations en l’honneur des invités et d’épater ces derniers, facilitant les négociations diplomatiques. De plus, la flotte a une fonction dissuasive. Elle permet à la Chine de développer un réseau international d’échanges et de relation.

Des émissaires étrangers reviennent avec la flotte chargés de cadeaux pour l’empereur. En 1421, pour l’inauguration de la Cité Interdite, 100 émissaires de trente pays reviennent de la cinquième expédition (une girafe est offerte en cadeau à l’empereur).

Brèvesold

Gros plan sur la Cité Interdite

23/11/2011 — by Cédric BEAU

Suite à l’article sur Reginald Johnston, il est judicieux de donner quelques informations sur ce qu’est la Cité Interdite. Symbole incontournable de la Chine impériale, la construction de la cité fut ordonnée par Yongle, troisième empereur Ming, en 1406. Il souhaitait par là renforcer le pouvoir impérial à Pékin, où la capitale avait été transférée depuis 1402 (après être retournée momentanément à Nankin). Pourquoi Pékin ? Car la menace mongole est toujours présente, et que dans un soucis de réactivité, Yongle décide de placer la capitale de l’empire aux confins des mondes chinois et barbares. Cette installation au nord, loin du sud prospère et peuplé, va renforcer petit à petit le sentiment d’éloignement du pouvoir, et son mysticisme.

Pendant près de 500 ans, les empereurs Ming, puis Qing, vont se relayer sur le trône du Dragon, sis au milieu de la Cité Interdite. Symbole de la puissance impériale, la cité est aussi le symbole de l’harmonie censé régner sur la Chine. Toutes les salles principales sont orientées au sud, pour permettre aux effets bénéfiques du Yang de pénétrer dans les demeures, tandis que les pièces privées sont orientées au nord (le Ying) et les dépendances à l’ouest et l’est. Tout est symétrie dans la cité : un axe où se trouve les principaux palais coupe la cité en deux, et de chaque se trouve des bâtiments quasi-parallèles. Le palais est entouré de remparts en briques de 10m de haut, avec des douves de 50m de large. Le pourpre, présent sur les bâtiments et les remparts, est la couleur de la joie et du bonheur. C’est aussi la couleur de l’étoile polaire, centre de l’univers selon la cosmologie chinoise. Ce qui donne l’épithète « Cite pourpre interdite » / Zijincheng.

De dimensions gigantesques, la cité fait 720 000m² (950m de long sur 760m de large). Il a fallut plus de 200 000 ouvriers pour la construire, avec des matériaux venant de tout l’empire. Malgré des modifications et des rénovations incessantes, la disposition de l’ensemble n’a pas changé depuis le XVe siècle. C’est la plus grande construction en bois du monde de nos jours. Elle a été classé au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1987.

Petite visite guidée :

Tout d’abord il faut savoir que l’on pénètre à pieds et en tenue de cérémonie dans la cité.

Un vaste périmètre sépare la Porte de la Paix Céleste (Tian’anmen), entrée méridionale de la Cité Impériale, de celle de la Cité Interdite, la Porte du Midi (Wu men)

Wu Men : c’est une construction massive en forme de fer à cheval. Des ailes fortifiées renferment tambours et cloches. On battait le tambour quand l’empereur se rendait au temple des Ancêtres impériaux et les cloches quand il allait dans les autres lieux du culte impérial.

La Porte du Midi sert à faire entrer les dignitaires lors des grandes cérémonies rythmées par les tambours. C’est là qu’ils recevaient la bastonnade en cas de punition.

La Porte du Midi s’ouvre sur une cour de 200m de long sur 130m de large, traversée par la rivière des Eaux d’or (Jinshui he). Au fond se trouve la Porte de l’Harmonie Suprême (Taihe Men).

Salle de l’Harmonie Suprême (Taihe Dian) : symbole de la rectitude impériale. C’est là qu’on célébrait les événements marquants de la vie de l’Empire : couronnement d’un nouvel empereur, mariage, anniversaire, cérémonies du nouvel an lunaire et du solstice d’hiver, proclamation des résultats des examens impériaux, nomination des généraux. C’est là que se trouve le Trône Impérial. Le monarque y préside les cérémonies, y reçoit les hommages, dans un siège situé sous une perle géante.

Salle de l’Harmonie du milieu (Zhonghe dian) : C’est là qu’on rédige les avis qui devaient être lus dans les temples impériaux. C’est là qu’on présente au souverain les instruments aratoires et les semences pour les antiques rites agraires.

L’Empereur loge dans le Palais de la pureté céleste (Qianqing jong). C’est là que réside le cercueil de l’empereur à sa mort. Il y déposait aussi, derrière la tablette honorofique du palais, dans une boite scellée, le nom de celui qu’il estimait digne de lui succéder. Et il portait sur lui un double de ce parchemin.

Les jardins impériaux (Yahua Yuan) donne une image idéalisée de la nature. Une colline artificielle permet de voir au-delà des murs de la Cité. De nombreux temples parsèment la cité et les jardins : temples taoïstes et aussi bouddhistes.

Tous les services sont sur place : entrepôts, cuisines, buanderies, ateliers d’art, écoles, terrains d’entrainements, réserves d’armes d’apparat, bibliothèques.

Le dragon est omniprésent dans la décoration de la cité interdite : symbole de l’empereur, il est censé veiller sur lui. Des statues de lions gardent l’entrée des bâtiments principaux.

Petit anecdote : l’ensemble des pièces qui composent la Cité Interdite s’élève à 9999.

Brèvesold

Au coeur de la Cité Interdite : un écossais à la Cour de Puyi

21/11/2011 — by Cédric BEAU

La Cité Interdite a longtemps été l’objet de nombreux fantasmes de la part des Occidentaux, qui, intrigués par les évènements qui se déroulaient au-delà de la Porte du Midi, ont entretenu les rumeurs les plus folles.

Lorsqu’en 1919, Reginald F. Johnston est nommé précepteur du jeune empereur Puyi ; nonobstant le fait qu’il soit le premier “étranger” à obtenir ce poste ; il entame le récit de son séjour dans la Cité Interdite : Au coeur de la Cité Interdite, publié en 1934. Cet ouvrage, unique en son genre, dévoile au grand jour le fonctionnement d’une cour d’un autre temps, soumise aux rites centenaires qui la rythment, mais aussi une cour qui subit de plein fouet les mutations de son temps.

Le 12 Février 1912, Puyi abdique pour la première fois (il abdiquera une seconde fois en 1917 après une restauration de 10 jours), laissant place à la République de Chine. Cette dernière, soucieuse de ne pas s’aliéner une frange de la population toujours favorable aux Qing, propose à l’Empereur les “Articles veillant au traitement favorable de l’Empereur après son abdication” : Puyi conserve son titre d’Empereur (mais ne gouverne plus), il a le droit de rester dans la Cité Interdite (seulement dans la cour intérieure), une rente lui est versée par l’état. De fait, la vie dans la cité ne change pas : Puyi, entouré d’eunuques et de servants, est à la fois prisonnier du cérémonial, mais aussi des murs de la Cité Interdite. Durant cette période, les précepteurs et les eunuques chargés de son éducation vont lui raconter les légendes chinoises et mandchoues, qui font de lui le fils du Dragon, élu des dieux et propriétaire du Mandat Céleste lui donnant le droit de régner sur l’Empire du Milieu. Cependant, après un certain temps, la Cour juge nécessaire que l’Empereur soit initié aux choses du monde, et notamment l’anglais. C’est pourquoi elle signe un accord avec les représentants du gouvernement britannique en Chine pour que ces derniers envoient à la Cour un lettré, qui sera chargé de l’enseignement de la langue et de la culture anglaise auprès de l’Empereur. Mais celui qui devait à l’origine n’être qu’un simple professeur de langues va vite s’imposer comme le tuteur et le conseiller de Puyi.

Avant d’arriver en Chine, Réginald Johnston a étudié à l’université d’Édimbourg et d’Oxford. En 1898, il est envoyé à Hong-Kong travailler dans les services coloniaux, puis à Weihaiwei. C’est durant ce long séjour en Chine qu’il apprend le mandarin (qu’il parle couramment), et qu’il commence à s’intéresser à l’histoire de la Chine et à sa poésie. Il est donc un candidat tout désigné pour être envoyé auprès de Pékin par les plénipotentiaires britanniques.


Son ouvrage commence avant son arrivé à la Cité Interdite, où il relate ses connaissances de la maison impériale mandchoue et la rencontre qu’il a vécu avec le père de Puyi avant son intronisation comme précepteur. Il le continuera même après la fin de sa mission, en 1924, donnant son point de vue sur la situation de la Chine des années 20-30.

On découvre dans cet ouvrage un certain sentiment d’émerveillement de la part de Réginald Johnston, qui, on le voit au fil de la lecture, s’attache à la Cour Impériale, et notamment à la personne de l’empereur. On peut aussi voir l’influence bénéfique qu’il a sur le dernier des Qing : il réussit à le convaincre d’abandonner certaines traditions sur-années (comme le port de la natte), le détache de l’influence malsaine des nombreux eunuques de la cour (notamment après l’incendie du Palais de la Prospérité Réciproque, attribué aux eunuques qui ont ainsi voulu détruire les preuves des vols qu’ils commettaient), il l’initie à la politique internationale et à l’histoire du monde. Sous son influence, Puyi choisira même le nom de règne de Henry, comme les rois britanniques le faisaient à une époque.

Le récit de Réginald Johnston est d’autant plus précieux qu’il nous montre, avec un regard extérieur, le fonctionnement de la Cour Impériale, qui n’a pas changé depuis des centaines d’années, ni même avec l’abdication de l’Empereur. On y voit alors que la Cour est cloisonnée, voir emmurée dans ses traditions, qui lui interdissent toute réaction spontanée, et qui explique comment la dynastie Mandchoue a pu se laisser déborder par les évènements qui ont conduit à sa chute.

En 1924, Puyi est forcé de quitter la Cité Interdite et de se réfugier dans le palais de son père. C’est là que s’arrête la mission de Réginald Johnson, qui continuera à entretenir une grande amitié avec l’Empereur. Il le verra une dernière fois en 1930, avant son retour en Angleterre. Grand admirateur de la Chine, l’écossais plantera lui-même et aménagera un jardin chinois sur son domaine, où flotte jusqu’à sa mort le drapeau au dragon de la dynastie Qing.

Pour ceux qui comme moi s’intéressent donc à cette époque troublée de la Chine et notamment à Puyi, je conseille fortement le livre de R.Johnston (disponible sur Amazon), ainsi que le film de Bernardo Bertolucci : Le Dernier Empereur, sorti en 1987, avec un magistral Peter O’Toole dans le rôle de Réginald Johnston.

Brèvesold

Puyi, le dernier Fils du Ciel

23/09/2011 — by Cédric BEAU

Comme on a pu le constater dans les précédents articles traitants de la révolution chinoise, le déclin de la dynastie Qing s’est amorcé dès la deuxième partie du XIXe siècle. Les événements qui ont mis à bas l’Empire se sont accélérés dès le début du XXe siècle, et finalement la dynastie impériale fut définitivement déposée au profit de la République.

Mais qui était donc Aixinjueluo Puyi, ce dernier empereur ?

Né le 11 février 1906, il est le fils du second prince Chun, Zaifeng. Il succède en 1908 à l’empereur Guangxu. Selon la rumeur, Ci Xi a fait empoisonner ce dernier qui faisait preuve de trop de « libéralité » pour le conservateur gouvernement mandchou. Souhaitant reprendre les choses en mains, elle faire asseoir Puyi, alors très jeune, sur le trône du Dragon. Mais Ci Xi expire le lendemain du couronnement de Puyi !

Une fois Puyi au pouvoir, le second prince Chun chasse Yuan Shikai, le seul à pouvoir rétablir la situation au profit des Mandchous. Dans le même temps, les républicains, qui forment le Guomindang (parti démocratique nationaliste), et la révolte embrase le pays. Isolé dans la cité impériale, le parti mandchou, et le régent Chun, rappelle Yuan Shikai pour mater la révolte. Ce dernier parvient à obtenir, fort du soutien de l’armée, la démission du prince régent, et l’abdication de la dynastie Qing le 1er février 1912.

Puyi, alors âgé de 6 ans, appose le sceau impérial sur l’édit proclamant la fin de la plus ancienne monarchie du monde. Il se voit allouer une rente, et est autorisé à séjourner dans la Cité Impériale, tout en conservant son titre d’empereur, qui n’est plus que symbolique. En 1919, Reginald F. Johnston, précepteur écossais, est appelé au service de Puyi. Il est le premier étranger que Puyi voit depuis sa naissance. Johnston initie Puyi à la culture occidentale, découvre la bicyclette et choisit comme nom européen Henri. Il coupe même sa natte, symbole mandchou par excellence.

Mais suite à la période troublée des Seigneurs de la guerre qui se battent pour le territoire, Puyi doit fuir la Cité Interdite le 5 mars 1924 pour se réfugier à la légation japonaise. Là, il noue des contacts qui feront qu’il sera proclamé Empereur du Mandchoukouo (c’est-à-dire la Mandchourie, conquise par les Japonais et érigée en état fantoche indépendant par ces derniers). Il jouera ce rôle jusqu’en 1945, où il tentera de fuir au Japon, mais sera arrêté par les troupes soviétiques et remis aux autorités chinoises en 1950.

Les communistes l’enferment pendant 9 ans dans le centre d’internement de Fushun. Devenu un bon citoyen communiste, il rédige son autocritique. Il est amnistié le 18 octobre 1959, et devient employé du jardin botanique de Pékin, avant de devenir archiviste au bureau des affaires culturelles, puis enfin de siéger au Congrès national du peuple chinois en 1962. Puyi décède le 17 octobre 1967, et fait son entrée au Panthéon des héros communistes en 1980 ! Ses cendres reposent auprès des autres héros de la révolution communiste.

Ainsi se termine la vie de celui qui fut deux fois couronné empereur, et qui finit jardinier à Pékin.

A tous ceux qui s’intéressent au sujet, je ne recommanderais jamais assez de voir le film « Le Dernier Empereur », de Bernardo Bertolucci et sorti en 1987.