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Les 3 Royaumes : Mythe et Histoire.

25/05/2011 — par Cédric BEAU

L’histoire de la Chine est parsemée de guerres, qui ont forgées des légendes si durables qu’elles perdurent encore de nos jours. Parmi elles, la guerre dites des « Trois Royaumes » (220-265 de notre ère) est sans doute la plus connue, et la plus exploitée par les Chinois : pour preuve le film de John Woo « Red Cliff », sorti en 2009.

Si l’histoire des Trois Royaumes est si connue en Chine, et dans l’Asie toute entière, c’est qu’elle est relatée dans un ouvrage faisant parti des quatre « Histoires »*, avec le Shiji, le Han Shu et le Hou han shu : le Sanguo Zhi ou Chroniques des Trois Royaumes.

Cet ouvrage, écrit au IIIe siècle par Chen Shou (et complété par  Pei Shongzhi) , a fortement inspiré Luo Guanzhong pour son roman «Histoire des Trois Royaumes », écrit au XIVe siècle.

La période des Trois Royaumes s’étend de 220 (chute de la dynastie Han) à 265 (avènement de la dynastie Jin). Durant ces quarante-cinq années, trois grandes puissances vont s’affronter : le royaume du Wei, au Nord, avec à sa tête le Premier Ministre Cao Cao, qui évince de facto l’empereur Han Xiandi du pouvoir ; le royaume du Wu dirigé par Sun Quan, au sud-est ; et le royaume du Shu, au sud-ouest, avec à sa tête Liu Bei (qui évince son cousin Liu Zhang du pouvoir).

Les royaumes du sud ont à la tête de leurs armées deux hommes hors pairs : le stratège Zhuge Liang pour les armées du Shu, et le général Zhou Yu pour le Wu.

Mais les débuts de ce conflit remonte jusqu’en 184, et la révolte des Turbans Jaunes, suite à une révolte des notables et d’eunuques du palais impérial. L’Empire éclate alors en plusieurs parties, dirigée chacune par un seigneur de guerre se faisant appelé roi ou empereur. Cao Cao va déclencher plusieurs opérations militaires sous prétexte de réunifier l’Empire.

L’apogée de cette guerre aura lieu en 208 après J.-C., avec la bataille dite de la Falaise Rouge ( Chi Bi / 赤壁), qui verra l’avancée des troupes de Cao Cao stoppée par la coalition des troupes du Wu et du Shu. Cette bataille met en exergue tout le talent de stratège de Zhuge Liang, qui parvient, malgré une infériorité numérique criante, à repousser les armées de Cao Cao et à détruire sa flotte par le feu, indispensable pour traverser le fleuve. Le feu dévorant les bateaux éclaire la falaise qui surplombe le champs de bataille, donnant ainsi le nom de « Falaise Rouge ».

Cao Cao stoppé dans sa conquête, les royaumes du Wei, du Shu et du Wu se partagent donc le pouvoir en Chine.

Mais cela ne va pas durer. Les trois royaumes sont gouvernés par des personnages charismatiques, incarnations des valeurs chevaleresques de l’époque pour les royaumes du Sud. De plus, l’alliance du Shu et du Wu est temporaire (« l’ennemi de mon ennemi est mon ami »), et une fois Cao Cao vaincu, Sun Quan et Liu Bei font se faire la guerre pour le contrôle de la province de Jing (anciennement occupée par le Wei). Sun Quan tentera plusieurs fois de faire assassiner Liu Bei.

Une fois Zhuge Liang décédé, le royaume du Shu ne possède plus de stratège compétitif à sa tête (hormis son disciple Jiang Wei, qui tentera vainement d’envahir le Wei), tandis que le fils de Sun Quan, Sun Liang, n’a pas la carrure de son père pour incarner le royaume du Wu. Cao Cao lui-même est renversé par le Sima (issus d’une famille d’anciens stratèges du Premier Ministre). Ces derniers finiront par prendre la capitale du Shu, Chengdu, en 265, marquant la fin de la période des trois royaumes et l’avènement de la dynastie Jin avec pour empereur Sima Yan. Le royaume du Wu finit quand à lui par être conquis en 280 par les Jin.

On peut donner à l’Histoire des Trois Royaumes l’équivalence de l’Illiade pour l’importance culturelle : c’est une épopée mythique, mais sous couvert historique. Chaque héros, de par son nom, sa description physique et ses actes, se retrouve propulsé dans une dimension mythique, à portée universelle. Ainsi, Zhuge Liang (qui peut être traduit par « Lumière de la Raison ») obtient dans ces textes le statut de parangon du grand stratège omniscient, incarnation des valeurs chinoises et respectueux des traditions, tandis que Liu Bei (« Vertu Cachée ») se veut lui un modèle de générosité, de vertu et de droiture. A l’opposé, Cao Cao peut à la fois faire preuve de cruauté comme de générosité (mais cette dernière sera toujours calculée pour son profil personnel). Il fait preuve d’un esprit fourbe et dévoyé, et aura le destin qu’il mérite : il succombe selon les textes à une tumeur cérébrale.

L’Histoire des Trois Royaumes est donc un texte d’importance capitale pour la culture chinoise : mythe fondateur connu par des nombreux chinois, il est encore enseigné aujourd’hui dans les écoles.

A travers lui, il est possible de mieux appréhender et comprendre la société chinoise et les valeurs auxquelles elle se réfère encore aujourd’hui.

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