Culture chinoise [n]old

Dimension Chevalerie Chinoise, de Romain d’Huissier et Nicolas Henry

06/02/2015 — par Cédric BEAU

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Culture chinoise [n]old

Dimension Chevalerie Chinoise, de Romain d’Huissier et Nicolas Henry

06/02/2015 — par Cédric BEAU

Extrêmement populaires en Chine, le wuxia zhuan (« Histoire de preux ») et son pendant cinématographique le wuxia pian restent encore trop méconnus en France, et ceux malgré le succès croissant des films de sabres chinois. Cette littérature riche, envolée et poétique, a pourtant tout pour plaire au public français amateur de capes et d’épées.
C’est pourquoi l’ouvrage publié par Rivière Blanche sous la direction de Roman d’Huissier et Nicolas Henry, le premier en son genre, est un modèle à suivre. Tout d’abord car il s’adresse au grand public (même si il ravira les puristes) : en effet, le livre commence par un rapide exposé du genre du wuxia zhuan, ses origines, ses courants, ses titres-phares, ses codes, avant de basculer du côté du cinéma et des réalisateurs comme Tsui Hark. Ainsi donc, pas besoin de maîtriser les codes du genre pour saisir tout le talent contenu dans les nouvelles de ce recueil, il suffit de lire cette préface et de se laisser bercer par la poésie des textes.

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La couverture, qui ne rend vraiment pas hommage au contenu…

Ceux-ci sont de très bonnes qualités, même si certains sortent vraiment du lot, à l’instar du texte d’Estelle Faye, Madame Sang, ou celui de Nicolas Henry, le Jade brisé. Chacun à leur manière, ils parviennent à capter et extraire l’essence du wuxia zhuan : ses personnages charismatiques et torturés, tout en nuances de gris ; son atmosphère où se mêlent mythes et réalité ; ses méchants tous plus machiavéliques les uns que les autres ; et ses paysages enchanteurs. Les dix nouvelles de l’ouvrage couvrent l’éventail des possibilités offertes par le genre, et on découvrira par exemple que même la vengeance la plus légitime peut se trouver corrompue par de nobles raisons…
Les nouvelles se lisent vite, sans temps mort, et on a souvent l’impression d’être happé dans l’action, tel l’un des nombreux figurants qui composent les films de sabres chinois. Le format court offert ici n’a que des avantages : on est directement au cœur du sujet, et tout s’enchaîne à la vitesse du vent, comme un combat chorégraphié à la perfection. C’est beau, c’est propre, et surtout, ça donne envie de ressortir son DVD de Hero ou de Tigre et Dragon.
Finalement, le seul point négatif que l’on trouvera à l’ouvrage sera cette couverture sortie tout droit des dix-huit enfers chinois, et qui ne rend absolument pas honneur aux textes contenus dans ce livre. Mais peu importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse…
Dimension Chevalerie Chinoise est donc une excellente initiative, très bien menée et présentée, qui vaut vraiment le détour, aussi bien pour les curieux que pour les initiés du genre. Il ne reste plus qu’à espérer d’autres initiatives du même genre chez l’éditeur !

 

NB : Chronique publiée à l’origine, par mes soins, sur Elbakin.net