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Télévision chinoise

[Podcast] Interview de Jean Stock, créateur de Luxe.tv

15/10/2012 — par Cédric BEAU

Dans le podcast du jour, j’ai la chance d’interviewer Jean Stock au sujet de la chaîne Luxe.tv, qui vient d’être lancée sur le web chinois. Découvrez cela maintenant ou téléchargez le podcast :

Jean : Je me prénomme Jean, mon nom de famille est Stock. Je suis français, Lorrain d’origine. J’ai commencé très jeune dans le monde de la télévision, en utilisant une caméra notamment pour financer mes études, et ensuite j’ai gravi quelques échelons dans le groupe RTL, côté télévision et côté radio, pour prendre des responsabilités. Après, le rôle de producteur lors de la naissance de la session de midi. J’ai été journaliste, présentateur du journal télévisé, directeur de programme et finalement le groupe RTL m’a envoyé à Paris pour lancer M6 aux côtés de Jean Drucker et Nicolas de Tavernost

Après deux trois années en France pour M6, le groupe RTL m’a rappelé pour être responsable des activités télévisuelles en Europe. C’était le moment où se développait en Allemagne la chaîne RTL+, lancer en Hollande la chaîne RTL4, et puis finalement on m’a nommé aux Etats Unis comme président de la représentation du groupe RTL. Et ensuite je suis revenu en Europe pour prendre tour à tour la responsabilité des activités audiovisuelles du groupe HAVAS. C’était le moment ou le groupe HAVAS controlait Canal+.

Et ensuite pour prendre la présidence de la chaine mondiale en français TV5. Finalement, l’Eurovision (L’UER), la plus grande union au monde qui fait le concours Eurovision de la chanson mais qui fait surtout des échanges tous les jours d’actualité à travers le monde entier, m’a proposé d’être secrétaire général de ses activités à Genève. Et au terme de ce mandat, j’ai pensé qu’il serait intéressant de combler un vide. En effet, dans le domaine de la télévision il n’y avait pas de chaîne consacrée au secteur du luxe. J’ai donc créé Luxe TV, au bout de 3 ans j’en ai vendu le contrôle, mais malheureusement le repreneur n’était pas à la hauteur, ce qu’il fait qu’il me devait de l’argent et lorsqu’il a fait faillite le tribunal de commerce m’a proposé comme premier créancier, de reprendre la chaîne, ce que j’ai fait.

Et deux ans plus tard, je pense que nous sommes sur la bonne voie.

Cédric : Luxe.tv, ça date de quelle année?

Jean : Luxe TV est née en 2006, donc la chaîne a 6 ans mais depuis 2 ans je l’ai complètement repositionnée. Elle propose tous les jours, toutes les heures, une évolution du traitement de l’actualité du secteur du luxe et de l’art de vivre.

Cédric : Et pourquoi le domaine du luxe? Il y a pas mal de domaines sur lesquels il n’y a pas de télévision, pourquoi le luxe ?

Jean : J’ai essayé de réfléchir dans le cadre de mes double fonctions de président de TV5 et de secrétaire général de l’UER, à la réponse à la question suivante : quel type de chaîne peut aller partout dans le monde, à priori sans contraintes, et répond à une attente au niveau des téléspectateurs.

Je n’ai trouvé que deux types de chaînes qui pouvait circuler librement dans le monde : les chaînes consacrées au sport et les chaînes consacrées au luxe. En effet, prenons le secteur des enfants, les dessins animés sont régulés dans toute une série de pays, on ne peut pas y mettre de publicités. Vous prenez le secteur de la fiction, il y a des quotas. Vous prenez le secteur de l’information, il y a des pays où il y a de la censure, sinon de l’auto-censure etc.

Et en fait, il restait deux secteurs qui permettaient d’aller partout : le sport, mais tout avait été fait ; et le luxe, et là j’ai constaté que rien n’avait été fait. Au départ c’était une démarche pure de marketing.

Cédric : Alors, le développement de luxe.tv est assez récent en Asie, et spécifiquement pour le public chinois. Cela fait combien de temps ?

Jean : Nous sommes montés sur le satellite Asia 5 après 2 années. Nous étions d’ailleurs la première chaîne en Haute Définition en MP4 sur ce satellite, qui va de la Nouvelle Zélande jusqu’au Kénya, en passant par l’URSS et bien sûr tout le territoire chinois.

Mais, en Chine, la réception des satellites est régulée. Elle est limitée aux quartiers diplomatiques et aux hôtels de trois étoiles et plus. Donc la seule solution pour proposer notre contenu, est de créer une plateforme vidéo où les téléspectateurs de Chine -et ils sont nombreux- viennent découvrir l’actualité mondiale dont l’actualité de leur pays. Jusqu’à présent on proposait ces vidéos qui étaient proposées par ailleurs sur différents canaux dans le monde en télévision sur le Web en anglais et en français.

Et depuis quelques jours, on les propose en chinois après avoir constaté que régulièrement il y avait plus de contacts sur notre site web venant de Pékin que de Paris.

Cédric : Effectivement, il y a un sacré potentiel! C’est comme cela que vous vous êtes orientés plus spécifiquement sur la Chine? Car on aurait pu dire que le Japon par exemple sont aussi des gros consommateurs de luxe?

Jean : Oui, au Japon nous y sommes sur certains réseaux et par Internet, et vous avez raison, pour pénétrer fortement au Japon il faut émettre en japonais. Mais comme nous étions déjà sur un satellite au départ de Taiwan, aujourd’hui en anglais et en français, nous avons considéré qu’il fallait donner la priorité aux chinois sur les japonais.

Cédric : Actuellement, le chinois n’est donc pas diffusé par satellite, il ne l’est que par Internet?

Jean : Pour le moment, à l’heure qu’il est, le chinois n’est proposé que sur Internet, mais dans quelques jours lorsque nous aurons traduit une programmation de la totalité du week end, les week ends seront en chinois en ce qui concerne nos rubriques Luxe.Thisweek et Luxe.Thismonth

Cédric : C’est vraiment un gros développement

Jean : C’est à dire que l’originalité de notre chaîne c’est que nous disposons de tous les droits de diffusion, pour tous les pays dans toutes les langues, pour tous les supports sans limitation de durée. Donc nous pouvons sur le Web faire toute une série de version, aujourd’hui il y a 14 versions différentes selon les territoires et les langues, avec des serveurs à Singapour pour l’Asie, à Luxembourg pour l’Europe et à Philadelphie pour les Etats Unis.

Pour la télévision c’est un peu différent, parce qu’il y a un signal commun qui s’appelle le signal internationa, sur lequel il y a une image et plusieurs pistes son. Donc nous ne pouvons pas handicaper la programmation anglaise et française qui connait un grand succès aujourd’hui, avec un développement chinois tant que nous n’avons pas la quasi totalité d’une heure doublée.

L’heure en question est composée de différents éléments, et donc petit à petit ces éléments sont en train d’être doublés, et je pense que pour le début novembre, vous aurez pendant le week end Luxe.Thisweek intégralement en chinois.

Cédric : Et le public visé en Chine, c’est quoi?

Jean : Le public visé en Chine comme ailleurs n’est pas nécessairement le public acheteur 365 jours par an du luxe. On note, lorsque l’on fait des sondages hors Chine, que nous avons deux publics très importants : le premier est le public des jeunes et des étudiants, qui nous regardent pour rêver. Le deuxième, c’est le public relativement aisé, de 35 à 50 ans. Et c’est seulement ensuite que l’on trouve les gens qui sont installés dans la vie, qui ont de l’argent.

Donc nous sommes une vraie chaîne de télévision qui élargit le cercle autour du téléviseur, et accessoirement autour de l’ordinateur ou de l’iPad iPhone, en touchant des gens qui normalement regardent des émissions de télévision, l’actualité, les films, les séries, et qui nous consomment comme une télévision de complément.

Nos pics d’audience en heure locale sont l’après midi, et au cours de la deuxième partie de la soirée, avec les audiences les plus importantes pendant le week end.

Cédric : C’est comme un divertissement, surtout pour faire rêver…

Jean : Oui, c’est un spectacle, parce que le luxe travaille beaucoup ses images, et l’originalité de la chaîne c’est qu’elle ne fait pas que des images en mouvement, elle met aussi en mouvement toutes les fantastiques images fixes, les photographies, qui existent dans le monde du luxe. Et cette approche nous permet par exemple de faire des version spéciales pour le nouvel iPad qui a une définition qui dépasse de loin ce que l’on fait en télévision aujourd’hui, donc nous pouvons aujourd’hui développer des fichiers numériques pour ce genre de développements du monde, de l’ordinateur et des tablettes.

Cédric : Et quelle est la vision de la chaîne sur l’avenir, spécifiquement pour la Chine, c’est quoi?

Jean : Alors pour la Chine, c’est de finaliser un accord avec un partenaire chinois, qui nous apporte ce que nous n’avons pas aujourd’hui. Aujourd’hui nous avons les droits pour la Chine mais nous n’avons pas l’expertise pour exploiter ces droits pour la Chine, au profit d’abord de notre partenaire chinois.

Donc nous travaillons à trouver ce partenaire, et donc cette arrivée du fond chinois est comme on dit sur le marché américain une “early entry”, avant certainement une déclinaison des reportages sur d’autres supports que le satellite ou Internet, des supports dits de “proximité” en Chine

Cédric : Sur les boxes, les choses comme ça?

Jean : Exactement, sur les boxes ou sur les chaînes régionales. Nous avons déjà des gens qui nous ont approchés sachant que nous avons aujourd’hui la plus grande bibliothèque au monde d’images du secteur du luxe, car au départ quand nous avons démarré la chaîne, nous avons fait le choix de la haute définition donc c’était un choix courageux, il y a 6 ans, et c’était le tout début de la HD. Et comme il n’existait aucun marché d’images en HD, nous avons tout produit. Et aujourd’hui nous sommes propriétaires de nos images. Ce qui fait que nous pouvons quelque part offrir à un partenaire une potentialité de développement assez spectaculaire

Cédric : C’est vrai que vous êtes des pioniers ici, encore une fois

Jean : C’est à dire que nous avons fait une analyse très sereine de la situation, et on a considéré que on ne pouvait pas proposer une chaîne sur la base de ce qui existe lors des marchés des programmes. Puisqu’il y avait beaucoup de programmes sur le marché, donc on l’a créée à partir de zéro.

Cédric : C’est une belle histoire, il y un bel avenir qui est prévu pour la chaîne

Jean : C’est certain que l’étape chinoise fait partie de la construction de cet avenir, en juillet dernier nous sommes montés sur la deuxième plateforme aux Etats Unis de diffusion par satellite, à l’initiative de cette plateforme. Donc pas à pas, la chaîne devient mondiale, et d’ors et déjà, le lobe au sol du satellite américain touche en Alaska le lobe au sol du satellite asiatique. Comme par ailleurs il y a un satellite en Europe, nous couvrons déjà les 24 fuseaux horraires.

Cédric : Cela fait effectivement une belle couverture. Est-ce que vous pourriez me rappeler rapidement le nombre de téléspectateurs que vous avez

Jean : Alors, la chaîne peut donc être captée aujourd’hui par satellite, par l’IPTV, ou par fibre, et bien sûr aussi par câble. Donc aujourd’hui nous touchons 53 millions de foyers et ils ont accès à notre chaîne dans 137 pays qui sont dans l’empreinte des satellites. La première zone au monde est le monde arabe, où nous sommes en clair sur un satellite
avec 23 millions de foyers, puis les USA avec 14 millions de foyers, la France où un foyer sur deux nous capte : cable, IPTV et TNT, cela fait 11 millions. Puis on passe à l’Asie en Corée du Sud qui est le premier territoire avec 1,8 millions de foyers, et ensuite on a des développements en Malaisie, au Vietnam etc.

Et quand vous comptez tous ces foyers en multipliant par le nombre d’habitants par foyer dans ces différents pays, on trouve un peu plus de 150 millions de personnes qui ont aujourd’hui un accès direct à cette chaîne, hors fonctionnement des vidéos sur le réseau Internet

Cédric : Et d’ailleurs, en Chine, quels sont les chinois, de quelles villes, quelles régions, qui sont intéressés par cette chaîne du luxe?

Jean : Aujourd’hui, on ne peut que regarder ce qui ce passe sur Internet, et on note que toute la facade Est nous consomme, avec une profondeur à l’intérieur du territoire qui est proche de 1000 km. Donc, c’est là que la chaîne à travers ses sujets offerts sur Internet a d’abord séduit le public chinois.

Cédric : C’est vrai que c’est là aussi où ils sont le plus modernisés, le plus tournés vers l’occident..

Jean : Oui, absolument oui.

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