Encyclopédie

La zone internationale de Nankin en 1937-38

21/12/2013 — par Cédric BEAU

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La zone internationale de Nankin en 1937-38

21/12/2013 — par Cédric BEAU

John Rabe, entouré de membres du comité international de la zone de sécurité de Nankin.

Les massacres de Nankin, commis par l’armée impériale japonaise après l’invasion de la capitale du Guomindang en décembre 1937, restent encore aujourd’hui le symbole des violences commises lors de la guerre sino-japonaise (1937-45). Cependant, utilisés par la propagande chinoise depuis plus de 70 ans, ils sont encore aujourd’hui une source de tension forte entre la Chine et le Japon, au point que l’Histoire s’efface souvent au profit du mythe et des intérêts politiques. C’est ainsi que l’oeuvre de John Rabe est inconnue d’une large partie du public occidental (alors qu’il reste célébré en Chine). Si j’ai déjà abordé la question de l’homme, la question de son oeuvre reste encore à éclaircir.

Quand les Japonais attaquent la ville de Nankin le 13 décembre 1937, beaucoup des occidentaux vivant en son sein ont fui la ville à la suite du gouvernement chinois, notamment vers Hangzhou. Une petite trentaine d’entre eux décide cependant de rester sur place : il s’agit principalement d’hommes d’affaires, de journalistes (qui quitteront la ville le 16), de médecins et de missionnaires. Ils décident, devant l’avancée de l’armée impériale nippone et la réputation qui la précède, de mettre en place une zone de sécurité le 22 novembre 1937, destinée à accueillir 100 000 personnes. 25 camps seront installés sur les 9 km² qui constituent la zone, qui prend pour centre l’ambassade des USA. Le Comité international de la zone de sécurité de Nankin est alors établi, avec à sa tête John Rabe, notamment à cause de sa nationalité et de son appartenance au parti nazi, qui était alors lié avec le Japon par le pacte anti-Komintern.

Ce Comité a pour but la gestion de la zone de sécurité, son approvisionnement, sa logistique, les soins dispensés aux réfugiés par les médecins occidentaux et chinois, mais aussi les relations avec les japonais, et notamment le consul -général en charge à Nankin, Okazaki Katsuo. Entre le 13 décembre 1937 et le 9 février 1938, le comité envoya plus de 60 lettres de protestation au consulat japonais, rapportant les exactions des troupes impériales, et compila plus de 450 rapports. Sans effet.

Plan de la Zone de sécurité internationale de Nankin

Rapidement, la capacité d’accueil de la zone ne suffit plus : prévue à l’origine pour 100 000 personnes, entre 200 et 250 000 réfugiés s’entassent alors entre ses murs. Sans que cela ne leur garantisse une sécurité contre les Japonais. En effet ses derniers, bien qu’ils aient accepté de ne pas attaquer la zone internationale (seuls quelques obus la frapperont) mènent cependant des raids visant à capturer, selon eux, des résistants et des soldats chinois qui se cacheraient dans la zone. Les membres du comité relatent aussi de l’enlèvement de jeunes filles, destinées à garnir les bordels de la garnison japonaise. Malgré, il était certainement plus sûr pour un chinois de se trouver dans la zone internationale qu’à l’extérieur.

Fin janvier 1938, le calme semble être revenu dans la ville (bien que des atrocités continuent à être commises), et les Japonais obligent les réfugiés de la zone internationale à rentrer chez eux. Le 18 février, le comité international de la zone de sécurité de Nankin est rebaptisé par ses membres “Comité international de sauvetage de Nankin”, marquant ainsi la fin de la zone de sécurité. Cependant, le dernier camp de réfugiés ne sera fermé qu’en mai 1938.

On estime aujourd’hui que la zone de sécurité de Nankin a permis de protéger entre 200 000 et 250 000 chinois. Plusieurs des membres du comité international (notamment Robert Wilson, chirurgien, et Miner Searle Bates, professeur de l’université de Nankin) ont témoigné des atrocités commises par l’armée impériale japonaise lors du Procès de Tokyo, qui juge les criminels de guerre japonais. John Rabe est est aujourd’hui honoré en Chine comme le « Bouddha vivant de Nankin» (« 南京活佛 »).

 

 

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