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Culture chinoise

Allez apprendre le kung fu en Chine avec Yoni. Interview

07/05/2012 — par Cédric BEAU

J’ai reçu il y a quelques jours un mail de Yoni. Yoni est actuellement à Hong Kong, et il gère un blog sur le Kung Fu. Il m’a interviewé au sujet de ma formation au chinois, et j’ai souhaité l’interviewer en retour…

Car il y a une facette que vous ne connaissez pas encore de moi : j’adore les arts martiaux. J’ai eu l’occasion de pratiquer le Tai Do quand j’étais petit, pui un peu d’Aikido, pour m’initier au Kung Fu une leçon en France (Sylvain s’en souvient surement!), et un an en Chine. Découvrez son point de vue sur la question :

Yoni, de Kung Fu Tradition...
Yoni, de Kung Fu Tradition…

Bonjour Yoni, tu propose un blog spécialisé sur le Kung Fu, pourrais tu nous en dire plus sur toi : comment en es-tu arrivé à t’installer à Hong Kong, comment ça t’as pris, cette passion pour les arts martiaux?

En réalité, je n’avais aucune prédisposition pour les arts martiaux. J’étais footeux jusqu’à l’âge de 16 ans. Mais l’état d’esprit qui anime ce sport me déplaisait de plus en plus. Quand un éducateur sportif te suggère avant chaque match de te laisser tomber aux abords de la surface de réparation, tu te demandes quelles valeurs tu es réellement en train d’apprendre…

J’ai donc tenté quelque chose de radicalement différent et nouveau pour moi sur l’invitation d’un ami. J’ai débuté par les arts martiaux vietnamiens à Nantes pendant 4 ans avant de découvrir le style Shaolin en Chine.

Entre-temps, j’ai entamé l’étude de la langue chinoise en autodidacte avec la méthode BELLASSEN. Puis j’ai enchaîné avec des cours de mandarin en auditeur libre à la fac de Nantes et également avec des amis chinois (qu’on “forçait” à parler chinois pour progresser plus rapidement). 6 mois après, j’effectuais mon premier voyage en Chine à Shaolin. J’ai alors découvert lors de ce premier séjour une véritable passion pour cette culture.

Le mandarin m’a permis de lancer un premier business en lien avec la Chine en 2009. En outre, je suis désormais capable de demander à peu près n’importe quoi ici sans avoir recours à une aide extérieure. Mon niveau de langue m’a rendu parfaitement autonome !

Je réside actuellement à Hong-Kong avec ma femme et pour des raisons professionnelles. Ce qui m’a permis de commencer l’apprentissage du cantonais. On envisage d’ici quelques années de s’installer à Taiwan dont je suis également amoureux !

Et alors, Kung Fu ou Wushu?

Question importante car tu es bien placé pour savoir que la distinction des 2 termes existe en chinois. Dans le langage courant, on utilise “Kung fu” pour classifier ce qui ressemble de près ou de loin à des arts martiaux chinois (voire vietnamiens).

Pourtant, ce terme en chinois est bien plus subtil. “Kung fu” désigne en fait un accomplissement ou une certaine maîtrise obtenu par le travail. Il n’est donc pas nécessairement lié aux arts martiaux. On peut tout à fait dire également d’un excellent musicien ou d’un excellent pâtissier qu’ils possèdent un bon Kung fu. Les chinois étendent donc ce processus à une gamme beaucoup plus large d’activités.

Le Wushu signifie littéralement “Arts de la Guerre” ou “Art Martial” en mandarin. Ce “Wu”, dans son sens ancien, désigne également la capacité de stopper ou d’empêcher quelque chose de néfaste de se produire. Le Wushu serait alors “l’art de stopper quelque chose de néfaste”. J’aime beaucoup cette seconde définition.

Aujourd’hui, les pratiquants d’arts martiaux font référence au Wushu moderne, c’est-à-dire les formes martiales présentées dans les compétitions réglementées (à grands renforts de sauts et d’acrobaties notamment). Ces compétitions englobent le Taijiquan, le Changquan et la Nanquan. Les formes de chacun de ces 3 styles sont présentées mains nues et avec armes.

Tu propose aux visiteurs de ton site de découvrir le Kung Fu, mais aussi d’aller s’entraîner en Chine. Selon toi, qu’est-ce qui amène les gens à aller en Chine plutôt que de se perfectionner de par chez nous? Quels problèmes rencontrent-ils en occident qui sont solutionnés sur place?

Avant de répondre à cette question, j’aimerais attirer ton attention sur une chose: la distinction entre s’entraîner en France (ou dans son pays d’origine) et s’entraîner en Chine. On a tendance à opposer les 2 concepts. Et je reçois parfois des mails de personnes qui ne comprennent pas que l’on puisse avoir l’idée de partir s’entraîner en Chine parce que les cours dispensés en France sont déjà de bonne facture et largement suffisants.

Je suis entièrement d’accord mais je sais aussi qu’une formation en Chine est complémentaire à la pratique en France. On peut parfaitement cumuler les 2 approches et même en retirer de plus grands bénéfices.

Au rayon des avantages, se former aux arts martiaux en Chine présente des spécificités difficile à appliquer en France:

  • Une pratique plus intensive – En Chine, on peut s’entraîner plusieurs fois par jour et tous les jours si on le souhaite. Aucune contrainte liée aux créneaux horaires ou à la disponibilité. Vous êtes littéralement plongé dans une marmite de Kung fu.
  • Une découverte culturelle – Pratiquer dans un gymnase en France et pratiquer dans un Temple en Chine est radicalement différent. De plus, les cours se font en mandarin: tout est en version originale sans sous-titres ! Et puis chaque détail de la vie courante est sujet à découverte culturelle. Vous ne vous ennuyiez jamais !
  • Une expérience humaine – Se retrouver dans un pays dont la culture est tellement différente permet de porter un regard différent sur vous-même: votre capacité à supporter une épreuve physique intense, votre capacité à appréhender une nouvelle culture dont vous ignoriez presque tout, votre ouverture d’esprit, la connaissance de vous-même…

Le kung fu est de plus en plus prisé, notamment avec le développement du cinéma chinois (et particulièrement Hong Kongais), et beaucoup de touristes vont visiter les centres en Chine. Mais comment aller s’entrainer en Chine dans un centre qui ne soit pas un attrape-touristes?

Difficile de déterminer des règles précises à ce sujet. La première chose à retenir est d’éviter la période d’été car c’est le moment où la grande majorité des étrangers se rendent en Chine. Ensuite, il faut s’assurer de “l’authenticité” de l’école choisie. Par exemple, j’évite les écoles dont le seul but est d’avoir toujours plus d’élèves sans souci de qualité. J’apprécie également les endroits géographiquement “isolés” des villes car cela permet de se concentrer sur l’entraînement et rien d’autre. Je demande également toujours si les étrangers sont nombreux à venir ou pas. S’il y a autant voire plus d’étrangers que de chinois, j’ai tendance à me méfier. Les conseils sont nombreux, j’en ai énuméré quelques-uns ici.

Trouver ce type d’école se fait principalement par recommandation car mener seul les recherches est fastidieux et souvent cause de grosses désillusions (sans compter l’argent et le temps perdu). Et c’est justement pour épargner votre temps que je propose des formations authentiques sur Kung fu Tradition. Toutes les écoles proposées viennent de recommandations que j’ai pris la peine de vérifier.

De plus, j’appelle par téléphone chaque futur stagiaire pour bien comprendre leur projet et j’accompagne les groupes personnellement les 2 premiers jours de formations. Je m’efforce ainsi de leur présenter au mieux ce que j’ai pu apprendre ici et de les mettre dans les meilleurs dispositions pour que leur aventure soit inoubliable.

Quel est la plus grosse idée reçue sur l’apprentissage du kung fu en Chine?

Sans hésiter, la question du niveau. Plus de 75% des gens qui me contactent par mail ou sur facebook me demandent si leur faible expérience ou leur inexpérience martiale posera problème pour ce type de stage. A cette question, je réponds ce que je leur réponds toujours: il n’existe pas de niveau nécessaire pour vivre un entraînement en Chine, cela n’a aucune importance en réalité ! La seule chose utile est une réelle passion (motivation) et l’envie d’apprendre (au sens large). Personne ne vous jugera sur vos prouesses physiques !

J’essaie sur mon site de présenter la culture chinoise. Est-il indispensable de connaître le(s) kung fu pour comprendre pleinement la Chine?

Je ne crois pas que la connaissance du Kung fu soit indispensable pour comprendre pleinement la Chine. Le plus souvent, les gens accède à la culture chinoise à travers une passion, un intérêt ou une liaison sentimentale. Ca peut-être la calligraphie, le business, le sport, la gastronomie, un mariage… Dans tous les cas, cet élément qui nous rallie à la Chine nous offre l’accès à cette vaste culture dont chacun est libre d’en apprendre et d’en retirer ce qui l’intéresse.

Dans mon cas, ce sont les arts martiaux et la langue chinoise qui m’ont donné accès à la culture chinoise. Par la suite, j’ai étudié leur façon de traiter en affaires. Je suis marié depuis quelques mois avec une hong-kongaise et je me suis mis naturellement au cantonais.

Je considère avoir encore beaucoup de choses à apprendre et à découvrir pour commencer à appréhender cette culture. Mais c’est sur ce chemin que je me sens vraiment épanoui !

Selon toi, à partir de quel moment peut on considérer que l’on est “bon” en Kung Fu?

A mon avis, on peut atteindre un bon niveau martial dans la mesure où ce niveau est mesurable. Seulement, ces mesures ne représentent que le côté sportif des arts martiaux chinois, c’est à dire pas grand chose finalement. Je vais ici paraphraser Bruce Lee: “si tu te retournes [pour voir le chemin accompli], tu cesses déjà de progresser”.

En tant que pratiquant de Wushu, je considère avoir toujours quelques chose à apprendre. Les autres peuvent dire de moi que je suis bon ou mauvais ou puissant ou lent… Ils peuvent me catégoriser. Mais cela ne me fera pas perdre de vue la direction à suivre: “se fixer aucune limite comme seule limite” (encore une citation de Bruce Lee !).

Peux-tu nous donner une anecdote de ton apprentissage des arts martiaux en Chine, ou de l’un de tes élèves?

J’aime citer le cas de Thomas: un adolescent de 17 ans qui, avec l’accord de ses parents, a pris 1 année sabbatique pour explorer le monde. Après avoir fait de l’humanitaire en Afrique, il souhaitait partir s’entraîner au Shaolin au Temple Fawang pendant 3 mois. Lorsque je l’ai accueilli à l’aéroport de Pékin, j’ai rencontré un jeune homme passionné mais timide et plutôt introverti. 2 mois plus tard, je suis revenu au Temple avec un autre groupe et j’ai revu Thomas… Métamorphosé ! Il tenait pas en place plus de 5 minutes, s’amusait et riait avec les élèves chinois du Temple, parlait fort (sa voix était grave et inaudible à notre première rencontre)…

Je me suis alors dit que l’aventure pour lui avait été incroyablement bénéfique et qu’il rentrerait en France “décomplexé” et beaucoup plus sûr de lui. Pari réussi !

Un mot pour la fin?

Je ne sais plus où j’ai lu cette expression mais je terminerai là-dessus: “Mieux vaut avoir des souvenirs que des regrets. Donc voyagez !”

Continuez à découvrir Yoni et sa passion sur son blog : Kung Fu tradition.

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