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La Chine m’inquiète, de Jean-Luc Domenach

15/10/2014 — by Cédric BEAU

Rares sont les spécialistes français de la Chine a pouvoir donner de l’Empire du Milieu une vision claire et détachée, tant celui déchaîne les passions. C’est pourtant le défi que s’est donné Jean-Luc Domenach avec son livre “La Chine m’inquiète”, publié en 2009 en format poche. Et bien que plus de cinq années soient écoulées depuis, le texte garde tout son intérêt. Voyons pourquoi.

L’édition de poche parue chez dans la collection Tempus.

Comme dit en introduction, il est difficile de trouver aujourd’hui un livre qui ne soit ni à charge ni à décharge pour la Chine. Jean-Luc Domenach parvient, grâce à sa grande expérience de la Chine, à en dresser un portrait réaliste et posé, en mettant en exergue à la fois les forces, mais aussi les faiblesses de la Chine. Il présente un pays dont la situation économique, bien que bonne, n’est pas aussi reluisante que veulent bien nous le présenter les autorités officielles, et un climat social de plus en plus tendu du fait des inégalités et de la corruption grandissantes (d’ailleurs à ce sujet je vous conseille l’excellent numéro de Special Investigation intitulé “Chine : République Populaire de la corruption”).

La plume de Jean-Luc Domenach fait que le livre se dévore comme un roman, et rend accessible au public néophytes des notions parfois abstraites. De plus, on ressort de cette lecture avec un regard nouveau sur les choses, et on peut ensuite discerner le vrai du faux dans ce que les médias (tous les médias) nous présentent.

Bien entendu, l’âge du livre fait que certaines prédictions de l’auteur se sont révélées tandis exactes, tandis que d’autres se font toujours attendre, ou n’ont tout simplement que peu de probabilité de se réaliser. Mais cela n’enlève rien au travail de synthèse réalisé, et bien que l’ouvrage mériterait une mise à jour bienvenue, il n’en reste pas moins à mes yeux une lecture incontournable pour qui s’intéresse de près au fonctionnement interne de la Chine et aux rouages de son administration titanesque.

Pour acquérir le livre, c’est ici : http://www.amazon.fr/gp/product/2262029954/ref=as_li_tl?ie=UTF8&camp=1642&creative=19458&creativeASIN=2262029954&linkCode=as2&tag=chinechinois-21&linkId=MNASKQUC7ONONUII

Bonne lecture !

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Mao Tsé-Toung, de Philip Short

10/07/2014 — by Cédric BEAU

Mao Tsé-Toung, de Philip Short, aux éditions Fayard (2005)

Il existe à l’heure actuelle de nombreuses biographies de Mao. Mais à mes yeux, aucune n’égale celle de Philip Short, à part peut-être celle de Jung Chang et Jon Halliday (Mao, l’histoire inconnue, publié en 2006 en français). Le talent de conteur d’historien de Philip Short nous offre un récit prenant, qui se lit presque comme un roman. Si vous avez eu la chance de voir le documentaire Mao, une histoire chinoise, d’Adrian Maben, vous serez ici en terrain connu.

Pour moi, cette biographie est supérieure aux autres que j’ai pu lire, notamment pour l’aspect “anecdotique”. On sent ici l’influence de l’école anglo-saxonne dans la manière de raconter l’Histoire et l’histoire de Mao. Grâce à des sources originales, Philip Short nous livre ici une vision unique du parcours de Mao à travers le XXe siècle. Il n’hésite pas à égratigner le mythe maoïste, quitte à aller à l’encontre de la doctrine officielle du Parti, notamment concernant l’épisode de la Longue Marche.

L’histoire de Mao, riche en rebondissements et en intrigues, vous tiendra en haleine tout au long des 700 pages du livre. Par sa maîtrise de la narration, Philip Short ne laisse pas de temps morts dans son récit, et arrive à maintenir l’attention du lecteur malgré un sujet parfois difficile. En effet, il est facile de se perdre dans la pléthore des noms et autres abréviations d’organisations présents dans le texte. Une certaine assiduité dans la lecture est nécessaire pour rentrer pleinement dans le livre, mais dès que l’on y est plongé, difficile d’en sortir.

Si vous souhaitez un ouvrage complet sur Mao, je ne saurais que trop vous conseiller le livre de Philip Short. De plus, il se marie très bien avec la lecture de l’ouvrage de Jung Chang et Jon Halliday, que je chroniquerai bientôt. Le seul reproche que l’on peut lui est de tomber parfois dans l’hagiographie : on sent que Philip Short est passionné par la figure de Mao, passion qu’il transmet dans l’écriture, mais de fait, il manque parfois un peu de recul sur ses sources et dans ses propos. Mais finalement, quel historien peut tendre à l’objectivité ?

Pour se procurer le livre :

http://www.amazon.fr/gp/product/2213626073/ref=as_li_qf_sp_asin_il_tlie=UTF8&camp=1642&creative=6746&creativeASIN=2213626073&linkCode=as2&tag=chinechinois-21

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La liste 21 : les leaders de Tianan’men

02/06/2014 — by Cédric BEAU

Je vous annonçais il y a deux jour sur notre page Facebook la diffusion sur Arte d’un documentaire pour les 25 ans des événements de Tianan’men. Celui-ci nous emmène à la rencontre d’anciens leaders du mouvement étudiant chinois de 1989, et nous montre leur destin, un quart de siècle après que le gouvernement chinois ait envoyé l’armée déloger les manifestants de la place.

Pour se faire, les journalistes d’Arte se sont basés sur la liste 21, liste dressée par les autorités chinoises regroupant les vingt et un principaux leaders du mouvement étudiant, et destinée à être distribuée à la population avec de faciliter les recherches de la police.

La Liste 21

Nombre d’entre eux ont été capturés par les autorités et emprisonnés durant de longues années. D’autres ont réussi à fuir le pays, et se sont réfugiés à Hong-Kong, Taïwan ou les USA. Cependant, un point commun les caractérise encore aujourd’hui : leur volonté de continuer le combat entamé il y a vingt-cinq ans.  Bien intégrés dans leurs pays d’accueil, ils mettent à profit leur réussite professionnelle (notamment dans le monde des affaires) pour financer différents projets visant à promouvoir la démocratie en Chine. Les médias n’étant pas les mêmes qu’en 1989, c’est sur Internet que la lutte se fait à présent, avec notamment une école de la démocratie en projet, à destination des étudiants chinois continentaux.

Un autre aspect abordé par le documentaire est celui de l’oubli “volontaire” dont fait preuve la population chinoise vis-à-vis des événements. Le gouvernement a lancé une véritable omerta sur le sujet, si bien que les jeunes aujourd’hui en ignorent tout, alors que les plus anciens ont volontairement oublié, même si ils étaient membres du mouvement en 1989, afin de se protéger et de ne pas attirer l’attention des autorités. Vingt-cinq ans après, le massacre de Tianan’men reste un sujet tabou en Chine, et ce documentaire le montre bien.

Vous avez encore une semaine pour regarder ce documentaire sur Arte +7 : http://info.arte.tv/fr/emissions/arte-reportage

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Les Quatre Modernisations

17/04/2014 — by Cédric BEAU

En 1975, la Chine est encore exsangue des désordres consécutifs à la Révolution Culturelle. Pour relancer l’économie chinoise, Zhou Enlai entreprend alors ce qui restera sa dernière grande entreprise : les Quatre Modernisations (四个现代化 / sì gè xiàn dài huà). Ce programme est lancé au cours de la quatrième session de l’Assemblée nationale populaire, dans ce qui reste une de ses dernières apparitions en public. Car Zhou Enlai décède le 8 janvier 1976, bientôt suivi par Mao le 9 septembre. S’en suit alors une lutte politique entre Deng Xiaoping et Hua Guofeng, le successeur désigné de Mao. Fin 1978, Deng Xiaoping s’impose et devient le nouvelle homme fort de la Chine.

Affiche de propagande sur les Quatre Modernisations

En décembre 1978, lors du troisième plénum du 11ème comité central du parti, Deng Xiaoping annonce le lancement officiel de cette campagne de modernisation de la Chine. Cette campagne marque officiellement le début de ce qui sera appelé par la suite “l’ère des réformes”.

Comme son nom l’indique, cette campagne consiste à moderniser des secteurs-clés de l’économie chinoise, à savoir l’industrie, l’agriculture, la défense nationale, ainsi que le domaine des sciences et technologies. Il s’agit pour Deng de rattraper le retard accumulé par la Révolution Culturelle, afin que la Chine devienne au XXIe siècle une puissance mondiale. Bien que fidèle compagnon de route de Mao, Deng se révèle être plus pragmatique, et pour lui “peu importe qu’un chat soit blanc ou gris pourvu qu’il attrape la souris”. La notion d’enrichissement n’est plus taboue,

Les débuts de la campagne de modernisation mettent l’accent sur l’agriculture. En effet, à l’époque, 75% de la population chinoise est paysanne. Cette agriculture, peu modernisée, produit peu au regard de la main d’oeuvre disponible. Le gouvernement organise donc la décollectivisation des terres, la fin des communes populaires, et la terre est redistribuée sur la base de l’unité familiale. Sans être propriétaire de la terre, le paysan en dispose pendant quinze ans, et peut choisir ce qu’il souhaite cultiver. Si l’Etat s’engage toujours à acheter une partie de la production, le paysan peut librement disposer du reste, qu’il conserve ou revend sur le marché libre qui tend à se développer. L’industrie, quant à elle, va se développer par l’achat de machines occidentales, qui lui permettent de combler son retard.

L’économie chinoise est aussi dopée par la politique de la “porte ouverte”, permettant aux capitaux étrangers d’investir en Chine, dans des sociétés mixtes sino-étrangères. A partir de 1979, des zones économiques spéciales (ZES) sont créées dans le sud du pays, afin d’accueillir ces capitaux étrangers. Le développement de l’économie socialiste de marché va permettre à la Chine de rattraper son retard en moins de trente ans, et de devenir aujourd’hui la première économie mondiale.

Ces réformes ont permis à la fois de remettre la Chine sur le devant de la scène internationale, mais aussi d’améliorer le niveau de vie des Chinois de manière générale. Si ces Quatre Modernisations sont sans conteste le plus grand succès de Deng Xiaoping, elles conservent pour certains un goût d’inachevé : en effet, certains intellectuels, comme par exemple Wei Jingsheng en décembre 1978, appellent toujours de leurs voeux une cinquième modernisation : la démocratie.

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Mort d’une héroïne rouge, de Qiu Xiaolong

14/04/2014 — by Cédric BEAU

Avant toute chose, je me dois de signaler aux lecteurs du site que je ne suis pas d’habitude un amateur de romans policiers. C’est un genre qui n’éveille pas mon intérêt, et qui est souvent synonyme pour moi de lectures fastidieuses. C’est donc avec ce sentiment mitigé sur le genre que j’ai entamé la lecture de Mort d’une héroïne rouge de Qiu Xiaolong. Et autant le dire tout de suite : j’ai été totalement conquis !

Couverture du roman aux éditions du Points (Livre 1060)

Le pitch de base peut paraitre simpliste : l’inspecteur principal Chen Cao est chargé d’enquêter sur la mort d’une jeune femme dont le corps a été retrouvé dans un canal. Sauf que Chen Cao est le responsable du bureau des enquêtes spéciales, et que la jeune femme n’est autre que Guan Hongying, travailleuse modèle de la nation. Une enquête difficile s’annonce…

Qiu Xiaolong nous livre ici à la fois une enquête policière haletante et bien ficelée, et un portrait de la Chine des années 1990 saisissant. Le style de narration adopté par l’auteur, plutôt lent et contemplatif, lui laisse toute latitude pour brosser une Shanghai en pleine mutation, tiraillée entre l’ouverture économique au capitalisme et la doctrine socialiste. Quiconque s’étant rendu à Shanghai se trouvera en terrain familier. Le bruit, les odeurs et les couleurs si particulières nous reviennent en mémoire à chaque page. On sent chez l’auteur un amour certain pour sa ville natale, et cet amour est communicatif.

Chaque chapitre est l’occasion d’en apprendre toujours plus sur l’histoire de la ville, avec en arrière-plan l’histoire de la Chine toute entière. L’impact de la Révolution Culturelle sur la vie de Qiu Xiaolong se ressent dans le rôle que joue cet épisode historique marquant dans la vie de la plupart des personnages principaux. La vie quotidienne d’un Chinois des années 1990 est aussi au coeur de l’histoire : les difficultés de logement, les problèmes de salaires et de niveau de vie dus à l’ouverture à l’économie de marché, les rapports au Parti, l’évolution des mentalités, etc.

Le conflit générationnel est encore plus marquant au sein de la police, au coeur de laquelle Qiu Xiaolong nous plonge, entre la Vieille Garde, gardienne de l’orthodoxie communiste-maoïste, et les jeunes cadres montants, qui sont favorisés par le régime dans le cadre de sa politique de modernisation. Et quand les ECS (enfants de cadres supérieurs) se mêlent au jeu, forts de leurs privilèges et de l’omertà du système qui les protège, l’enquête prend un tout autre tournant.

On peut être amené à penser que finalement, l’intrigue policière n’est qu’un prétexte à une découverte de la Chine des dernières années de Deng Xiaoping. Si elle est indéniablement l’occasion pour l’auteur de nous raconter la Chine sans prendre de gants, elle reste intéressante. Fluctuante, continuellement dans le flou (on parle même à un moment de l’intrigue de classer l’enquête sans autre forme de procès), elle saura tenir le lecteur en haleine jusqu’aux dernières pages révélatrices. Mais sera-t-elle conclue comment l’entend l’inspecteur Chen Cao ?

Enfin, comment ne pas parler de cette poésie qui émaille le texte du début à la fin ? Le personnage principal, lui-même poète et membre de l’Union des Écrivains, n’hésite jamais à citer les œuvres classiques de poètes chinois des dynasties Song et Tang. L’occasion de découvrir en douceur cette poésie méconnue dans nos contrées.

Toujours est-il que je ne saurais que trop vous conseiller la lecture de cette Mort d’une héroïne rouge. Si vous aimez la Chine et son histoire, et que vous vous intéressez à la société actuelle, n’hésitez pas. La lecture de ce roman permet même d’éclairer certains aspects de la politique sociétale chinois actuelle, et la vision de Qiu Xiaolong est toujours juste. En bref, un pur régal !

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L’homme de Pékin

07/04/2014 — by Cédric BEAU

C’est un fait que les amateurs d’archéologie connaissent bien : le sol chinois regorge de trésors. Qu’ils datent de plusieurs dizaines de millions d’années ou de la dernière dynastie, il ne se passe pas un mois sans qu’une découverte d’importance soit faite. Et certaines d’entre elles ont une portée internationale, à l’exemple de celle faite entre les années 1923 et 1927 par Davidson Black sur le site de Zhoukoudian, à 42 km de Pékin.

Réplique d’un crâne d’Homo erectus pekinensis, au musée paléozoologique de Chine.

Cet anthropologue et archéologue canadien, définit le taxon du Sinanthropus pekinensis à partir d’une dent découverte à Zhoukoudian en 1927. Au fil des ans, il mettre au jour de nombreux autres fossiles. Ceux-ci sont datés de 400 000 à 250 000 avant notre ère, ce qui les placent à l’époque du Pléistocène moyen. La découverte de ces fossiles fait alors croire aux archéologues que l’homme serait apparu en Asie, mais des fouilles ultérieures placeront son apparition en Afrique, près de la vallée du Rift. Longtemps considéré comme le premier représentant du genre Homo en Chine, l’homme de Pékin fut détrôné par l’homme de Lantian (dans le Shaanxi), vieux de 600 000 ans. Aujourd’hui, l’homme de Pékin est considéré comme faisant partie du genre Homo.

Malheureusement pour la recherche, la plupart des fossiles déterrés ( 14 crânes, 11 mandibules, 147 dents et 11 restes postcrâniens) dans les années 20-30 furent perdus pendant la seconde guerre mondiale. Destinés à être envoyés aux USA pour les protéger de l’avance des troupes japonaises, ils ont disparu avant d’arriver à destination.

En 1987, le site de Zhoukoudian est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. En 1994, un partenariat entre l’UNESCO et plusieurs organismes et sociétés privées françaises voit le jour, afin de sauvegarder et réhabiliter le site. Cette initiative a permis de nouvelles fouilles entre 1996 et 2004, fouilles qui ont permis de mettre au jour de nouvelles cavités, inexplorées, et qui pourraient contenir de nouveaux fossiles. Elles ont aussi contribué à la découverte de nouveaux fossiles de Sinanthropus pekinensis datant du Pléistocène moyen, ce qui permet de compenser quelque peu la perte des années de guerre, et d’Homo Sapiens (plus proche ancêtre de l’homme actuel), datant de 18 000 à 11 000 ans avant notre ère.

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Le cimetière chinois de Nolette

05/04/2014 — by Cédric BEAU

C’est aujourd’hui la fête des défunts en Chine, l’occasion d’entretenir et d’honorer la mémoire des morts. J’aimerais profiter de l’occasion, en cette année de centenaire de la Première Guerre Mondiale, pour vous parler du cimetière chinois de Nolette, où l’on trouve le plus de tombes d’ouvriers du Chinese Labour Corpsdécédés en France pendant et après le conflit.

Tombes chinoises du cimetière de Nolette (©FPauchot, août 2013)

Alors pourquoi ce cimetière est-il situé loin de la ligne de front ? A l’époque de la guerre, une importante base arrière britannique était située à Nolette, accueillant un important camp de coolies (travailleurs) chinois. Membres du Chinese Labour Corps formé par les Britanniques, ces travailleurs sont affectés aux travaux de terrassement, d’intendance, de blanchisserie. Certains servent comme fossoyeurs, démineurs ou brancardiers sur la ligne de front.

Le cimetière de Nolette accueille les sépultures de 841 de ces travailleurs chinois, la plupart mort en 1918-19 de l’épidémie de grippe espagnole qui ravage alors l’Europe, ou encore de la tuberculose. Mais certains d’entre eux ont aussi trouvé la mort directement à cause des combats, victimes des tirs de l’artillerie allemande alors qu’ils opéraient près de la ligne de front (reconstruction de chemins de fer, terrassement, évacuation des blessés, etc.).

Le cimetière de Nolette est aujourd’hui encore géré par Commonwealth War Graves Commission, qui s’occupe des cimetières de soldats du Commonwealth tombés durant les deux guerres mondiales. Celui de Nolette fut inauguré en 1921, sous la direction du major britannique Truelove. La particularité du cimetière est que le porche d’entrée tient lieu de mémorial.

Porche d’entrée du cimetière de Nolette

Les tombes sont des stèles de marbre blanc, sur lesquelles on retrouve différentes inscriptions en anglais (Faithful unto Death /Fidèle jusqu’à la mort ; A good reputation endures for ever / Une bonne réputation demeure pour toujours ; Though dead he still liveth / Quoique mort, il vit toujours ; A noble duty bravely done / Un noble devoir bravement fait), avec leur traduction en chinois. Parfois, on trouve aussi sur la pierre tombale le nom et le matricule du travailleur enterré là, ainsi que son origine.

La République de Chine a offert à la ville de Noyelles-sur-mer deux statues de lion, qui gardent l’entrée de la rue menant au cimetière.

Aujourd’hui le plus grand cimetière chinois d’Europe, le cimetière de Nolette est depuis 2002 le lieu de célébration de la fête de Qing Ming, la fête des défunts, organisée par le Conseil pour l’intégration des communautés d’origine chinoise en France.

 

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Le dictionnaire de Kangxi

04/04/2014 — by Cédric BEAU

Dans la langue française, il est rare qu’un dictionnaire soit utilisé plus d’un siècle. Dans la langue chinoise, l’un des dictionnaires de référence reste encore aujourd’hui le dictionnaire de Kangxi (康熙字典 / Kāngxī zìdiǎn), nommé ainsi d’après l’empereur chinois qui ordonna son écriture au XVIIIe siècle. Il est en concurrence avec le dictionnaire de la Chine Nouvelle (新华字典 / Xīnhuá Zìdiǎn), de 1976, que les étudiants chinois et étrangers connaissent bien, et qui le premier adopte la transcription officielle en pinyin. Cependant, à l’heure actuelle, on retient les 214 clés du dictionnaire de Kangxi plutôt que les 227 du dictionnaire de la Chine nouvelle.

Le dictionnaire Kangxi / 康熙字典

En 1710, en plein âge d’or de la dynastie Qing, l’empereur Kangxi décide la création d’un dictionnaire qui regroupera tous les mots de la chinoise. Deux illustres lettrés de l’époque, Zhang Yushu et Chen Tingjing, vont mettre six ans à achever leur oeuvre, sous la pression impériale qui exigeait une publication en cinq ans.

Pour parvenir à l’exhaustivité, les deux compilateurs vont se baser sur deux dictionnaires datant de l’époque Ming : le Zihui (字彙/Collection de caractères), datant de 1615, oeuvre de Méi Yíngzuò/梅膺祚 ; et le Zhengzitong (正字通/Maîtrise correcte des caractères), datant de 1627 et rédigé par Zhang Zilie/張自烈.

Le dictionnaire de Kangxi regroupe 47 035 caractères, ainsi que 1 995 variantes, pour un total de 49 030 caractères différents. Ceux-ci sont regroupés sont 214 clés ou radicaux, et cette classification est toujours utilisée de nos jours. Ce nombre important s’explique par la volonté d’exhaustivité des deux compilateurs, qui, sous l’égide de l’empereur, ont voulu regrouper le plus de caractères possibles. On retrouve donc dans ce dictionnaire des hapax (mots n’ayant qu’une seule occurrence dans la littérature) , des caractères très rares et des variantes.

Chacune des entrées du dictionnaire donne les variantes possibles, la prononciation en fǎnqiē traditionnel (ancienne méthode de transcription phonétique permettant d’indiquer la prononciation des sinogrammes) , la lecture et la prononciation moderne, les différents sens ainsi que diverses annotations provenant divers classiques chinois.

Cependant, le délai très court imposé à la rédaction de ce dictionnaire a entraîné d’inévitables erreurs. Ces erreurs ont été corrigées par l’empereur Daoguang (1782-1850), qui a ordonné une révision du dictionnaire de Kangxi, révision connue sous le nom de Zidian Kaozheng (字典考證/Corrections du Dictionnaire), datant 1831 et qui corrige 2 588 erreurs, surtout situées au niveau des annotations et des citations.

C’est l’empereur Kangxi en personne qui a rédigé la préface de ce dictionnaire, qui se compose, dans sa forme actuelle, de 1683 pages.

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Les caractères chinois, du dessin à l’idée, 214 clés pour comprendre la Chine, de Edoardo Fazzioli et Eileen Chan Mei Ling

03/04/2014 — by Cédric BEAU

Si vous êtes des lecteurs assidus des différents sites et blogs de Cédric, vous êtes déjà surement tombés sur un article où il explique l’importance des caractères chinois pour la compréhension globale du chinois et de ses mécanismes. Et donc, je ne vous apprends rien en vous disant que ces caractères fonctionnent avec des clés, et que celles-ci sont primordiales à l’écriture du chinois. Cependant, étant donné leur évolution dans le temps et la simplification dont elles ont fait l’objet, il est parfois difficile de les identifier, ou de les mémoriser. C’est là qu’entre en jeu le livre d’Edoardo Fazzioli et d’Eileen Chan Mei Ling.

Les caractères chinois, aux éditions Flammarion

Comme son l’indique, ce livre nous présente les 214 clés (ou radicaux) qui composent les caractères chinois. Il commence par une rapide introduction à l’histoire des caractères chinois, leur évolution au fil du temps, les différents styles calligraphiques, les familles de caractères (pictogrammes, indicateurs, idéogrammes, phonogrammes, défléchis et prêtés), les traits formant les caractères, et enfin une explication sur l’utilisation des dictionnaires chinois (qui se servent de ces clés), ce qui est toujours utile.

On attaque ensuite le coeur de l’ouvrage, divisé en huit “chapitres”, qui regroupent des caractères censément de la même “famille” : l’homme, le corps, voyager, le village, le pinceau, le dragon, le jade, le jaune. Chaque chapitre nous explique dans le détail un caractère, avec son nom en pinyin, son tracé, les traits qui le composent,  une explication de son origine et de son histoire,  et son utilisation dans différents mots de la langue chinoise.

Exemple d’une page

Personnellement, j’ai trouvé ce livre très intéressant. N’étant pas un philologue, je ne suis pas capable de dire si le livre comporte ou non des erreurs de ce type (je laisse ça à Cédric). Cependant, je peux affirmer qu’il sera utile aux apprenants en chinois qui se passionnent pour l’histoire de l’écriture chinoise. La manière dont sont présentées les pages est intuitive (avec cependant une réserve dans le choix des caractères qui comportent cette clé, on a parfois du mal à la reconnaitre), et permet d’assimiler rapidement les subtilités de la composition d’un caractère. De plus, c’est un bel objet, agréable à manipuler, en papier glacé : c’est un livre qui résistera à l’épreuve du temps et de l’apprentissage.

Le petit paragraphe explicatif pour chaque caractère fait que le livre peut se lire aussi bien de manière continue que bout par bout. Parc contre, je vous conseille de prendre des notes, ou d’utiliser des marques-pages, afin de noter les passages qui vont intéressent le plus dans votre apprentissage, afin de compléter celui-ci efficacement.

Pour vous procurer le livre, c’est ici : Les caractères chinois, du dessin à l’idée, 214 clés pour comprendre la Chine, de Edoardo Fazzioli et Eileen Chan Mei Ling

 

 

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Les concessions étrangères en Chine

24/03/2014 — by Cédric BEAU

Quand on parle de concessions étrangères en Chine, c’est souvent l’image de Shanghai qui vient à l’esprit. Il existe cependant, au XIXe et au XXe siècle, de nombreuses concessions, françaises et étrangères, qui sont réparties à travers toute la Chine. Voici la liste de ces territoires cédés à plus ou moins long terme par le gouvernement impérial chinois peu de temps avant sa chute.

Carte des différentes concessions étrangères de la ville de Tianjin (Tientsin)

Commençons donc par Shanghai. En 1845, les Britanniques, profitant des termes du traité du Bogue signé en octobre 1843 avec la Chine, installe une concession à Shanghai. En 1849, les Français s’installent à leur tour dans la ville, en vertu des termes du traité du Huangpu d’octobre 1844. Les américains obtiennent eux aussi une concession en 1854, qui fusionnera avec la concession britannique en 1863 pour former la concession internationale, qui verra s’implanter de nombreux pays (Autriche, Russie, Italie, etc…). En 1895, le traité de Shimonoseki stipule que le Japon peut à son tour implanter une concession à Shanghai.

Une autre ville où la présence étrangère est importante est la ville de Tianjin (dans le nord ouest de la Chine, près de Pékin). Situé à l’embouchure du fleuve Hai He, elle est un carrefour commercial de première importance. Le traité de Pékin, qui met fin à la seconde guerre de l’Opium, autorise les USA, la Grande-Bretagne et la France a y installer des concessions. L’Allemagne et le Japon s’y installent en 1894, tandis que la fin de la guerre des Boxers en 1901 voit l’arrivée de l’Italie, de la Belgique, de la Russie et de l’Autriche. Les concessions autrichiennes et allemandes seront fermées en 1917.

Autre grand centre d’implantation étrangère, la ville de Hankéou (Wuhan, province du Hubei). Les britanniques y ouvrent leur concession en 1861, et restent pendant plus de trente ans les seuls étrangers “officiels” de ce noeud commercial situé au confluent du fleuve Bleu et de la rivière Han, avant de voir arriver la concession allemande en 1895.  Suivent les russes la même année, les français en 1896 et les japonais en 1898.

Ce sont là les trois plus importants lieux où les puissances étrangères établirent des concessions. La plupart d’entre elles disparaîtront dans les années 30 ou après la seconde guerre mondiale. Mais ces puissances étrangères ont aussi obtenu le prêt à bail (de 99 ans ou à perpétuité) de nombreux autres territoires chinois. On peut ainsi citer :

  • Qingdao, cédé aux allemands en 1898 pour 99 ans, récupéré par les Japonais en 1914.
  • Le Guangzhouwan, cédé aux français le 27 mai 1898 et rétrocédé à la Chine en 1946 après avoir été occupée par les Japonais depuis 1943.
  • Hong-Kong, occupé par les britanniques de 1842 à 1997
  • Macao, contrôlé par les portugais de 1557 à 1999
  • Port-Arthur est cédé aux Russes en 1895, puis passe sous contrôle japonais en 1905 après la guerre russo-japonaise
  • Weihai, proche de Port-Arthur, est concédé au Royaume-Uni en 1898, pour la même durée que celle de l’occupation de Port-Arthur par les Russes. En 1905, l’accord est renégocié pour que le bail corresponde à l’occupation japonaise. Le territoire est rendu à la Chine le 1er octobre 1930