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Apprendre le chinois en Chine : interview de Sylvain

13/11/2012 — par Cédric BEAU

Sylvain Ducarne en ChineJe vous ai parlé plusieurs fois de Sylvain, qui intervient régulièrement (et de plus en plus) sur Chine Chinois. Je vous invite aujourd’hui à le découvrir de manière plus approfondie, par le biais d’un interview que nous avons réalisé en Chine, tout en étant à 2000 km l’un de l’autre :

Sur Youtube, Youku, en podcast et avec la retranscription :

Youtube, apprendre le chinois en Chine :

Youku, étudier le chinois en Chine :

En podcast, blogueur et étudiant en chinois en Chine :

Et la retranscription en texte :

C – Bonjour Sylvain, merci de m’accorder cette petite interview sur Youtube et que je vais reproduire sur mon site et divers médias que j’ai ici à ma disposition pour mes visiteurs. Alors t’es à Shanghai actuellement, moi je te connais depuis un peu plus d’une dizaine d’années,

S – Un peu plus, oui !

C – J’ai parlé un petit peu de toi ces derniers temps sur mon site et je voudrais que les visiteurs puissent te connaître un petit peu mieux et découvrir ton site et ce que tu fais dans la vie, et ce que tu fais à Shanghai. Est-ce que tu pourrais te présenter, en quelques mots ?

S – Donc je m’appelle Sylvain, j’ai 25 ans. Actuellement je suis à Shanghai, où j’étudie le chinois à l’université de Fudan. Auparavant j’ai étudié l’histoire et la communication à Lille-3, l’université deVilleneuve d’Ascq. J’ai aussi travaillé une année dans l’import avec toi, j’ai donné quelques cours d’histoire dans des lycées à Dunkerque. Et là, je suis parti en Chine pendant un an pour apprendre, on va dire de manière très, très approfondie le chinois parce que ça me semble plus intéressant d’apprendre en Chine qu’en France.

C- Sur quel point ça te semble plus intéressant d’apprendre en Chine qu’en France ?

S – Disons que j’ai fait l’expérience de quelques cours de chinois à l’université et ça m’a semblé très confus et absolument pas pédagogique. C’est à dire qu’on t’assénait des concepts, des mots de vocabulaire, etc. et il fallait que tu apprennes ça par cœur de manière très abrutissante. Et donc, sachant que tu étais toi parti en Chine et que tu m’as fortement cette expérience je me suis dit après tout pourquoi pas et je dois avouer que pour l’instant après plus de neuf mois je regrette pas du tout d’être parti.

C- Tu dis que tu as donné des cours d’histoire, mais là je pense qu’il faudrait un petit peu préciser, des cours d’histoire qui …

S – Des cours d’histoire chinoise comme tu t’en doutes bien. J’en ai fait sur la Cité Interdite, sur Zheng He, le célèbre explorateur chinois. De manière générale c’était des cours surtout branchés sur l’époque impériale chinoise et sur des concepts assez larges, dans le sens où c’était destiné à un public de lycéens, qu’il fallait pas être trop spécifique, trop technique, sachant que l’histoire chinoise est quand même assez différente de l’histoire européenne qu’on nous apprend dans les écoles en France. Il faut savoir rester, je pense, intéressant, c’est la chose la plus importante, mais aussi susciter l’intérêt de l’interlocuteur. Toujours, d’après ce que j’en ai appris, donner des petites anecdotes. C’est ce que j’essaye de faire quand j’écris des articles, par exemple sur des sujets spécifiques, en ce moment là tout de suite je suis en train d’en écrire un sur Confucius et la philosophie chinoise et j’essaie en fait, sachant que c’est un sujet qui parle pas à tout le monde au premier abord, de susciter l’intérêt du lecteur en donnant toujours des petites anecdotes qui vont faire rire, qui vont faire réfléchir, essayer de faire le rapport avec ce que lui peut connaître.

C- Alors, tu dis que tu es en Chine depuis 9 mois, maintenant…

S- Depuis février.

C- Quel élément déclencheur pour que tu ailles t’installer en Chine pour une année à l’université de Fudan à Shanghai ?

S- Pour être honnête, je pense que d’un point de vue professionnel j’étais dans une impasse en France. C’est à dire que j’ai fait des études d’histoire, et aussi de communication internet, mais que les débouchés sont, on va dire, pas énormes. Du coup j’avais le choix entre aller au Pôle Emploi comme un malheureux et qu’on me donne un emploi qui me permettrait pas du tout de m’épanouir et de faire ce que je veux ou alors de prendre sur moi, parce qu’il a fallu faire un prêt à la banque, faire énormément de démarches administratives, mais partir à l’autre bout du monde, pour me donner justement les clés et les moyens de réussir à faire ce que je veux en rentrant en France.

C- Voilà donc tu penses qu’au niveau professionnel la Chine, l’expatriation et la maîtrise du chinois, ça va t’être utile ?

S- Exactement, oui. Je pense aussi que plus, enfin pas plus que la maîtrise du chinois mais rien que le fait de partir dans un pays, quel qu’il soit, te donne des clés, t’apporte des expériences qui pourront te servir dans la vie de tous les jours. Par exemple je vois ici, j’ai eu énormément de tracas administratifs. Aussi bien au niveau du permis de résidence, que de la prolongation du permis de séjour, que quand ma copine est venue cet été, […] on a eu énormément de soucis avec le commissariat sachant qu’en fait j’ai choisi de pas loger à la résidence universitaire et j’habite dans le quartier de Hong Kou, à coté du stade de foot, qui est vraiment un quartier où je croise aucun étranger. Je suis 24 heures sur 24 on va dire au cœur de la Chine, et ce qui est intéressant c’est que c’est pas un de ces quartiers huppés de Shanghai, parce qu’on a toujours une image de Shanghai qui est assez, on va dire … Les gens disent tu vas à Shanghai, tu vas pas en Chine. Je suis pas d’accord. Il y a bien sûr possibilité, si on est expatrié et qu’on travaille pour une grosse boite, qu’on gagne des milliers d’euros par mois, de vivre dans un quartier très huppé façon Wisteria Lane, où il y a des grilles, des gardiens, et où on est totalement coupés du monde. Mais je pense que c’est absolument pas quelque chose à faire. Si on veut partir dans un pays, découvrir sa culture, je pense qu’il est beaucoup plus intéressant de se mettre au contact des gens, des locaux, et on apprend beaucoup plus aussi bien d’un point de vue culturel que d’un point linguistique puisque pour pratiquer le chinois quand on est dans un endroit où personne parle anglais, on est obligé, donc ça aide énormément. Et je pense que c’est aussi beaucoup plus instructif.

C- Alors tu dis que tu as rencontré des difficultés avec le commissariat. Est-ce que tu pourrais détailler un petit peu ça ?

S- Alors, à la base, j’ai trouvé mon appartement sur SmartShanghai, j’ai eu la chance que ma colocataire parle français, et puis en plus elle a habité à Villeneuve-d’Ascq à 300 mètres de chez moi, donc ça aide encore plus. Mais en fait à la base elle n’a pas signé de contrat avec le propriétaire. Donc premier point, pour avoir le titre de, l’attestation qui prouve qu’on habite bien à cet endroit-là de Shanghai, il faut un contrat avec le propriétaire. Il a fallu contacter le propriétaire qui était, la semaine où je suis arrivé, en vacances, ce qui a impliqué une semaine de retard, ce qui a impliqué que tous les jours le policier de référence de la résidence venait, pour dire « gnagnagna ». ensuite il a fallu aller au commissariat avec ce contrat et remplir pendant une heure des papiers, des formulaires, etc. Bien entendu personne au commissariat ne parlait anglais, je venais d’arriver, à part bonjour au revoir, je parlais pas grand chose, donc du coup encore une fois ma coloc est venue m’aider. Mais je pense que pour quelqu’un qui tomberait dans un quartier comme celui-là sans aucun contact ça doit être encore plus difficile. Moi je me suis vraiment reposé sur Qing, ma colocataire, et je l’en remercie beaucoup parce que sinon j’aurais eu encore plus de problèmes.

C- Et qu’est-ce qu’il y aurait d’autre comme difficultés qu’un étranger peut rencontrer dans la Chine comme ça, qui arrive pour apprendre le chinois ou pour s’installer en expatriation en Chine ?

S- Des problèmes, des problèmes … Des problèmes il y en a toujours en fait, ça peut être de l’administratif de base, ça peut juste être des problèmes pour se faire comprendre par ses interlocuteurs, par exemple imaginons quelque chose de tout bête, malade. La première semaine on arrive, imaginons qu’il y a une trop grande différence de température entre notre pays et la Chine, on tombe malade. Comment est-ce que tu veux être capable d’expliquer à la pharmacienne que tu as la gorge irritée et que tes yeux te piquent. C’est pas une expérience vécue, mais c’est vraiment une des choses qui me faisaient peur au début, c’était de tomber malade, par exemple de devoir aller chez le dentiste ou à l’hôpital, en ne parlant pas un mot de chinois et en sachant pertinemment que très peu de gens parlent anglais. Aussi il faut, en tout cas pour la Chine, partir du principe que c’est absolument pas pareil qu’en France.

C- Sur quel point ?

S- Tout. Le climat, la culture, il y a des comportements que les chinois ont et qui pour eux sont tout à fait normaux, et qui pour un français semblent impossibles à imaginer. Par exemple, quelque chose d’ultra-classique, les chinois crachent, partout tout le temps, ils reniflent, alors que un français de base lui, va avoir tendance à se moucher. Mais quand on discute avec un chinois il en ressort que pour lui, le fait de se moucher et de mettre ça dans sa poche, c’est tout aussi peu hygiénique. Est-ce que l’un a raison, l’autre tort, je ne m’avancerai pas là, mais …

C- Il faut aller rechercher sur pourquoi est-ce qu’on a inventé le mouchoir. C’est intéressant.

S- Ah, ben, c’est un bon article ça.

C- Voilà. Alors, le chinois, c’est comment d’étudier le chinois en Chine ?

S- C’est bien. Comment dire, c’est intéressant, et surtout on a l’impression de progresser. La première chose en fait, ce qui est bien c’est qu’on va en cours le matin, on apprend du vocabulaire, on apprend des phrases, de la grammaire, et tout de suite, dès qu’on sort de la fac, on peut le mettre en pratique. Bon, à côté de Fudan il y a une grande zone commerciale, Wujiaochang, où il y a énormément de restaurants de centres commerciaux etc., donc les étudiants vont souvent là-bas. Et hop on rentre dans un restaurant, on peut commander en chinois, alors qu’on a fait la leçon le matin même. C’est très gratifiant de pouvoir mettre en pratique ce qu’on a appris, et pas végéter avec, sachant que par exemple si on apprend en France, il faudra attendre un an ou deux avant de pouvoir le mettre en pratique. Petite chose : je déconseille fortement aux gens qui apprennent le chinois d’essayer de parler chinois dans les restaurant s chinois à Lille, les gens sont cantonnais.

C- Il y a beaucoup de hongkongais et de vietnamiens dans les restaurants chinois en France, c’est vrai.

S- Et ils parlent cantonnais, et pas mandarin. Et surtout ils ne s’attendent pas à ce que vous leur parliez en chinois.

C- Déjà si il ne s’y attendent pas de toutes façon il ne vont pas comprendre ce que tu baragouines, c’est certain.

S- Même en Chine, il y a beaucoup de chinois qui ne s’attendent pas à ce que quelqu’un vienne leur poser une question en chinois.

C- J’avais déjà eu cette expérience. Une fois j’étais à Wallmart, à Wujiaochang justement, et je pose une question à l’étage à une vendeuse, en chinois, et elle me répond en chinois, attends, je vais te chercher quelqu’un qui comprendra ce que tu dis, qui parle anglais. Parce qu’elle s’attendait à ce que je lui parle en anglais et elle essayait de comprendre de l’anglais. Effectivement, ça peut être une barrière. Là tu as évoqué pas mal de points positifs. Est-ce qu’il y a des difficultés ou des points négatifs, qu’un étranger peut rencontrer ou un français peut rencontrer dans l’enseignement du chinois aux étrangers en université chinoise ?

S- Un français oui, l’enseignement est en anglais.

C- Ah, effectivement, c’est vrai.

S- Oui, c’est bête, mais tous les cours sont en anglais. Il faut faire attention à avoir quand même des bases en anglais. On demande pas d’être bilingue mais pouvoir lire, ne serait-ce que lire parce que tous les livres sont en anglais. C’est très intéressant parce que ça permet en fait, en même temps qu’on apprend le chinois, de progresser en anglais, sachant que quand on veut communiquer avec ses camarades de classe et les professeurs, ça va être en anglais, au début. Parce que là j’ai changé de niveau, depuis la rentrée, et on utilise quasiment plus l’anglais en cours, ça reste vraiment pour un mot de vocabulaire spécifique, ou seulement l’écrit. L’écrit dans le seul où c’est écrit dans les livres. On pose une question, c’est en chinois, le prof nous répond en chinois, les explications de vocabulaire sont en chinois et même quand on parle avec les gens de notre classe, surtout avec les japonais et les coréens, c’est en chinois. Il faut savoir que les japonais et les coréens ne parlent pas très bien anglais et ont tendance à dès le début, communiquer en chinois avec nous, ce qui est pas mal, parce que du coup ça nous force à pratiquer. Mais oui je pense que la grosse chose à savoir c’est que tout se fera en anglais, il faut pas se dire j’ai fait de l’anglais au lycée, c’est bon je peux partir. Non, il faut vraiment, je veux dire , il faut quand même des bases solides.

C- Sinon c’est vrai que ça fait beaucoup plus de travail à abattre pour un francophone qu’un anglophone quoi va apprendre le chinois en Chine du coup.

S- Ah oui, parce que je vois, j’avais quelqu’un dans mon groupe au précédent semestre, qui à chaque fois retraduisait tous les mots de vocabulaire du chinois à l’anglais et de l’anglais au français. Donc ça donne déjà deux fois plus de travail, et en plus ça peut donner lieu à des contre-sens, parce qu’il y a certains termes qui sont traduits en anglais mais qui peuvent être des faux amis en français, et quand on les traduit à la volée, ça peut impliquer que finalement, on apprend un mot en chinois, on pense que ça veut dire quelque chose, et ben non.

C- Effectivement, et alors à l’avenir, comment est-ce que tu vas mettre à profit ton expérience quand tu vas retourner en France, ou dans un autre pays ?

S- L’expérience de l’expatriation déjà, je pense qu’elle va être utile dans la vie de tous les jours, c’est à dire qu’on acquiert beaucoup d’autonomie, on apprend à se débrouiller par soi-même, vraiment faire preuve d’initiative, ce genre de choses, et surtout d’adaptabilité. C’est à dire que je pense que maintenant, en rentrant en France, il n’y a plus grand chose qui va pouvoir me prendre au dépourvu. Et pour le chinois en lui-même, j’avoue que j’aimerais bien pouvoir l’enseigner, à des débutants. Je vais aussi me servir de tout ce que j’ai appris au niveau de la culture pour continuer à écrire sur mon blog, sur d’autres sites comme chine-chinois et me faire un petit peu le promoteur de l’histoire chinoise qui est à mon trop peu étudiée en France et je trouve que c’est fort dommage car c’est très très intéressant.

C- Ok, donc tu vas continuer à blogger, faire de l’histoire, et j’espère que tu me rejoindras de temps en temps sur mon canal youtube ou sur ton canal youtube si tu le crée pour montrer tout ça aussi en vidéo, faire un truc un peu plus sympathique, plus moderne.

S- Oui, j’ai fait l’acquisition d’une tablette graphique, il y a deux jours, exprès pour justement on va dire accompagner les articles d’histoire que je pose sur mon blog, pour leur donner un côté plus interactif.

C- Bon ben super, je te remercie beaucoup pour ce moment qu’on a passé ensemble et puis on se revoit très bientôt pour d’autres articles et d’autres vidéos alors.

S- Merci à toi.

C- À bientôt.

S- Salut.

2 comments

  • Adrien

    15/11/2012 at 10:15

    J’ai vécu un an dans le quartier de Hongkou et je confirme que c’est un quartier encore relativement proche du centre mais où l’on ressent qu’on est en Chine. Par contre j’ai jamais eu de problème administratif et heureusement haha

    Reply

  • Zelda

    15/11/2012 at 15:42

    Moi aussi j’apprends le chinois en Chine et j’adore… Pouvoir pratiquer, je me suis vite rendu compte que cela me permet de mémoriser les mots de les avoir utiliser dans la vraie vie ! Et puis comme je suis bavarde, ben le chinois ne m’arrête pas, je bavarde aussi dans cette langue !…
    Sinon moi aussi je prends les cours en anglzis mais j’aime bien, j’ai lImpression que le fait de ne pas passer par le français, c’est mieux pour moi !! A mon avis, l’apprentissage ne passe alors pas par les mêmes zones du cerveau mais je dis ça sans trop savoir, hein…
    Bonne continuation à vous deux !

    Reply

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